| Réalisateur : Bertrand Mandico |
| Acteurs : Elina Löwensohn, Christa Théret |
| Genre : Fantastique Expérimental |
| Durée : 105 minutes |
| Pays : France |
| QUINZAINE DES REALISATEURS 2023 |
Synopsis : Parcourant les abîmes, le chien des enfers Rainer raconte les six vies de Conann, perpétuellement mise à mort par son propre avenir, à travers les époques, les mythes et les âges. Depuis son enfance, esclave de Sanja et de sa horde barbare, jusqu’à son accession aux sommets de la cruauté aux portes de notre monde.
Bienvenu.e.s dans le grand théâtre, dans l’excentrique cabaret Mandico. Nous le quittions il y a quelques mois avec le fantasmagorique et visuellement excitant After Blue.
Le cinéaste français, fils batard de Kenneth Anger et Walerian Borowczyk, marque son retour et surprend avec Conann, film barbare qui renoue avec l’abstraction de ses courts-métrages tout en gardant l’audace sous forme d’odyssée que nous lui avons découvert depuis Les Garçons Sauvages.
Conann, relecture féministe, transgenre et barbare, du bien nommé Conan, est un récit à travers le temps au-delà de l’espace à la quête d’un nom, à la poursuite d’un mythe, à la rencontre d’un fantasme.
Dans cet antre de violence, dans ce décor dévasté, Conann est faite prisonnière, jeune femme battue et humiliée, ayant vu sa mère martyrisée devant ses yeux par un groupe d’individus errants. Elle est maltraitée, violentée, emprisonnée, jusqu’à devenir bête, jusqu’à rencontrer son destin : Rainer, chienne-diablesse.
Cette chimère voit en la torturée la prophétie, l’âme à faire pactiser pour déchaîner le sang et la chair, le sexe et les larmes.
Mandico ouvre une très juste métaphore sur les rouages du pouvoir, de la misère aux cieux en passant par la fange et la mort.
De cette union, de cette promesse de liberté, Conann va saborder son présent dans l’espoir d’être toujours plus forte, vers un futur toujours plus parfait, vers un funeste destin toujours plus proche, un mirage d’enfer capitaliste se distingue au coeur de la brume.
Le cinéaste oeuvre dans le champ d’un cinéma plus politisé, dans le champ d’un cinéma qui décompose le monde, la violence et ses particules pour disséquer le pouvoir jusqu’à en distinguer ses viscères, sa substance primaire.

Mandico avec son délire à mi-chemin entre Faust de Goethe et le Conan interprété par Schwarzenneger, va laisser libre court à toute sa fantaisie à toutes ses obsessions, fondant dans un érotique magma l’esprit et le corps.
L’entrée pour le bal des horreurs est ouvert, Mandico n’a plus aucune retenue, la jouissance est totale, Conann est une œuvre expérimentale, un sommet de tous les essais passés du cinéaste, une créature de Frankenstein complètement possédée, vorace, portée par un désir incommensurable de liquides corporels, de sécrétions, d’entrailles et d’organes tous plus sublimés les uns que les autres par l’oeil-caméra.
Toutes les trouvailles visuelles, toutes les audaces et astuces artisanales connues du cinéaste atteignent une sorte d’apogée, Méliès par-ci, Bava par-là, esapce de malice, de déviance mais aussi plus étonnamment de didactismes.
Mandico escorte le regard, avec la volonté d’offenser, avec le désir pasolinien de scandaliser, et écarquille avec insistance nos paupières pour nous confronter à des instants de cinéma singuliers, uniques, quelque part entre Portier de Nuit, Salò, Querelle et La Grande Bouffe, nous soumettant, se délectant de l’immondice faite poème.
Cependant, et bien que l’aventure Mandico atteigne une révolution dans sa plastique, le cinéaste peine encore à structurer son récit, à créer des personnages dignes d’intérêt, préférant rebondir d’une galerie à une autre, signe de cinégénie hallucinée pour combler l’absence de consistance, bien que le sous-texte politique soit palpable, mais encore trop empêtré dans le labyrinthe esthétique.
L’anesthésie par les images ne réussit pas à nous faire oublier l’errance scénaristique, masquée par une narration confuse ou poésie rime avec subterfuge pour tenir jusqu’à la conclusion.
Une conclusion qui s’effondre habituellement, ne sait comment se dégager de toute cette frénésie, et où pour la première fois avec ce Conann, exception, réussit à dresser le portrait d’une société cannibale particulièrement acide, où la réussite des uns n’est que cadavre à dépouiller, pillage nécessaire pour subsister.

Conann réalisé par Bertrand Mandico touche à une grâce visuelle, qui cueillera les uns et offusquera les autres, un paroxysme d’une décennie d’expérimentations, qui ne parvient pas à dépasser un certain vide narratif, un creux ici encore trop apparent pour uniquement se laisser porter par l’audace et la singularité de ce corps céleste malade de cinéma.
Reste un spectacle qui ne ressemble à aucun autre, où, assurément Mandico s’affirme comme le cinéaste français le plus inventif et halluciné de ces dernières décennies.
Dingue, Irrévérencieux, Provocateur.


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