Synopsis : Simone, une étudiante brésilienne en droit, milite activement contre les violences faites aux femmes. Mais la jeune femme mène une double vie : la nuit, elle monnaye ses prestations de camgirl sur Internet. Un soir, Simone décide d’explorer un de ses fantasmes les plus sombres, le sadomasochisme…
| Réalisatrice : Julia Murat |
| Acteurs : Sol Miranda, Lucas Andrade, Lorena Comparato |
| Genre : Drame Erotique |
| Durée : 100 minutes |
| Pays : Brésil |
| Date de sortie : 7 juin 2023 (salles) / 20 septembre 2023 (DVD) |
Après avoir décroché le Léopard D’Or à Locarno en 2022, Règle 34 malgré une exploitation timide en salles a réussi à réaliser un beau parcours et à être présent sur toutes les langues de cinéphiles, dans toutes les pensées de passionnés. Bien que n’ayant pas eu l’occasion de découvrir le film dans les salles obscures pour cause d’un obscure calendrier personnel. Kino Wombat vient rattraper ce rendez-vous avec l’édition DVD proposée par Wayna Pitch.
L’article autour de l’édition DVD de Règle 34 s’organisera de la manière suivante :
I) La critique de Règle 34
II) Les caractéristiques techniques de l’édition DVD
I) La critique de Règle 34
Le jour, Simone est étudiante en droit et milite pour le droit des femmes, cherche une faille dans les lois patriarcales pour faire sortir de l’oppression la moitié de la population brésilienne par la voie normative. Le soir, Simone est camgirl à tendance masochiste, contre des jetons, argent en ligne, elle répond à ses supporters, les tenant en laisse derrière son écran faisant de leurs fantasmes leurs chaînes, hommes toxiques aux vices de plus en plus débordants.
Dans cette double vie que tout oppose, une existence va chevaucher l’autre, impactant le calque, questionnant toute une vie de femme, toutes les vies de femmes.
Julia Murat interroge ainsi toute la dualité, toute la complexité, de vivre dans un monde bâti par les hommes et pour les hommes, là où les femmes se doivent de suivre les règles sous peine d’exclusion, de rejet violent.
Elle plonge dans un constat effrayant et particulièrement troublant à travers le personnage de Simone qui au-delà de travailler les violences, défendre les victimes à travers une loi machiste pour libérer les femmes, passe ses nuits en bordure de la règle, de la norme, dans une sexualité crue, atypique, entre hématomes et asphyxies, à la lisière de la mort pour mieux vivre. Une activité basé sur le regard seulement, quand elle est camgirl, ou sur le consentement, lors de ses relations intimes.

Règle 34 travaille ainsi les mécaniques du pouvoir de l’échelle étatique, institutionnelle, jusqu’à la dimension individuelle, entre domination et soumission, sadisme et masochisme, juge et victime.
Elle exploite l’entre-deux de ces mondes opposés : l’acte.
Le personnage de Simone est alors ce personnage de toutes les bordures tant dans le genre, femme, dans les sexualités, bisexuelle pratiquant le BDSM, qu’à travers sa couleur de peau.
Dans son parcours vers l’indépendance, à la quête de recoins de liberté, désirant concevoir des espaces en dehors de l’oppression humaine, politique, sociale ou encore économique qui ronge le Brésil tout entier, Murat réussit à créer un parcours dichotomique, où chaque partie est traversée de dizaines de tentacules sociétales, cordages qui étirent l’individu, bondage civilisationnel, pour le blesser, le torturer, le perdre d’un point de vue identitaire afin de mieux le manipuler.
Plus l’étau de cet autoritarisme ambiant, du naufrage Bolsonaro, des femmes assassinées toutes les deux heures, des rapports sexuels forcés, se distingue, plus la plongée dans les pratiques alternatives se fait forte, une plongée sans retenue, une descente aveugle où Simone se fait reine, contrôle tant son intimité que son image, mettant derrière l’écran les fantasmes crasses d’hommes sauvages, et prenant le dessus sur ses partenaires, ne laissant jamais la possibilité d’être dépassée.
Cependant à ce jeu du tout contrôle, à la rencontre de pratiques toujours plus extrêmes, dans cette persuasion intime d’échapper aux crocs de la société, Murat dévoile l’architecture des bordures face à Simone, l’appel du vide, la violence qui appelle toujours plus la violence, le capitalisme qui libère tout comme il rend esclave.
De nouveau les hommes reprennent le pouvoir à travers les mains de ceux qui détiennent les plateformes pornographiques, ceux qui paient ses performances cam, ceux qui influent sur ses gestes, ses mouvements, la poussant tout d’abord à la domination, donnant l’impression de contrôle, pour mieux la plonger vers l’automutilation puis la soumission, vers les champs de l’auto-asphyxie jusqu’aux relations avec un proche compagnon prenant le dessus, pratiques hors de contrôle entre lacérations, étranglements.
Le Brésil à travers un corps révèle d’infinis ténèbres, laisse transparaître l’impossible dépassement d’une société d’hommes où la femme n’est rien d’autre que pâte à modeler pour fantasmes déviants.

