Formule Pour Un Meurtre : Critique et Test Blu-ray

Synopsis : Boston, 1985 – Ayant chuté, enfant, voici vingt-cinq ans, dans un escalier pour échapper à l’agression d’un homme travesti en prêtre, trauma qu’elle a effacé de sa mémoire, Joanna se retrouve clouée dans un fauteuil. Ayant hérité de la fortune de ses parents, ses journées se partagent entre sa villa et le centre sportif pour handicapés qu’elle a contribué à monter.

Réalisateur : Alberto De Martino
Acteurs : Christina Nagy, David Warbeck, Rossano Brazzi, Caroll Blumenberg
Genre : Giallo
Durée : 88 minutes
Pays : Italie
Date de sortie : 1985

Cela fait quelques années, de manière épisodique, que le cinéma d’Alberto De Martino vient à s’imposer à nos rétines. Après L’Antechrist, il y a quelques années, et Holocaust 2000, il y a peu, Le Chat Qui Fume replonge dans la filmographie de ce cinéaste trop peu célébré et pourtant intrigante, si ce n’est fascinante.

L’article autour de la sortie Blu-Ray de Formule Pour Un Meurtre se fera de La manière suivante :

I) La critique de Formule Pour Un Meurtre

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

I) La critique de Formule Pour Un Meurtre

Après avoir été agressée par un homme travesti en prête, et avoir chuté dans une gerbée d’escaliers, alors qu’elle était enfant, Joanna s’est retrouvée clouée dans un fauteuil roulant. Depuis, les années sont passées, Joanna est devenue adulte, a perdu ses parents, très croyants. Aujourd’hui, devenue une riche héritière, elle a promis de faire une donation de la moitié de son patrimoine à l’Eglise du père Peter, elle a fondé une association handisport et est soutenue dans son quotidien et ses projets par deux proches : Ruth, son amie de toujours, et Craig, son coach sportif. Lorsque Craig demande la main de Joanna, les ténèbres s’abattent, les traumatismes enfouis renaissent, l’obscurité se renfermant, au rythme de crimes sordides, sur la jeune femme. Entre hallucinations et crimes parallèles, le cauchemar se façonne.

En une poignée de scènes, en seulement quelques minutes, l’histoire de Formule Pour Un Meurtre est mis sur rails. Bien que nous soyons loin du territoire fertile du giallo, et que l’action nous propulse à New York, nous retrouvons tout ce qui a fait la gloire du filon transalpin. Entre blessures spectrales non résorbées de l’enfance, milieu bourgeois, crimes à l’arme blanche, oppression religieuse, mystères et tueur ganté, le territoire de cinéma que nous empruntons nous est bien connu.
Ce qui surprend d’ailleurs le plus avec le film d’Alberto De Martino est qu’il paraît provenir de l’âge d’or du giallo, du cœur des années 70, alors que le film est sorti en 1985, époque où le mouvement s’essoufflait et essayait de tenir tête aux incessants slashers, les tueurs aux gants noirs misaient alors sur un déferlement de violence. Pourtant ce Formule Pour Un Meurtre est relativement sobre, fait l’économie du meurtre, pour parier sur la tension narrative, bien que certaines séquences soient d’une et frontalité surprenante, nous ramenant à certains sommets de Fulci, mais aussi de Lenzi.

Le cinéma d’Alberto De Martino à une particularité, celle de construire avec minutie les détails du récit, celle de parier sur la construction tant des personnages que des lieux pour construire la rythmique et la dynamique du film. Rien n’est véritablement laissé au hasard et le cinéaste a un véritable attrait pour les rebondissements, a une véritable passion pour dérober les éléments de l’intrigue et les redéfinir de manière surprenante. Souffler le spectateur, rebattant les cartes et désorienter pour mieux posséder les clés de son cinéma. Et pourtant il n’en est rien.
Là où nous étions persuadés, par habitude des derniers De Martino découverts, L’Antechrist et Holocaust 2000, à une cathédrale assoupie en plein réveil, le cinéaste fait le pari d’une stupéfiante simplicité, d’une frustrante linéarité. Il ne nous cache ni l’assassin, ni ses dessins, tout est limpide, et nous nous fourvoyons à explorer des pistes impasses alors que tout nous est servi séquence après séquence sur un plateau. Un parti pris qui surprend et qui pour la dynamique de l’intrigue laisse de marbre. Le voyage sur les canaux si complexes du subconscient sont d’une évidence à la lisière du risible. La construction des personnages est réelle, fournie, mais leurs développements est enfantin.
Les révélations qui arrivent aux oreilles de l’héroïne sont connues de nos services depuis belle lurette, le jeu de piste devient boulevard à sens unique, nous sommes sonnés mais le plaisir est intact. Car au lieu de s’empêtrer dans un récit labyrinthe, De Martino préfère prendre le temps de magnifier ses acteurs, en faire des icônes, qui s’agrippent à nos mirettes dès leurs apparitions, joue de style et de références qui malgré son récit de seconde zone risque bien de nous marquer pour un long moment.

