Synopsis : Pour leur école d’audiovisuel, 4 vidéastes choisissent le tourisme extrême comme sujet. Au choix, une visite de Tchernobyl, découvertes d’hôpitaux abandonnés, asiles… Eux ils ont choisi « la forêt hantée » classique mais qui marche toujours. Sera t’elle réellement hantée ? Caméras en main, ils vont le découvrir.
Quatre amis vidéastes partent en rase campagne pour le tournage d’un mystérieux documentaire. A leur arrivée, en pleine nuit, la route semble impraticable, l’accès aux chalets difficile. Dans l’obscurité, le chemin paraît interminable entre routes impasses et hors pistes plein de ronces et insectes, l’équipée parvient tant bien que mal à son logement. Sur place, des dizaines de bungalows, tous vides, le leur semble inhabité depuis des mois. Morphée les emporte tous jusqu’au petit matin. Au réveil, ils ont rendez-vous avec une étrange guide, Monica, spécialiste dans l’exploration de lieux dits « extrêmes », qu’il s’agisse de Chernobyl ou d’asiles désaffectés, la jeune femme fréquente les territoires maudits et propose ici de découvrir une forêt hantée, de nuit. Le voyage dans les bois se transforme très rapidement en calvaire, Monica perd les pédales, le temps semble s’être arrêté, les esprits se disloquer.
Avec ce second long-métrage, Hugo König continue à visiter le cinéma d’horreur au format found-footage, ici, avec une relecture du film fondement : Le Projet Blair Witch. Tout comme son mentor, Gliitch est un film à tout petit budget, un film fait maison, un cinéma d’artisanat, fait de bouts de ficelles et n’ayant comme limite que l’imaginaire de ses créateurs tant le hors champs conduit toute la dynamique de cette vague curieuse et créative du cinéma fantastique. Néanmoins, le concept des found-footage en deux décennies , qui était né avec Cannibal Holocaust, a connu avec l’élan Blair Witch, deux décennies extrêmement chargées, souvent usité par les majors pour du frisson à bas investissement, et à grosse rentrée d’argent, décrédibilisant fondamentalement tout le procédé. C’est pour cette raison que du côté de Kino Wombat, nous n’empruntons ces chemins qu’à l’unique condition que cela provienne d’un cinéma amateur, d’un cinéma libre et sauvage, qui n’attend pas le succès financier, et ne se livre qu’à l’amour du frisson. De la sorte, en creusant le domaine avec cette dynamique, nous avions pu découvrir le fascinant Leaving D.C réalisé par John Criss, et aujourd’hui nous nous glissons dans cet intrigant Gliitch, film français qui aux premiers visuels et extraits paraît être prometteur.

Dans la mise en scène de König et sa direction d’acteurs il y a cette simplicité, ces cadres hasardeux et ces mouvements imprévus, il y a ce cinéma primaire, cette relation à l’image hors de contrôle, qui échappe à tout académisme, et permet les disgressions, les errances comme les furies, les hérésies comme les hypnoses. Nous nous retrouvons face à une ribambelle d’acteurs amateurs. Leurs interprétations, finalement assez proches du réel -et c’est de cette manière que l’on se rend compte qu’être acteur relève d’un art calculé- est plutôt navrante mais se laisse oublier, se laisse accepter, jusqu’à pleinement suivre leurs mésaventures, leurs voies à travers l’horreur. Nous sommes à la lisière du film de vacances que vos parents conservaient avec leurs caméras mini-DV, sauf qu’il faut s’imaginer des conversations entre amis, parfois balourdes, ridicules, bref l’humain.
La proposition est également marquée par son amateurisme dans le sens du rythme des séquences, ces dernières ne cessent de s’étirer, vidant entièrement la substance dans laquelle l’horreur était présente, geste attestant du doute, touchant acte créateur ayant la volonté de percuter nos esprits, mais s’éloignant en éclaircissant trop l’obscurité. König est alors si généreux dans ses ambiances qu’il se laisse dépasser, veut tellement s’appliquer qu’il perd parfois la marque cruelle des films à bas budget. De la sorte certaines séquences semblent étrangement organisées, quittant complètement le champ du found footage, König reprenant le tout en main et offrant de drôles de séquences lorsque le procédé initial l’empêche d’atteindre sa volonté. Ainsi nous passons de plein écran à 16:9, pour délimiter ces changements, mais le cinéaste semble oublier de revenir au plein écran dès que la caméra est reprise à la main, ouvrant une vision brouillonne des formats, là où, elle aurait pu devenir architecture vivante. Enfin, ce qui nous aura crisper au plus haut point reste l’usage de subterfuges, de filtres apparents, pour faire moduler l’image, tout comme d’inserts musicaux, des outils trop décalés face à la crasse ouverte.

Cependant cette liste, ce fourmillement de maladresses, est le chemin à prendre pour affiner le geste, pour affiner la grammaire d’un cinéaste naissant. Par delà ces malencontreux points, nous distinguons de manière trouble un lot de qualités lointaines. La manière avec laquelle le réalisateur approche les chevauchements dimensionnels, la manière avec laquelle il utilise le glitch, langage informatique, comme faille du réel, anomalie définie par les couloirs invisibles, ceux de la magie et des malédictions, est particulièrement intrigant mais mené avec un piètre intérêt. Il réussit cependant à saisir son environnement, à en définir les limites et à construire une cage dans laquelle des personnages se disloquent, muent, changent et évoluent en fonction des espaces mais aussi des chemins invisibles traversés. De la sorte, König ouvre une piste autour des méandres de l’esprit, involontairement vu le caractère gauche de la proposition, sa capacité à se scinder en deux, donnant à voir deux réalités, deux individus, où la caméra devient le capteur dissociatif des mondes, où la caméra est notre pont, celui qui guide le spectateur vers sa geôle, vers le cauchemar. Cauchemar qui au-delà des difficultés de lecture de la forme, entre le plein écran et le 16:9, atteint des plans installant un véritable sentiment de malaise, où les acteurs malhalbiles, croyant à 100% en leurs performances, réussissent à déstabiliser nos regards, parviennent à faire naître un certain chaos.
Gliitch est une aventure imparfaite, parfois maladroite, parfois même navrante dans certaines idées de mise en scène, mais reste surtout un essai de found footage, une expérience incomplète qui demande encore du travail. Par delà ses impasses l’aventure continue d’avancer, continue à croire en ses ténèbres, jusqu’à créer bien au-delà du film, ce fameux glitch, cette fameuse anomalie qui joue de bascule sur nos regards pour redéfinir tout un monde, un monde que nous découvrons où Hugo König a un vrai amour de son travail, du cinéma d’horreur, où son équipe se donne corps et âme, et où les maladresses ne constituent pas une fin mais un parcours, une voie à suivre où nous apercevons un cinéaste à suivre, à observer évoluer, car le frisson est apparu, car notre attention fut réelle, car notre regard a atteint les ailleurs, ceux de nos songes. Le film est vide mais nos pensées commencent à bouillir face au néant.



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