Wendy & Lucy : Critique et Test DVD

Synopsis : Wendy, accompagnée de son chien Lucy, a pris la route de l’Alaska dans l’espoir de trouver un petit boulot et commencer une nouvelle vie.

Réalisatrice : Kelly Reichardt
Actrice : Michelle Williams
Genre : Drame
Durée : 77 minutes
Pays : Etats-Unis
Date de sortie : 2009 (salles) 3 octobre 2023 (réédition digipack DVD

Le nom de Kelly Reichardt se fait de plus en plus commun, de plus en plus récurrent, et à la sortie récente de Showing Up, I’m était temps de faire un bond dans sa filmographie passée pour exhumer Wendy & Lucy, réédité par Épicentre Films pour l’occasion après une première édition parue en 2009.

L’article autour de la réédition DVD de Wendy & Lucy prendra la forme suivante :

I) La critique de Wendy & Lucy

II) Les caractéristiques techniques de l’édition DVD

I) La critique de Wendy & Lucy

Wendy est une jeune femme traversant différents États en voiture, ayant pour but d’arriver en Alaska, lointain El Dorado où l’emploi et la demande se rencontrent.
Accompagnée de sa chienne, Lucy, elle fait halte dans une petite bourgade pour la nuit. Sa voiture devient son appartement, son coffre, un placard où elle stocke ses effets personnels.
Au petit matin, le jour du départ pour continuer son périple, son véhicule ne démarre plus, la réparation est onéreuse, demande du temps, et il se trouve que Wendy n’a ni temps, ni argent à perdre. Il s’agit là de deux ressources rares, qui à force d’être éparpillées risqueraient de la mettre à la rue.
Dans l’attente de l’ouverture du garage et d’un potentiel diagnostic, Wendy part à la supérette, attache Lucy devant l’entrée. La jeune femme vole pour nourrir son chien et se fait attraper. Un jeune vendeur, voulant briller auprès de la direction et être reconnu comme garant du règlement, fait appeler la police. Wendy est embarquée, Lucy est laissée sans surveillance.
A son retour du commissariat, Lucy a disparu, les journées et les nuits s’allongent.
Le véhicule de Wendy est embarqué par le garage. La ville devient geôle. L’insécurité est omniprésente.
Seule, Wendy se doit de survivre, garder son calme afin de retrouver Lucy et dégager une voie qui lui éviterait de errer, sans domicile.

Kelly Reichardt, que nous commençons désormais à connaître grâce à ses films plus récents que cela soit First Cow, Showing Up ou encore Meek’s Cutoff, a eu toute une filmographie ultra-indépendante durant plus d’une décennie qui est encore trop rare, peu mise en avant, bien que disponible.
Wendy & Lucy fait justement partie de ces films, à la fois très simples et épurés avec un regard clairvoyant et direct sur le réel.
A travers cette première collaboration avec Michelle Williams, qu’elle retrouvera par la suite, la cinéaste états-unienne taillade la carcasse de l’Oncle Sam pour porter son regard plus directement sur les citoyens. Pas ceux que nous avons l’habitude de voir, de la classe moyenne aux banlieues chics, mais ceux de la frange ouvrière du pays, vivotant d’astuces et de combines et espérant toujours plus échapper au béton froid des caniveaux.

Caméra à l’épaule, les déambulations de Wendy donnent à voir tout un pays et ses marginaux, mais également ceux qui jouent en équilibre, au-dessus du précipice, où chaque jour est un défi pour survivre à cet enfer ambiant.
D’une rencontre à une autre, la proposition tisse la toile d’une nation qui abandonne ses citoyens de la bordure, les réunit dans des villes périphériques en proie au chaos où usines et lieux d’embauche ont fermé, où seuls le garage, unique possibilité pour permettre aux habitants de rouler pour quitter la ville, et la supérette, licence d’une chaîne internationale payant au lance pierre ses employés, restent les témoins d’une vie, d’une ville, une vie, une ville de misère.

La ville est cartographiée aux rythmes des allées et venues du centre ville à la périphérie en passant par les forêts environnantes, où chaque espace a ses propres règles, ses propres dangers, où la rue est l’impitoyable terrain des forces de police, où les habitants sont de farouches défenseurs des miettes de liberté à leurs dispositions, et où dans l’obscurité des bois, rôdent les rejetés, certains, donnant espoir à travers un soutien mutuel, versant dans le communautarisme, d’autres, arpentant les sentiers, présences fantomatiques criminelles.