Dans ce glaçant pamphlet, notre regard spectateur reste figé, hypnotisé par le jeu de Sol Miranda qui se donne corps et âme, qui se laisse traverser de toutes parts par la caméra de Julia Murat, dépassant la moindre parcelle de peau, d’intimité pour refléter à travers cette individualité, intimité violée, le reflet de toute une population.
De la diction jusqu’à la gestuelle en passant par la moindre moue du visage le jeu de Sol Miranda relève d’une performance sensible sidérante et décuple l’impact de la proposition faite par la cinéaste.
Règle 34, qui trouve son titre à travers le principe selon lequel tout ce qui existe a son pendant pornographique, est un violent brûlot contre le système normatif brésilien tout entier, travaillant les institutions qui font les lois, influant sur les destins tout comme les corps des femmes avec le même autoritarisme masculiniste.
Julia Murat appuie la soumission des femmes, laissant sur les bordures, par le biais de l’image du corps, un semblant de contrôle et de liberté, pour toujours mieux répondre à l’attente des hommes, leurs regards déviants dominateurs et avilissants, dans un système capitaliste monstrueux qui ne fait plus que de la femme une chair à consommer, un corps à maltraiter jusqu’à le soumettre.
Une vision aussi terrifiante que pertinente, réalisée avec une intelligence d’écriture rare, faisant de chaque séquence, la pièce d’un puzzle, de tout un pays sombrant dans l’aliénation totale.
Une chose est certaine Julia Murat, tout comme Anita Rocha Da Silveira avec Medusa, ou encore les duos Juliana Rojas/Maro Dutra pour Les Bonnes Manières et Joao Salaviza/Renée Nader Messora pour La Fleur de Buriti récemment, vient d’arracher sa place pour s’installer au sommet du cinéma brésilien à côté d’un certain Kléber Mendonça Filho.
Désormais, au lendemain du régime Bolsonaro, nous n’attendons plus qu’une chose découvrir les trésors de cinéastes brésiliens.
Règle 34 semble être la première étape de cette renaissance.

II) Les caractéristiques techniques de l’édition DVD
Image :
La copie proposée par Wayna Pitch reste dans les standards de la qualité DVD mais ne vient pas toucher les limites du format. Nous sommes face à un véritable rendu SD, loin de la périphérie du HD. L’image n’a pas la clarté colorimétrique espérée et le niveau de détails reste limité, bien que quelques scènes de jours parviennent à nous extirper du niveau général. Cependant Règle 34, garde une stabilité tout du long, ne sature jamais, et reste une copie sûre d’un film qui aurait pu disparaître du temps et ne pas rencontrer entièrement son public sans être édité.
Son :
Une unique piste 5.1 est proposée en VOSTFR.
La piste en présence est particulièrement stable, bien nuancée, sur les différents canaux et réussit tout en gardant sa dynamique intime à spatialiser le son de manière efficiente. Les différentes fréquences ne se chevauchent pas et se laissent respirer l’une, l’autre.
Rien à redire sur cette proposition.
Suppléments :
Du côté de Wayna Pitch, malgré une ligne éditoriale fascinante, la sortie de Règle 34 en est la preuve évidente, nous retrouvons peu de contenus supplémentaires.
Pour cette édition DVD, le disque est vierge de contenu, il faudra se tourner vers le petit livret présent dans l’édition et la très courte interview de la réalisatrice mais pleine d’informations, et savamment dirigée, autour du film, de l’actrice et la genèse du projet.
Nous aurions apprécié découvrir un entretien visuel avec la réalisatrice ou bien avec l’actrice principale.

Avis général :
La sortie de Règle 34 est un véritable petit miracle, permettant à la fois au film de traverser le temps, de résonner tant à travers les rayons que les médiathèques, pour trouver progressivement son public et devenir l’incontournable film qu’il est sans se perdre malencontreusement dans le flux incessant et démesuré des sorties salles.
Alors du côté de Wayna Pitch, bien que nous soyons ravis de pouvoir avoir une copie physique du film de Julia Murat, il reste certains points à reprendre comme un travail de l’image sur DVD qui fait daté, et imparfait dans la gestion du piqué et des contrastes, là où la piste son restait pourtant bien solide. La partie suppléments reste quant à elle bien trop mince.


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