Le Chat Noir : Critique et Test Blu-Ray

Synopsis : Alors qu’elle prend des clichés de ruines dans la campagne anglaise, la photographe américaine Jill Trevers s’introduit dans un caveau ouvert où elle trouve un micro. Entendant parler de Robert Miles, un homme qui vit en reclus et enregistre les morts dans le but de communiquer avec eux, elle le rencontrer, et découvre la relation étrange qui le lie à son chat noir.

Réalisateur : Lucio Fulci
Acteurs : Mimsy Farmer, Patrick Magee, David Warbeck
Genre : Fantastique
Durée : 92 minutes
Pays : Italie
Date de sortie : 1981 (salles) / Octobre 2023 (Blu-Ray)

Ces dernières années les éditions couvrant la filmographie de Lucio Fulci, essentiellement ses giallos et films d’horreur, ont fleuri de parts et d’autres en France, mais avec un véritable retard sur nos voisins anglo-saxons.
Cette fin d’année 2023 marque le début de la fin du chemin autour de la renaissance HD des œuvres du cinéaste italien.
D’un côté Le Chat Noir et Manhattan Baby chez Le Chat Qui Fume, de l’autre Murder Rock chez Artus Films.

Pour commencer cette triplette de sorties, Kino Wombat pointera son regard autour de l’édition Blu-Ray de Le Chat Noir :

I) La critique de Le Chat Noir

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

I) La critique de Le Chat Noir

De retour sur le vieux continent, entre la sortie de Frayeurs et celle de L’Au-Dela, Fulci pose ses valises en Grande-Bretagne à la rencontre d’un auteur bien connu : Edgar Allan Poe.
Le réalisateur italien porte ici son dévolu sur la nouvelle Le Chat Noir.
Il reprend certains mécanismes clés et refaçonne la forme teintant la proposition d’une aura giallesque.
En œuvrant sur les terres de Shakespeare, et en axant son film autour d’un animal, Lucio Fulci ancre, et fusionne, deux variations du filon italien à la lame affûté : l’exode vers l’Europe et la fonction centrale de l’animal, et non plus seulement en tant que facteur révélateur.

Fulci suit de la sorte certains cinéastes italiens qui ont investi de nombreux pays européens afin de décliner leurs atmosphères, leurs décorum et narrations, et bien que souvent ce voyage aille du côté transpyrénéen, il est des propositions profitant des brumes et ambiances gothiques de l’humide Britannia, réveillant les spectres de la Hammer, pour voiler les mystères, apporter au récit une aura fantastique enivrante.

Dans le cadre de ce nouveau Fulci, comme nous le relevions, il est important de porter le regard sur la modulation présente autour de l’animal. Une variation qui a tendance à s’accentuer à la fin des 70s et plus spécifiquement durant les 80s, et pas seulement dans le giallo.
Des pensées traversent l’écrit, des images traversent nos mirettes hallucinées : Max Mon Amour, Phenomena, Link, Baxter, La Mouche, Les Chiens, Dressé Pour Tuer ou encore Simetierre.
Dans le cas spécifique de Le Chat Noir, le réalisateur travaille son sujet de manière à infuser le fantastique, faire exploser le surnaturel, développé dans ses œuvres à venir, au cœur d’un de ses cinémas du passé : le giallo.

