Synopsis : Les dirigeants des sept nations composant le G7 se réunissent pour leur sommet annuel mais se perdent dans les bois et doivent, malgré tout, rédiger une déclaration sur une crise mondiale.

| Réalisateur : Guy Maddin, Evan Johnson & Galen Johnson |
| Acteurs : Cate Blanchett, Denis Ménochet, Alicia Vikander |
| Genre : Comédie Noire |
| Durée : 103 minutes |
| Pays : Canada |
| Date de sortie : 7 mai 2025 |
Le terrain de Guy Maddin est fertile en imaginaires de toutes sortes allant de l’expérimentation des codes du muets, aux épileptiques montages à la Eisenstein en passant par la création d’images et cheminements réflexifs uniques en leurs genres, allant jusqu’à dépasser la lumière, révéler l’invisible.
En prononçant le nom de Maddin, l’esprit de Kino Wombat se trouve projeté à Winnipeg, avec ce cimetière de chevaux à moitié prisonniers des glaces, capture d’un réel surréaliste qui définit parfaitement le monde vu par la rétine de Maddin.
Alors imaginez, oui imaginez, lorsque les pensées démentielles du cinéaste viennent à porter réflexion sur le G7, et les têtes « pensantes » qui gouvernent le monde.
C’est l’idée corrosive du réalisateur américain, pour Rumours, accompagné ici de Evan Johnson et Galen Johnson à la réalisation.
Dès les premières minutes le ton est donné Cate Blanchett en chancelière allemande, Denis Menochet en Président de la République Française.
Le défilé de gueules sied à merveille aux postes.
Du Canada au Japon en passant par l’Italie, le Royaume-Uni ou encore les États-Unis, les caricatures sont assez justes et les festivités carnavalesques commencent avant même les premiers mots.
Cela faisait bien longtemps que les rires n’avaient pas autant couvert la salle, cela faisait bien longtemps que nous n’avions pas autant senti nos zygomatiques.
Les échanges et rapports intimes entre dirigeants sont d’une acidité et d’une lucidité déconcertantes.
Entre écriture de rapport, où seule la méthode prévaut délaissant le sens et la portée, et rapprochements physiques dans les sous-bois, l’élite bourgeoise se donne merveilleusement en spectacle.

Maddin en vient vite à cibler le vide idéologique des puissances contemporaines, les décisions ne se prennent qu’en fonction des crises, les crises sont constantes, les actions suivent le sens du vent et de la popularité.
Dans un monde ayant pour graal le bénéfice et la sécurité, l’humanité sombre, devient mécanique, vicieuse et cupide, la poésie, les arts, l´âme eux, sont destinés à la tombe.
La clairvoyance du propos est troublante, bien qu’hilarante.
Rions de nos malheurs et des capitaines aveugles. Rions de cette parade bouffonne dont le peuple ne connaît même plus les visages.
Il est tétanisant de constater le détachement des dirigeants face à la population , à la nature, au monde réel.
Alors qu’ils enchaînent les verres de rouge, se caressent et forniquent, le monde s’écroule, s’effondre.
Dans leurs certitudes, ils se persuadent qu’une fois le rapport du G7 terminé le monde retrouvera son équilibre.
Les échanges ne cessent, la nuit tombe, le monde se vide et les momies enterrées, cadavres des élites passées, oubliées, ressurgissent.

L’horreur dévore le cadre, la demeure accueillant le G7 est fuie, la forêt vient à dévoiler le chaos qui n’est pas visible du haut du trône.
Le cinéaste crée alors tout un bestiaire du dépassement allant de la mutation de la flore et de la faune, pour résister à la folie destructrice des humains, jusqu’à l’enterrement du genre humain par les intelligences artificielles.
La mascarade ne cesse de gonfler, des chaînes d’importances entre gouvernants se jouent, et il est difficile de trouver une issue à cette cathédrale décadente que sculpte Maddin.
Un tel monstre, un tel vertige est complexe à contrôler et sur son dernier quart, Rumours ne sait plus trop où il pose les pieds, s’embourbe et conclut par une léthargie du public là où quelques minutes plus tôt il tenait les spectateurs d’une poignée de fer !
C’est un essai, une farce politique, qui à force de vouloir jouer de sa conscience s’écroule, à son propre jeu de petit malin.
Rumours est une évolution du cinéma de Maddin, rappelant lointainement, et maladroitement, le récent Fairytale de Sokourov, et ses limbes conviant Hitler, Mussolini et Staline, continuant à écrire des pamphlets amers tout en structurant l’image tel un surréaliste désillusionné, perdant sa faculté à être poète, jouant le numérique jusqu’à dépasser le cadre, le brûler.
Rires, angoisses, dégoûts et ennuis se mêlent, Rumours est une hydre à sept têtes, celles de dirigeants bien trop éloignés des peuples qu’ils gouvernent, celles de dirigeants sur le point de croiser la faucheuse.


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