« Violent Panic : The Big Crash » réalisé par Kinji Fukasaku : Critique et Test Blu-Ray

Réalisateur : Kinji Fukasaku
Acteurs :  Tsunehiko Watase, Miki Sugimoto, Yayoi Watanabe, Hideo Murota
Genre : Action, Policier
Pays : Japon
Durée : 85 minutes
Date de sortie : 1976 / 2024 (Blu-Ray/DVD)

Synopsis : Takashi et Mitsuo sont braqueurs de banque. Ils préparent un dernier coup avant de s’enfuir au Brésil. Mais la police les guette, Takashi croise la belle Miki, et les choses ne tourneront pas comme prévu.

Ce début d’année 2024 aura vu l’arrivée de deux nouveaux éditeurs français, Vidéo Popcorn et Roboto Films, le premier semble spécialisé dans l’horreur rétro et le second dans le cinéma asiatique.
Après nous être penchés sur la première sortie de Vidéo Popcorn, Antropophagus, il est grand temps d’attaquer le programme Roboto Films et sa première vague de titres dédiés à Kinji Fukasaku avec Violent Panic – The Big Crash et Shogun’s Samurai.

Tout d’abord, il est vrai que le nom de Kinji Fukasaku ne semble pas évident, réputé, et pourtant une grande partie de la cinéphilie mondiale connaît l’oeuvre du cinéaste, père du diptyque Battle Royale.
Bien que le sommet le plus reconnu de sa carrière soit aux alentours des années 2000, le cinéma de Fukasaku remonte aux années 60.
La filmographie de ce réalisateur aux accents structurels de chien-fou, tout en restant chez les majors, n’a cessé de traverser les décennies, de suivre avec un regard parallèle les courants majeurs du septième art nippon, répondant aux commandes des studios tout en imposant son geste, sa rétine irrévérencieuse.
Dans le cas de Violent Panic – The Big Crash, il s’agit d’un des derniers films de gangsters du réalisateur, film outrepassant le genre, étirant le regard au cinéma d’action, de course-poursuites tout en mordant dans les dynamiques pinku eiga.

La critique de Violent Panic – The Big Crash

Takashi et Mitsuo occupent leurs heures libres, en dehors de leurs emplois respectifs, à braquer des banques dans l’optique, un jour, de pouvoir vivre libre, en dehors des mécaniques geôles de la société.
Lors d’un dernier braquage avant leur fuite vers l’étranger, le Brésil, Mitsuo se fait descendre.
C’est alors le début d’une cavale hystérique mettant sur la route de Takashi toute une galerie de personnages tous plus dégénérés les uns que les autres. De la jeune Miki, aux pratiques douteuses, dont Takashi va s’amouracher au frère de Mitsuo réclamant son dû en passant par les agents de police plus préoccupés par la séduction, et possession de leur collègue policière, ou encore par le mérite de capturer l’ennemi public numéro 1, quitte à anéantir des quartiers entiers, les pulsions, désirs et orgueils se déchaînent.
Les bas-fonds se dévorent, la route est la seule issue, Takashi et Miki tracent, derrière eux, toute une société au bord du chaos exulte, fait chauffer la gomme.
Désormais, Takashi et Miki sont seuls contre tous.

Fukasaku réalise une véritable supernova, fonçant à vive allure, ne prenant pas un instant pour installer de temps mort, chaque séquence incorpore une à deux péripéties à venir.
Il n’y a pas de place pour la latence, le vide.
Le caractère exploitationnel du film est en cela saisissant, cligner des yeux pousse à perdre des rebondissements, des extases rétiniennes.
Le sens du rythme est une grande réussite de cette oeuvre particulièrement méconnue en France.

Le cinéaste dans sa pratique de metteur en scène et malgré des interprétations douteuses de certains acteurs, et ce, malgré les prestations correctes de Tsunehiko Watanase (Combat Sans Code D’Honneur, Antartica), Yayoi Watanabe (La Femme Scorpion, Le Couvent De La Bête Sacrée) ou encore Miki Sugimoto (Les Menottes Rouges), parvient à trouver un judicieux équilibre entre son et image, faisant de la composition de Toshiaki Tsushima un véritable ressort narratif, un élan qui pousse à transcender le moindre acteur, la moindre image.

Le spectacle est véritablement fascinant, les défauts en présence, les lourdeurs, s’évaporent à la vitesse de l’éclair.
Les corps sont malmenés, écrasés, blasphémés. Les flammes jaillissent de toutes parts. Le sang cristallise l’image. L’ombre de Les Menottes Rouges, que nous venons également de découvrir plane en nous.
La prouesse visuelle et technique est obsédante.

Mais attention, il ne faut pas non plus prendre ce Violent Panic – The Big Crash comme un simple voyage outrancier de cinéma d’exploitation, une oeuvre bis parmi d’autres.
Fukasaku saisit une détresse profonde, témoigne, capte une certaine misère populaire, par delà le miracle économique nippon des 60s/70s.
A travers toute cette galerie de personnages que tend à organiser Fukasaku, il n’y a qu’âmes errantes au milieu de boulevards criant la réussite, le succès, la gloire et la fortune.
L’écart entre le sommet des tours et la crasse des caniveaux est vertigineux.
L’image entretenue par le pays résonne alors d’autant plus comme impasse pour les laisser pour compte.
Il ne reste ainsi plus qu’une solution pour rattraper la croissance, se servir à la source, devenir hors la loi pour enfin exister, ne plus être chair à exploiter : la route et l’ultra-violence.