Dans ce chaos généralisé, les employés, à la manière d’automates répondent aveuglément à leurs maîtres, l’employeur, repoussant toujours plus ceux qui s’enfoncent dans la misère, comme des lépreux.
Des images bibliques, insidieusement, viennent à se croiser face à un pays croyant mais sectaire, face à un pays de foi mais préférant de loin être esclave du capitalisme.
Le regard de Kelly Reichardt, bien que simple en matière de mise en scène, dénué de tout artifice, frappe toujours très fort et de manière certaine. Chaque plan renferme une dualité, une division inaliénable d’un seul pays aux dynamiques qui dans la misère s’affrontent au lieu de s’unir et ancrent le seau maudit de leurs destins d’asservissement, là où hors champ les fortunés festoient.

Kelly Reichardt s’emploie également à regarder la difficulté d’être femme, seule, aux États-Unis, et ce d’autant plus lorsque la pauvreté est en présence.
A travers les yeux d’une Michelle Williams, toute en retenue mais distillant les émotions à merveille, on croise le destin d’autres femmes, on perçoit sans nécessairement explorer, les sacrifices pour survivre.
De la fille marginale dans la forêt sous le joug de son groupe de garçons à la femme quadragénaire devant vivre par défaut avec le sexagénaire de la sécurité en passant par la sœur de Wendy, nous distinguons des personnages féminins sur le fil, gardant le peu de fortune dans leur bain de misère avec férocité. Elles ne viennent jamais en aide aux autres femmes, sous peine de prendre le risque d’être destituées de leurs cachettes faites de larmes et de solitude.
Ici, pour Wendy, le seul raccord au réel, la seule illusion pour ignorer la rue reste Lucy, le dernier espoir avant la nuit.

Avec Wendy & Lucy, Kelly Reichardt filme le difficile parcours d’une femme vers l’indépendance, observe le cruel destin des classes populaires vers l’errance et la rue, la dépossession progressive de toute propriété, de toute liberté, dans un monde où tout s’achète, et où finalement la lente perte de toute humanité vers de terres pleine de promesses, mènent à des souterrains terrifiants.

II) Les caractéristiques techniques de l’édition DVD

Image :

Wendy & Lucy est un cas un peu particulier du fait de son parti pris technique, 35mm au grain fort en saturations et en bruits. Un façonnement qui sied très bien à cette édition DVD, même si une restauration serait opportune dans années à venir.
Alors que dire, si vous voyez des défauts d’images, des fourmillements, des images manquant de profondeurs, tout ceci fait partie intégrante du cinéma des premières heures de Kelly Reichardt et un lissage pour répondre à une esthétique moderne aurait été catastrophique. Même si certaines scènes nocturnes deviennent assez limites en visibilité.
Pour donner un exemple, ce serait comme apporter une netteté et une propreté cristalline au Gummo de Harmony Korine, cela serait un véritable outrage.

Note : 6.5 sur 10.

Son :

Une unique piste VO stéréo est en présence, à l’image du master image, elle apporte un vrai réalisme, évitant les retouches et faisant surgir le réel, avec ses bourrasques, ses saturations, ses distorsions.

A noter qu’il est possible de retirer le sous titrage.

Note : 8 sur 10.

Suppléments :

Sur ce point, il est difficile de défendre l’éditeur qui en 14 ans n’a pas rajouté le moindre bonus et n’a pas non plus mis à jour les filmographies des acteurs et de la cinéaste, option qui avec la bande-annonce restent les uniques compléments de l’édition.

Note : 1 sur 10.

Avis général :

Wendy & Lucy est une œuvre à (re)découvrir d’urgence, une manière de faire du cinéma avec les moyens du bord sidérante et qui touche des espaces tant émotionnels que réalistes terrifiants, à la rencontre du processus de marginalisation de la population des terres de l’Oncle Sam.

L’édition en présence, dans un beau digipack, n’apporte rien de nouveau par rapport à l’édition de 2009, sauvée par le caractère numérique et lofi de la proposition de Kelly Reichardt, vieillissant avec ses imperfections d’origine, mais sombrant de par les suppléments proposés qui sont tout simplement inexistants.

Note : 6 sur 10.

Pour découvrir l’édition DVD de Wendy & Lucy :
https://www.epicentrefilms.com/boutique/wendy-lucy/

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