Des morts accidentelles, des suicides présumés, une photographe passionnée de ruines, une flopée de policiers bornés, un inspecteur de Scotland Yard, un professeur aux perceptions extra-sensorielles et quelques pas de velours aux griffes acérées laissant dans le noir paraître des yeux d’émeraude, voici les ingrédients utilisés pour meubler cette nouvelle aventure du réalisateur italien.
Dans ce village, les décès ne cessent de se multiplier, et pourtant aucune enquête n’est ouverte. Lucio Fulci convoque tous ses savoirs de cinéaste, tous ses gimmicks, pour construire une œuvre hybride entre les différents mouvements de cinéma employés jusqu’ici : du giallo au fantastique.
On y trouve autant de L’Emmurée Vivante et son héroïne aux visions entêtantes, que des motifs de La Longue Nuit De L’Exorcisme et sa sorcière présumée ou encore les fulgurances horrifiques des incontrôlables et incontournables L’Enfer Des Zombies et Frayeurs et ses mouvements morts revenant à la vie.
Le cinéaste italien garde tout son goût pour le mystère et même si certaines lignes d’écriture sont trop appuyées, apparentes, il reste le brouillard autour du modus operandi qui intrigue tout du long, jouant certes de notre naïveté mais s’imposant avec efficacité.

En travaillant les champs extra-sensoriels, Fulci continue sa connexion avec l’au-delà, non pas forcément en touchant la mort, mais dévoilant, avec dévotion, les espaces parallèles à nos perceptions, ceux où dans l’invisible se joue l’intrigue même de la vie, ses secrets, contrastes et ficelles qui guident nos pas.
Il autopsie l’opposition entre les aveuglements du commun des mortels et les facultés de ceux qui parviennent à vivre au-delà du tangible. Il capte l’ivresse de l’inconnu, des territoires masqués.
Une tonalité paranormale qui est propulsée par l’esthétique des lieux, ses silences, ses pierres mémorielles et les susurrements de ses ruines.
Un phénomène d’hypnose naît entre un récit, quelque peu creux, mais mené avec brio, et l’atmosphère que Fulci sait instaurer dans le moindre cadre, plan, faisant de nos rétines des captives de cette enquête surnaturelle.

Pour renforcer la structure, et masquer certaines errances, la proposition s’appuie sur des acteurs britanniques incontournables qu’il s’agisse de Mimsy Farmer, que nous pouvions suivre dans La Traque ou encore Le Portrait De La Dame En Noir, de Patrick Magee, vu du côté de Orange Mécanique et The Servant, mais aussi David Warbeck, visage maudit dans L’Au-Dela et Formule Pour Un Meurtre.
Le trio fonctionne à merveille et contrebalance parfaitement les dynamiques du film, bien que les échanges se fassent principalement entre Farmer et Magee. A noter que ce dernier livre une performance véritablement trouble et inquiétante.

The Black Cat est à la croisée des chemins dans la filmographie de Lucio Fulci quelque part entre ses giallos surréalistes des années 70 et l’horreur putride et singulière de ses réalisations des années 80.
Il trouve du côté de la littérature, derrière les mots d’Edgar Allan Poe, une interstice idéale pour convoquer ses obsessions des crimes sordides aux chevauchements des mondes, entre notre réalité et les champs invisibles.
Sans être un incontournable, faute à une dynamique de récit trop frêle, mais rebondissant de par ses acteurs et sa mise en scène, Le Chat Noir est ce passage nécessaire pour tout inconditionnel du cinéaste italien afin de saisir ce pivot cinématographique entre deux décennies, quant aux néophytes, c’est une belle embardée pour découvrir un regard tout aussi cynique que poétique, tout aussi putride que miraculeux, celui de Lucio Fulci.

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

Image :

Avec un grain assez présent mais permettant une pleine exploitation des détails, du ressenti vivant de la pellicule, le rendu image de Le Chat Noir est une vraie réussite qui néanmoins présente des signes d’une restauration qui commence à dater.
On reconnaît un master assez similaire à celui que nous pouvions découvrir il y a quelques années chez Arrow, avec des tonalités glacées, des couleurs de peau froides, mais un étalonnage qui rend grâce à cette esthétique quasi-gothique, à la brume britannique, aux secrets de ses caveaux humides.
La colorimétrie est en cela très nuancée et évite le piège des couleurs vives et assassines.
Le rendu est particulièrement stable, à quelques griffures verticales près, certainement un coup du chat noir, ou de son cousin qui fume,et offre de très belles conditions pour découvrir ce Lucio Fulci que nous n’attendions plus en France.

