Pyromaniac : Critique et Test Blu-Ray

Synopsis : Martyrisé par sa mère qui lui infligeait des brûlures graves quand il n’était qu’enfant, Donald Kohler voue aux femmes une haine tenace, et ne peut s’empêcher d’en inviter chez lui pour les brûler au lance-flammes.

Réalisateur : Joseph Ellinson
Acteurs :  Dan Grimaldi
Genre : Horreur
Durée : 93 minutes
Pays : Etats-Unis
Date de sortie : 1980 (salles) / mars 2024 (Blu-Ray)

Pyromaniac, rangé à l’étage des films de vidéoclubs inaccessibles, vient enfin poindre le bout de son nez sur le marché de l’édition vidéo au format Blu-Ray.
Une sortie qui éveille d’autant plus notre attention, notre excitation, depuis que ce titre a été annoncé par The Ecstasy Of Films, il y a de cela 4 ans, pas le plus rapide des éditeurs, mais très certainement l’un des plus minutieux et perfectionniste.
Pyromaniac ne connaît pas la gamme luxueuse des médiabooks que savent proposer les experts de l’extase mais se présente sous une belle édition avec fourreau, avec au choix deux visuels pour l’étui cartonné, dont un dessiné par Melki.
De plus, le visuel de l’amaray est réversible et reprend tout autant le visuel US que la frénétique affiche coréenne.

L’article se déroulera en deux temps :
I) La critique de Pyromaniac
II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

I) La critique de Pyromaniac

Donald Kohler est ouvrier dans une usine d’incinération de déchets. En dehors de l’entrepôt, il n’y a rien, si ce n’est sa mère, parente autoritaire âgée, pour laquelle il a entièrement dédié son existence.
Au travail, il entretient des relations tendues avec ses collègues et marque définitivement son rejet après l’accident de travail de son partenaire, qui, lors de sa détresse dans les flammes n’a reçu aucune aide de Donald, ce dernier étant resté figé, fasciné, si ce n’est excité par les flammes.
Le soir de l’accident, en rentrant dans la maison de famille, bâtisse gargantuesque sur la colline, il retrouve sa mère, décédée.
Seul, face au silence, au vide, il se remémore les sévices que la défunte lui avait fait subir, l’expiation du mal par le feu.
La colère le ronge, celle envers la gente féminine qu’il condamne à l’enfer, celui de la torche, du brasier.
Dans les environs, quand l’obscurité dévore la ville, des jeunes femmes se mettent à disparaître, des jeunes femmes se font consumer.

Sorti en 1980, Pyromaniac est à la fois un pur produit d’exploitation, un véritable objet filmique bis, reprenant les architectures visuelles et thématiques de Maniac, Psychose, Cannibal Man ou encore Massacre à La Tronçonneuse, mais également une proposition d’avant-garde, annonçant le slasher ultra-violent des années 80 et travaillant la déliquescence, la décomposition des corps, d’une manière sensiblement proche du cinéma à venir de Jorg Buttgereit, père de Nekromantik et Der Todesking, tout comme de la frénésie stylisée de Lamberto Bava.
Le film de Joseph Ellinson, cinéaste oublié et à la carrière quasi-inexistante, s’engage dans un film tout aussi maladroit que profondément fascinant.
Les traits sont grossiers mais percutants, à l’image de la prolongation phallique du lance-flammes, faisant de Donald Kohler le incell number 1, homme-petit garçon faisant vivre sa frustration sexuelle par la mort d’inconnues, vengeance de la mère contre toutes les femmes.
Le cinéaste déborde d’idées, de motifs, qu’il colle les uns aux autres, oubliant profondément la construction psychologique des personnages mais se concentrant pleinement sur sa création horrifique, ses ambiances crasses, ses outrances et ses sombres recoins qui dérangent et hantent profondément.

Il y a ici une manière de penser le divertissement en s’enfonçant pleinement dans l’aventure visuelle brute, et en faisant reposer toute la narration sur des oeuvres passées.
Un parti pris qui fonctionne plutôt bien car les minutes filent à toute allure, les corps carbonisés s’entassent, prennent vie, le chaos intérieur de Donald inonde la pellicule et la maison prend assez rapidement la place d’une entité possédée. Dan Grimaldi dans le rôle de Donald Kohler est profondément effrayant, un Norman Bates déliquescent.
Le surnaturel s’immisce, en périphérie, ne s’impose jamais, et réside dans les structures dissociatives psychologiques. Les pièces de la maison modulent tantôt immenses et vertigineuses, tantôt étriquées et étouffantes. Un dédale anxiogène se dévoile.
la demeure n’est finalement que projection de l’esprit malade de Donald et le réalisateur a bien appris ses leçons, laissant aux greniers les cheminements tortueux spirituels, pour s’installer au rez-de-chaussée où le crime organique sévit.
L’accès à l’étage est tumultueux et seules les voix, spectres voraces du tueur, permettent de dépasser le portes closes pour pleinement plonger dans une terreur terrassante.

