Synopsis : Deux jours et demi de la vie d’Aloysious Parker, dit Allie, jeune vagabond à la dérive dans un New York délabré, rencontrant d’autres personnes qui, comme lui, vivent aux frontières d’un monde qu’ils ne savent comment habiter.
| Réalisateur : Jim Jarmusch |
| Acteurs : Chris Parker |
| Genre : Drame expérimental |
| Pays : Etats-Unis |
| Durée : 74 minutes |
| Date de sortie : 1981 (salles) / novembre 2023 (Blu-Ray) |
En cette fin d’année 2023, il y a eu de très nombreux coffrets autour de cinéastes touchant à l’ADN même de Kino Wombat. Parmi eux, Lars Von Trier, Michael Haneke, Bela Tarr ou encore Kenji Misumi, mais il y a également un réalisateur sur lequel notre regard c’était très peu posé : Jim Jarmusch. C’est donc du côté de Le Pacte qu’il aura fallu se diriger pour faire cette rencontre inattendue, celle d’un nom qui n’arrivait pas à nous attirer.
Kino Wombat reviendra au fil des semaines et mois, tout au long de l’année 2024, autour des éditions présentes dans le coffret Blu-Ray.
Notre regard se tournera aujourd’hui autour du premier long-métrage de Jim Jarmusch : Permanent Vacation.
L’article se divisera en deux temps :
I) La critique de Permanent Vacation
II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray
I) La critique de Permanent Vacation
Film de fin d’études et premier long-métrage, Permanent Vacation est un film déambulatoire, un cinéma d’errance sauvage si brut que le spectre du cinéma néo-réaliste vient à nous bousculer.
Aloysious Parker est un jeune homme new-yorkais, un marginal, un bohème, un punk, habité par la musique de Charlie Parker.
Il vit dans un appartement aux allures de rade, avec une petite amie qui semble ne plus comprendre le mode de vie du jeune homme. Ce dernier ne dort presque plus, déserte le lieu de vie commun chaque nuit pour marcher, rencontrer l’âme de la ville, pour se conforter , pour se confronter, à sa propre image.
Jim Jarmusch suit durant deux jours ce jeune homme fictif à travers les rues, à la rencontre d’individus singuliers, stigmates d’une métropole rongée, dissimulant ses bordures pour ne limiter sa définition mondiale, vitrine, qu’aux fourmillements de la 5ème avenue.
Le cinéaste scrute les axes périphériques, et se rend aux abords de la grande pomme.
Un portrait intime et dévasté de la ville la plus peuplée des Etats-Unis transparaît.
Parker est transpercé par la solitude. La réflexion autour des individus face aux communautés illusoires est d’une puissante terrassante au cœur de cette monstrueuse architecture abritant plus de 20 millions d’habitants.
Parker est observateur d’un monde disloqué, aveuglé, par orgueil et bien qu’assez présomptueux, si ce n’est même prétentieux, le jeune homme a les idées claires. Il se mesure à un monde d’uniformité où la singularité renvoie à l’exil. Dans cet exil, Jim Jarmusch construit une galerie de portraits, le reflet véritable du visage états-uniens.

Des soldats traumatisés par la guerre du Vietnam aux internés qui ne comprennent plus le monde dans lequel ils évoluent en passant par les talentueux artistes de rue mais trop noirs pour s’élever, la loupe est fermement tenue sur tous les rejetés, ceux qui ont été enfermés en dehors de la société car leurs existences n’ont finalement rien à apporter à un monde qui n’est que finances et consommations.
En érigeant tout autant Charlie Parker et Maldoror comme figures intellectuelles et culturelles révolutionnaires, le premier long-métrage de Jim Jarmusch pose déjà tout son bagage idéologique, tout son patrimoine punk, de la fureur des notes au tranchant des mots.
Un monde de cinéma tout entier s’éveille, un territoire fascinant et irrévérencieux où les invisibles ont enfin la parole, où la pensée reprend le dessus sur l’illusion du réel.
Jarmusch laisse ainsi hurler la cage, résonner la détresse, à l’ombre de la statue de la liberté.
Permanent Vacation, rappelant étrangement l’expérimentation fantomatique de Akerman avec Hôtel Monterey, touche à l’intimité des invisibles, aux coulisses du réel, ceux qui ne portent pas l’aveuglement capitaliste, ceux qui ne portent pas de costumes trois pièces, ceux qui ne peuvent plus tolérer d’être clones et spectres d’une trouble machine.
Jim Jarmusch tisse un portrait marginal de la ville de New-York, agrandit l’analyse avec un point final autour de Paris, et célèbre les guêtres, la liberté et les fulgurances tout autant intellectuelles que corporelles.
Aloysious Parker ne peut s’empêcher de penser, Aloysious Parker ne peut s’empêcher de danser, Aloysious Parker est la rage faite lumière, la flamme exilée qui permet la survie de tous.

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray
Image :
Le film est présenté au format 1.33.
Tourné en 16mm, le master que propose Le Pacte pour (re)découvrir Permanent Vacation est de très bonne facture. Le grain est très présent, parfois légèrement trop, mais offre un beau rendu de la texture pellicule, et donne aux couleurs un certain éclat.
Il est également important de noter que l’image a été correctement nettoyée et bien que des griffures, pics et autres marques du temps soient présentes, notre rétine, elle, pénètre pleinement au cœur de la proposition et ces imperfections renforcent même le caractère sauvage de la réalisation.
Son :
Le master mono en présence a été stabilisé et bien qu’il soit parfois chaotique, prise de son originelle, et tournage sauvage, la proposition ne sature pas pour autant et trouve un bel équilibre avec le rendu image. Surprenant.
Suppléments :
Aucun supplément sur ce disque ou autour de Permanent Vacation de façon spécifique.
Cependant, nous nous passerons de donner une note car le coffret Le Pacte regorge de très nombreuses heures de suppléments qui font de l’édition une belle réussite.

Avis général :
Permanent Vacation est une œuvre à cheval sur le cinéma expérimental qui questionne avec acidité nos sociétés contemporaines, hypnotisées par le capitalisme et une mondialisation nauséabonde, un essai incontournable qui prolonge de manière lointaine mais certaine l’œuvre des débuts d’Akerman : Hôtel Monterey.
Le master proposé sur l’édition Blu-Ray est de bonne facture, travaillant la pellicule 16mm de manière remarquable et permettant un véritable voyage sonore.
Seul bémol, et bien que le film fasse partie d’un coffret regorgeant de contenus, nous aurions aimé nous mettre sous la dent un supplément autour du film.


Laisser un commentaire