Par ailleurs, en s’écartant du cinéma italien, Formule Pour Un Meurtre pourrait être une formidable relecture du Hurler De Peur sorti chez les studios Hammer. Les mécanismes de récit des deux films sont proches, jouent sur l’handicap moteur, pour construire un manège hanté, faire resurgir le subconscient comme réel tangible.

Formule Pour Un Meurtre est un giallo étonnant, frustrant mais pour le moins intrigant dans sa démarche. Angelo De Martino soigne une esthétique du passé, celle du giallo de la première vague, et plonge dans la violence graphique d’un Argento, tout comme d’un Lenzi, peaufine ses clins d’œil allant en périphérie congratuler le Hurler De Peur de La Hammer, mais n’oublie pas son époque. Il s’affranchît des narrations kaléidoscopiques de ses aînés, préfère la frontalité des slashers, pas si loin d’un Alice Sweet Alice, pour nous raconter une histoire d’une simplicité troublante, où nous cherchons sans cesse à complexifier le sous texte, et acceptons avec joie, et stupéfaction, les rebondissements trop évidents. Finalement, nous sommes comme les personnages du film, nous partageons la vérité autour de la victime, réalité que personne ne veut révéler à Joanna et observons les variations que les annonces peuvent créer sur la victime, superbement voyeur et manipulateur.

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

Image :

Le Chat Qui Fume nous propose une excellente copie HD pour Formule Pour Un Meurtre, avec un travail du grain très fin, laissant le caractère de la pellicule encore tangible et ayant réussi à totalement faire disparaître les marques du temps, à l’exception de très très rares petits « pocs », pétillements.
Le travail autour du piqué est fin apportant un haut niveau de détails et une véritable profondeur de champ. Quant à la colorimétrie, tout est parfaitement nuancé, et les quelques couleurs qui tranchent viennent féliciter la rétine, approfondir les détails et leurs textures. Rien à redire.

Note : 9 sur 10.

Son :

Deux pistes sont proposées :

2.0 DTS-HD Master Audio Italien :
Une piste particulièrement stable et dynamique, tout y est clair, et l’ambiance générale vient très vite nous porter au cœur du récit, donnant une vraie collaboration dans le mix où aucune fréquence ne vient à écraser l’autre.

2.0 DTS-HD Master Audio Français :
Assez proche de sa cousine italienne, la piste française plonge néanmoins de par sa trop grande frontalité sur les voix, venant assombrir les ambiances et atmosphères voulues tant par la bande son que par l’environnement.

Note : 8 sur 10.

Suppléments :

Le Chat Qui Fume pour cette toute première edition HD française de Formule Pour Un Meurtre propose deux contenus supplémentaires :

Entretien avec l’acteur Loris Loddi (14 minutes) :
Acteur souterrain du cinéma italien, Loris Loddi qui à traversé plusieurs décennies de cinéma revient sur le film et nous conte quelques anecdotes, nous parle du réalisateur, de leurs différents rapports, de la manière de travailler avec ce dernier puis vient à nous raconter de plus amples détails sur le tournage des scènes et les lieux. Sympathique.

Interview du chef opérateur Gianlorenzo Battaglia (20 minutes) :
Battaglia explore la photographie du film, les volontés du réalisateur et sa manière de mettre en image les films. Il entretient un regard nostalgique du travail de l’image qu’il ne retrouve plus dans le cinéma actuel. Très intéressant de suivre l’œil qui a fait naître l’image d’un film plein de plans obsédants.

Note : 7.5 sur 10.

Avis général :

Formule Pour Un Meurtre acte la fin des giallos, en tant que filon, et en fait une synthèse pour la moins appréciable où Alberto De Martino n’essaie plus de construire des labyrinthes monstrueux mais plutôt de signer un regard aimant à tout un courant, arpentant ses derniers moments de pellicule.
L’édition proposée par Le Chat Qui Fume est exemplaire tant par le master image incroyable, allant bien plus loin que nos attentes, que par ses pistes sonores assez solides.
Enfin, être parti à la rencontre de Loris Loddi et Gianlorenzo Battaglia, respectivement acteur et chef opérateur, est une véritable plus-value pour profiter de l’œuvre pleinement.

Note : 8 sur 10.

Pour découvrir Formule Pour Un Meurtre en Blu-Ray :
https://lechatquifume.myshopify.com/products/formule-pour-un-meurtre

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