Pyromaniac en dévorant la chair par les flammes et en entretenant un étrange rapport tant au cadavre, réel nauséeux, qu’au surnaturel, vues de l’esprit qui pétrifient, se révèle être un film particulièrement malade, et donc fascinant.
Joseph Ellinson, bien que piètre psychologue, réussit à proposer une expérience de l’horreur rare, et qui, au-delà de ses imperfections, errances, s’immisce au coeur du regard spectateur pour l’immoler de l’intérieur et brûler férocement la mémoire.
Le haut du panier en matière de souvenirs de vidéo-club, un élément pivot pour saisir pleinement le virage du cinéma d’horreur à l’orée des années 80.


II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

Image :

La restauration 2K à partir d’éléments numériques est une grande réussite. Il est possible, face à la qualité en présence, que la restauration soit passée comme chez nos voisins par une copie des scans négatifs originaux, rien de confirmé.
L’image a été parfaitement nettoyée, stabilisée et époussetée.
Le film déploie un niveau de détails inattendu et une gamme colorimétrique assez astucieuse permettant de renforcer le travail autour du piqué et masquer quelques errances, comme le grain très discret, ou encore quelques limites de performances visuelles.
Face aux intérieurs à l’éclairage dense, le film resplendit et porte notre rétine vers un petit ravissement. Le travail de la matière, des textures, tant organiques que textiles se fait palpable et offre une échappée pénétrante.
La grande difficulté du master en présence reste ses oscillations durant les extérieurs de nuit, ou encore la scène de l’Eglise, où les noirs ont du mal à trouver leur stabilité.

Note : 8 sur 10.

Son :

Une seule piste DYS-HD Mono audio est proposée en VOSTFR.
Le résultat est réussi avec une piste nettoyée de tout souffle, de toute saturation, avec une très belle stabilité entre les différentes fréquences. Les effets sonores en présence ont également correctement été retravaillé et gagnent en dynamisme.
Le mix général est irréprochable.

Note : 8 sur 10.

Suppléments :

Comme toujours The Ecstasy Of Films propose son lot de suppléments, de propositions souvent très pertinentes, inédites, prolongeant à merveille l’expérience du film :


– Burn Baby Burn – Entretien avec Joseph Ellinson (29min – Vostfr – Inédit)

Le réalisateur, lunettes de soleil vissées sur le nez, d’une prétention hypnotique, nous parle de la forme d’horreur absolue qu’il cherchait à atteindre avec Pyromaniac.
Ce dernier rejetait alors l’horreur de fête foraine, celle du petit frisson, qui tend plus à sourire qu’à s’évanouir.
Pour atteindre ce niveau de frayeur, Ellinson décortique alors le tournage ainsi que le montage.
Puis il revient plus largement sur le retour critique autour du film, le parcours de ce dernier et les circonvolutions connexes.
L’entretien est entrecroisé d’images du film afin de ressentir le mots du cinéaste, terreur à l’appui.

– Grindhouse All-Stars – Retour sur un cinéma débauché et underground – Entretien avec Matt Cimber, Joseph Ellison, Roy Frumkes et Jeff Lieberman (35min – Vostfr – inédit)

Conversation à quatre voix, par le biais d’un montage, chacun des créateurs de terreur de leurs côtés, abordent leurs cinémas jusqu’au-boutiste et parlent du cinéma grindhouse, de leurs dérivés et l’influence sur leurs travaux, qui tendent aujourd’hui à être oubliés bien qu’essentiel pour saisir l’horreur outrancière de cette époque et des années à venir.
Intéressant, regorgeant de références mais cacophonique dans la forme.

– Playing with Fire – Entretien avec Dan Grimaldi. (12min – Vostfr) (Inédit)

L’acteur interprétant le personnage principal de Pyromaniac aborde son expérience du tournage.
Un coup d’oeil sur son premier rôle, dans Pyromaniac, et expédition au coeur de ses souvenirs. Certainement le plus intéressant supplément revenant sur les lieux, le travail des flammes entre autres.

– Don’t Go in the house – Format VHS – Version Cinéma (79 min – Vostfr)

– Bande-Annonce promo (Vostfr)

Note : 8 sur 10.

Avis général :

Comme par le passé, The Ecstasy Of Films propose une édition particulièrement solide et accessible.
Quel bonheur de découvrir Pyromaniac, enfin ! Ce ne sera plus uniquement ce souvenir de vidéo club inaccessible pour faute d’âge. La réalisation de Joseph Ellinson est un vrai petit miracle d’exploitation américaine quelque part entre Massacre À La Tronçonneuse, Psychose et Maniac, tout en annonçant les horreurs charnelles de Jorg Buttgereit. Pyromaniac est ce chaînon transitoire essentiel, bien que trop souvent oublié, là où le slasher se devait de muter pour ne pas s’évanouir quitte à franchir le cap des outrances et déviances.
Le master image est tout particulièrement envoûtant, là où le master son bien que moins surprenant parvient également à épater.
La partie suppléments est fournie sans pour autant verser dans l’excès ouvrant la porte aux déambulations post-visionnage. Une réussite.

Note : 8 sur 10.

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