Note : 7.5 sur 10.

Son :

Deux pistes sonores sont proposées :

  • Italien :
    Cette première est assez stable, équilibrée, ne sature à aucun moment mais laisse les voix bien trop en avant sur les atmosphères et arrangements musicaux.
    Il reste néanmoins toujours très surprenant de voir tous ces acteurs britanniques manier avec allégresse la langue de Dante.
  • Français :

Manque la présence d’une piste anglaise qui aurait sied à merveille à l’atmosphère du films ainsi qu’à ses acteur british.

Note : 7 sur 10.

Suppléments :

Comme à son habitude Le Chat Qui Fume propose une édition dégueulant de suppléments, et quel dégueulis de qualité !
Nous n’en attendions pas tant et sommes véritablement comblés par cette fascinante édition.

• Monsieur Poe et moi avec le scénariste Biagio Proietti :

Le scénariste de Le Chat Noir revient de ses premiers frissons à l’âge de 14 ans en découvrant Edgar Allan Poe à la bibliothèque jusqu’à ses souvenirs d’adaptations par Roger Corman. Il explore par la suite l’écriture du script et sa relation avec Fulci, creuse la réalité du plateau avec les intérieurs tournés en Italie où il ne fut pas invité.
Il continue son intervention en croisant les écrits de Poe avec le film réalisé et explore les ailleurs cinéphiles hantés par Edgar Allan Poe, allant jusqu’à titiller Dario Argento.

• Symphonie pour un chat noir avec le compositeur Pino Donaggio :

Pino Donaggio aborde son arrivée sur le projet et sa manière de composer. Un entretien croisé avec des extraits du film pour appuyer ses dires, ses idées en matière de création musicale et ses influences.

• Neuf vies avec le caméraman Roberto Forges Davanzati :

Le caméraman de Le Chat Noir ressucite ses souvenirs de plateau entre Londres et l’Italie et toute la difficulté de capter les mouvements et postures du chat. Roberto Forges Davanzati aborde le film, le tournage, la collaboration avec Fulci et les acteurs à travers des séquences précises offrant tout à la fois une lecture des coulisses et une déconstruction du plan. Très intéressant.


• Documentaire AEnigma: Fulci et les années 80 (1h15) :

Documentaire que nous pouvions trouver sur l’édition Blu-Ray 88 films d’Aenigma.
En revenant sur les dernières années de Lucio Fulci, son crépuscule, le document en présence se veut très fourni tant en témoignages qu’en chemins d’interprétations d’une fin de carrière assez trouble et mouvementée.
D’Antonio Bido à Claudio Fragasso en passant par Michele De Angelis, ce supplément est un véritable luxe, une proposition qui propulse cette édition de Le Chat Noir au rang des incontournables.

• Film annonce 

Note : 10 sur 10.

Avis général :

Le Chat Noir est ce passage nécessaire pour tout inconditionnel du cinéaste italien afin de saisir ce pivot cinématographique entre deux décennies dans la filmographie de Fulci, quant aux néophytes, c’est une belle embardée pour découvrir un regard tout aussi cynique que poétique, tout aussi putride que miraculeux.
L’édition en présence fournit un master qui certes commence à dater en matière de restauration mais est particulièrement stable, fin et bien composé, malgré un grain très appuyé et des couleurs assez timides, quant au master son, rien à redire, c’est propre, et fait le travail attendu pour une piste 2.0.
Ce qui fait briller de mille feux cette proposition du matou cloppeur c’est son contenu additionnel et l’axe couvert avec de nombreux invités présents sur le tournage pour parler de Le Chat Noir et un immense documentaire sur Fulci durant les années 80. Immanquable.

Note : 8 sur 10.

Pour découvrir Le Chat noir en Blu-Ray :
https://lechatquifume.myshopify.com/products/le-chat-noir

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