Au loin, le Brésil, terre d’émigration japonaise depuis le XIX° siècle, du fait de l’interdiction d’émigrer en Amérique Du Nord, devient mirage pour ceux pourrissants dans les impasses obscures du pays au Soleil Levant.

Violent Panic – The Big Crash est un hypnotique film de course-poursuites mêlant braquages, érotismes et regards politiques, qui n’a pas à rougir face aux mastodontes états-uniens réalisés par Walter Hill ou encore Richard C. Sarafian, révélant un haut niveau de maîtrise en tant que metteur en scène pour Fukasaku, particulièrement dans son dernier acte d’une rage chaotique et d’une puissance visuelle ahurissantes. .
Ne ratez pas ce grand oublié de l’histoire du cinéma, il est là, face à vous, saisissez le rendez-vous.

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray

Roboto Films, avec cette première sortie, propose tout à la fois un film particulièrement rare, en première mondiale pour une sortie Blu-Ray, mais également une édition digibook véritablement magnifique, méticuleusement soignée.
Des visuels à la tranche, classifiant les sorties en fonction des collections à venir, ici Collection Gangsters, tout a été parfaitement pensé. Les matières proposées ont été finement réalisées.
Reste, peut-être, une taille de police un peu trop importante dans le livret, mais ce n’est qu’un détail.

Image :

Nous ne nous attendions pas à une telle qualité de restauration, du fait de copies restaurées souvent feignantes en provenance du Japon pour les films dits d’exploitation des années 70, le film de Kinji Fukasaku a connu les honneurs d’une restauration de qualité.
Tout d’abord la proposition faite par Roboto Films est d’une stabilité impeccable avec une image finement nettoyée, aucune tâche ne transparaît, et les rayures, craquèlements, sont extrêmement rares.
Le film a été tourné en 35 mm, et la texture pellicule, organique, est restituée d’une bien belle manière, apportant profondeur et détails.
Le tout est décuplé par un traitement des couleurs qui ne dénaturent rien et permettent grâce aux nuances, et certaines saturations dans les rouges, de créer une aventure visuelle au dynamisme tout aussi épileptique qu’hypnotique.

Note : 8.5 sur 10.

Son :

Une unique piste son DTS-HD Master Audio 1.0 est proposée. Cette dernière a correctement été nettoyée des grésillements, souffles, et offre un confort véritable, sans jamais aller dans le sensationnalisme.
Les voix sont particulièrement soutenues, mises en avant dans le mix.
La bande originale porte le regard et soutient l’attention à la manière d’une hypnose.
Les ambiances tiennent la route.
Reste quelques saturations dans les aigus, concernant les cris ou la tôle qui se froisse. Rien de bien méchant.

Note : 7.5 sur 10.

Suppléments :

  • Première partie de l’entretien vidéo avec Jean-François Rauger, Directeur de la programmation à la Cinémathèque de Paris (17 minutes) :

    Un entretien biographique autour de Fukasaku enivrant qui trouve dans cette première partie les premières années du cinéaste japonais, et tisse une toile gigantesque du cinéma populaire japonais.
    Rauger est un puits de savoir, nous buvons ses paroles, faisons en sorte de conserver le plus d’informations dans tout ce foisonnement.
  • Entretien avec Stéphane du Mesnildot, Journaliste, Auteur et expert du cinéma asiatique (14 minutes) :

    Stéphane Du Mesnildot introduit le cinéma de Kinji Fukusaka à travers le cinéma de gangsters japonais qu’il tient à dissocier du courant yakuza.
    Il poursuit l’influence des films américains sur le spectre du cinéaste, et analyse la conservation d’une véritable culture nippone. Dans cette rencontre des deux mondes, le spécialiste va tisser le fil de la carrière de Fukusaka jusqu’à parvenir à Violent Panic – The Big Crash.
    Une analyse fascinante et très précise tissant des liens entre le cinéma japonais et italien. construisant des arches entre les États Unis et le pays du Soleil Levant.
  • Livret contenant des essais de :
    – Mark Schilling, journaliste et auteur du « Yakuza Movie Book », de « No Borders, No Limits: Nikkatsu Action Cinema »… :
    L’écrit de Mark Schilling reconstruit le paysage cinématographique nippon pour mieux aborder le film de Fukasaku. L’essayiste travaille par paliers en amorçant le contexte de tournage, revenant sur la carrière du cinéaste, son style, abordant la carrière des acteurs, pour ensuite dépiauter et analyser le film. La proposition est assez descriptive et il serait alors plus judicieux de découvrir le film en amont de cette lecture.
    – Alexandre Vankeirsbilck, fondateur de Roboto Films : L’écrit de Alexandre Vankeirsbilck est le meilleur morceau de ce livret, offrant une belle plongée dans le contexte militaire, économique et social du Japon à cette époque. Il crée des arches entre la réalité de la vie et la mise en scène de Fukasaku. Saisissant.
    – Photos et affiches du film
  • Bande annonce exclusive Roboto

Note : 9 sur 10.

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De Terrence Malick à Lucio Fulci et Wang Bing, en passant par Jacques Rivette, Tobe Hooper, Nuri Bilge Ceylan, Agnès Varda, Lav Diaz ou encore Tsai Ming-Liang, laissez-vous porter par de nouveaux horizons, la rétine éberluée.

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