Synopsis : Paul Atréides se rallie à Chani et aux Fremen tout en préparant sa revanche contre ceux qui ont détruit sa famille. Alors qu’il doit faire un choix entre l’amour de sa vie et le destin de la galaxie, il devra néanmoins tout faire pour empêcher un terrible futur que lui seul peut prédire.
| Réalisateur : Denis Villeneuve |
| Acteurs : Timothée Chalamet, Zendaya, Charlotte Rampling, Léa Seydoux, Laurence Pugh, Javier Bardem |
| Genre : Science-Fiction |
| Durée : 166 minutes |
| Pays : Etats-Unis |
| Date de sortie : 28 février 2024 |
Il y a de cela déjà trois ans que nous laissions Arrakis en flammes, et que Denis Villeneuve avait su savamment nous appâter avec son opus introductif, ficelant un univers envoûtant aux enjeux géopolitiques cosmiques et à la rythmique hypnotique.
Les lettres de Frank Herbert trouvaient alors de belles et profondes images, et un art de la mise en scène prodigieux, pour faire naître les affrontements entre Atréides et Harkonnen sur les terres Fremen.
Aujourd’hui, plusieurs dizaines de mois après notre initiation à cet univers, nous reprenons l’aventure où nous l’avions laissé.
Les Atréides ont été décimés. Les Harkonnen ont repris le contrôle de l’épice, or sable.
Paul Atréides et sa mère vivent en exil chez les Fremen et doivent faire leurs preuves face à l’hostilité du désert.
Le coup d’Etat des Harkonnen, lui, est remonté jusqu’à l’empereur. Ce dernier joue la carte de l’aveugle, craignant trop certaines familles, redoutant de perdre sa fonction.
Dans ce délicat imbroglio, Villeneuve reprend la main et actionne son second chapitre, s’amusant avec cette suite avec les mécaniques mises en place dans le premier acte.
S’il y a bien une chose à reconnaître à cette suite, c’est bien son caractère total, sa manière d’avancer sans jamais sourciller, hésiter, sa folle tendance à activer l’artillerie du cinéma à gros budget Hollywoodien sans jamais discontinuer.
Le cinéaste québécois qui avait réussi par le passé à offrir des œuvres contemplatives, si ce n’est intime dans leurs rapports au monde, avec des moyens pharaoniques s’essaie avec ce second chapitre à une frénésie manichéenne, un déferlement de puissance venant à obstruer le moindre de nos capteurs émotionnels et sensoriels.
Ouvrez les yeux, Shai-Hulud, le ver géant est sorti des sables, et son intensité risque bien de vous pousser dans un gouffre léthargique.

Villeneuve conserve son ossature, réussit à capter les espaces avec génie, à concevoir des plans, des séquences, qui marqueront les rétines pour de nombreuses années et s’impose irrémédiablement dans la catégorie des cinéastes qui refaçonnent les perceptions au cœur du septième art.
Néanmoins, toute cette magnificence, toute cette démesure, l’emporte sur le récit, dévaste les personnages et contamine la génétique même du premier film.
Les reliefs et profondeurs sont perdus, la liberté fascinante du premier opus a disparu et nous fonçons dans un long couloir sans recoins ni aspérités, pour finalement prendre de pleine face la bête. Adieu l’errance.
Les plans gigantesques croisés avec des regards profonds sur les textures environnantes qui donnaient à l’œuvre un caractère moléculaire se trouvent à perdre leurs sémantiques et le carnaval débute.
Dans sa nécessité de faire avancer la narration, Villeneuve ne sait plus véritablement comment arranger et manipuler ses acteurs qui se retrouvent tous en première ligne, essayant chacun de briller de mille feux, s’enfonçant dans une caricature de leurs filmographies respectives et s’empêtrant dans des circonvolutions où les personnages d’Herbert s’effacent, où les stars souhaitent dévorer nos adorations.
Les voix intérieures disparaissent au profit de dialogues explicites et consensuels d’une fadeur déconcertante.
Nous sommes face à un cinéma vampire, un spectacle de séduction somme toute assez grossier. Un enchaînement de poses héroïques vigoureusement assaisonnées de discours moralisateurs et prétentieux se déploie.
Zendaya que nous avions apprécié, agace aujourd’hui. Chalamet que nous avions pris plaisir à (re)découvrir, irrite désormais. Dans cette anesthésie totale, seuls Léa Seydoux, Florence Pugh et Christopher Walken font preuve de complexité et de grandeur.
Ce trait extrêmement poussif dans la direction d’acteurs noie la proposition et inonde bien plus que les pantins.
La situation est alors dégradée d’une part par l’indigeste accompagnement de Hans Zimmer, qui brille seulement dans ses résonances caverneuses, et d’autre part par cette volonté d’actualité politique moralisatrice travaillant la question du Moyen-Orient et les croisades modernes pour le pétrole.
La prophétie derrière le personnage de Paul Atréides, aux apparats christiques, est également menée avec une absence totale de textures, de mesures, de finesse. Un ésotérisme clé en main qui ne laisse que peu de mystères.
Entre analyses politiques vaseuses et miracles religieux, le film avance, et nous assistons à un massacre tout autant idéologique que poétique par Villeneuve de son propre cinéma car finalement ce Dune : Deuxième Partie n’est que réécriture d’Incendies, sorti il y a de cela une quinzaine d’années, où le cinéaste faisait preuve d’un véritable art des nuances et d’une intelligence géopolitique étourdissante.
L’histoire d’un aller-retour vers les terres perdues, pour un retour du roi dévasté mais certain de ses origines, maître de son destin.

Reste que par-delà cette tragédie aux résonances grecques, et aux architectures mésopotamiennes, trahie par l’impérialisme américain, Dune : Deuxième Partie est un véritable ravissement visuel, un prodige de photographie, qui fait passer la pilule et offre à de nombreuses reprises de profonds frissons face à l’immensité de ce que Villeneuve est parvenu à saisir, et cela qu’il s’agisse des images de paysages désertiques capturés en Jordanie ou bien des monolithiques espaces numériques de la maison Harkonnen.
Dune : Deuxième Partie n’est en aucun cas le messie qui est vendu de toutes parts, il s’agit d’ailleurs même du film le moins intelligent en terme d’écriture de Denis Villeneuve.
Ce second acte est avant tout une vitrine technique, une renaissance en matière de photographie pour les films à gros budget, une véritable leçon, et au-delà de la question du chef d’œuvre, qu’il n’est pas, cette suite marque l’arrivée tardive d’un héritier à la tradition du cinéma épique américain quelque part entre Les Dix Commandements et le mouvement des péplums.
Tout aussi divertissant que consternant, un étrange plaisir.



Laisser un commentaire