« La Chevauchée Des Morts-Vivants » réalisé par Amando de Ossorio : Critique & Test Blu-Ray 4K UHD

Réalisateur : Amando De Ossorio
Acteurs :  Maria Kosty, Julia Saly
Genre : Horreur
Pays : Espagne
Durée : 88 minutes
Date de sortie : 1975 (salles) / 2024 (4KUHD / Blu-Ray)

Synopsis : Henry et Joan Stein, se rendent dans le sud-est de la Catalogne, dans un village de pêcheurs dont le médecin vient de prendre sa retraite. Le couple se heurte rapidement au mutisme et à l’hostilité de la population qui vit sous la menace d’une malédiction.
En effet, tous les sept ans, des chevaliers morts-vivants ressortent de leurs tombeaux, réclamant, sept nuits durant, le sacrifice d’une jeune femme en échange de la sauvegarde de la population.
Avec l’aide de Teddy, un simple d’esprit, Henri et Vanessa vont tenter de mettre un terme à la malédiction.

Après de nombreuses années à espérer, après de nombreux voeux vains, la tétralogie des templiers réalisée par Amando De Ossorio, véritable pilier du cinéma horrifique bis espagnol, qui devenait un mirage lointain, fait de nouveau son apparition dans nos cinéphilies grâce à l’éditeur Le Chat Qui Fume.

Loin d’avoir la possibilité de trouver entre nos mains l’intégral de ces films, il est aujourd’hui possible, en 2024, plusieurs décennies après sa sortie, de poser la rétine sur la restauration 4K de La Chevauchée Des Morts-Vivants, ultime volet de la saga.

La Critique de La Chevauchée Des Morts-Vivants

XIV° siècle, une jeune femme est enlevée par un groupe de templiers.
Elle est sacrifiée à une étrange divinité, créature oubliée des abysses.
Son coeur est arraché. L’organe est placé dans la gueule d’une statue à l’effigie de la bête.

Plusieurs siècles plus tard, durant les années 1970, le docteur Henry et son épouse Joan emménagent dans un village côtier, désert médical, entre bord de mer et vallons reculés.
Sur place, les habitants vivent dans de vieilles bâtisses aux allures de ruines.
Ils semblent ne pas avoir changé leurs modes de vie depuis plusieurs siècles, loin des sciences modernes, figés dans les rites et superstitions.
Le soir venu, de curieux rituels prennent place, les mouettes ne cessent de piailler, des cris cisaillent le crépuscule.
Chaque matin, une jeune femme du village disparaît.
Joan s’inquiète, veut quitter les lieux. Henry, lui, est bien décidé à pousser le village à s’ouvrir à la médecine dite conventionnelle, à faire reculer le croyances primitives.
Au loin, un château surplombe la plage, un lieu maudit d’où sortent chaque soir des cavaliers grimés en templiers.

Ce quatrième volet, de la saga des templiers morts-vivants dirigée par Amando De Ossorio, offre un attirant mélange à mi-chemin entre esthétique gothique façon studio Hammer dégénéré et cinéma populaire fantastique espagnol croisant les insouciants citadins aux rites immémoriaux pratiqués en ruralité, dans les villages reculés, si ce ne sont abandonnés, rappelant le spectre de la folk horror.
Un magma qui anime l’écho lointain de Lovecraft et ses divinités abyssales, rappelant ici tout autant Dagon que Le Cauchemar D’Innsmouth.
La réalisation du cinéaste s’ancre dans un champ de cinéma bis, travaille des schémas connus, ne joue pas d’audace, mais a pour elle le mérite de maîtriser d’une belle manière sa narration, de construire avec curiosité sa mythologie.

On retrouve tout autant Les Rescapés de L’An 2000 réalisé par Narciso Ibáñez Serrador, pour ses espaces errants et reculés, que les spectres maudits de Le Fascinant Capitaine Clegg réalisé par Peter Graham Scott ou encore les sévices physiques, expérimentaux et incantatoires de Les Expériences Érotiques de Frankenstein réalisé par Jess Franco.
Un maelstrom de cinéma d’horreur est convoqué, des ficelles parfois criardes mais toujours efficaces.
Les corps sont abandonnés, poitrines écartelées, chair dévorée par les araignées de mer.

Amando De Ossorio joue sur le fantasme des templiers, structure les mystères.
On se fait curieusement surprendre à découvrir progressivement la malédiction en présence.
Le cinéaste parvient à maintenir l’attention avec des zones d’ombre qu’il définit et dévoile avec minutie.
Le sens du rythme est stupéfiant, pousse à une certaine fascination.
Fascination troublante face à cette oeuvre qui raconte bien peu, façonne des personnages coquilles et ne cesse de se tirer dans les pattes en matière de consistance, de crédibilité.

Le mirage est présent allant des costumes aux lieux, des décors à la photographie, le tournage semble fauché et pourtant l’envoûtement est bel et bien présent.

Le long-métrage doit d’ailleurs beaucoup à sa photographie ensorcelante, que l’on doit à Franciso Sanchez qui aura longtemps accompagné avec brio le trop peu mentionné Leon Klimovsky.
Une aura mystique, ésotérique, enserre la proposition.
Une atmosphère qui pousse la rétine à une certaine obsession, celle de saisir les ténèbres, celle de découvrir les démons qui manipulent, en coulisses, tout ce village depuis plus de 600 ans.
Il y a ici de la magie, de la magie noire, si carnavalesque qu’elle en devient pernicieuse.

La Chevauchée Des Morts-Vivants est une curiosité à découvrir, un film profondément ancré dans le paysage bis espagnol des 70s.
Le long-métrage est une impasse en terme de récit, de jeu d’acteurs, et pourtant, une aura extatique traverse la proposition, comme si le film d’Amando De Ossorio renfermait un sort terrifiant, une horreur tangible, un cauchemar insidieux.
Le cinéaste maîtrise le rythme de sa narration et capte la pensée, les regards, révélant une troublante et intrigante expérience.

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray 4K UHD

L’édition proposée par Le Chat Qui Fume s’installe dans la luxueuse collection digipack de l’éditeur.
Nous retrouvons Grégory Lê, pour le visuel du recto, qui propose ici un visuel époustouflant que nous avons d’ailleurs pris plaisir à regarder, analyser.
Artiste dont nous avions déjà pu apprécier l’extraordinaire travail sur le éditions, entre autres, de Crime à Froid ou encore Les Menottes Rouges.
Concernant le reste de l’édition nous retrouvons la pâte graphique de Frédéric Domont qui assure, comme toujours, la si belle ligne visuelle de l’éditeur.

Image :

La master présent sur le disque 4K UHD est inespéré.
Le Chat Qui Fume propose une copie finement nettoyée, stabilisée et travaillée. Quelques rares craquelures apparaissent en bordures, dû au matériel d’origine, éléments qui se font très vite oublier.

Le travail de la pellicule est superbe, le grain précis, très présent, fourmillant, rendant sa texture organique à l’image et révélant des détails surprenants.

Le film propose deux chemins rétiniens.

D’un côté, les scènes en intérieur.
Le niveau de piqué y est prodigieux, la netteté époustouflante.
Le moindre recoin du cadre est espace à explorer, à observer, le film prend une dimension picturale que nous n’avions jamais véritablement perçu, imaginé.
Avec le rendu Dolby Vision, la restitution colorimétrique est obsédante, un nuancier très précis se dessine, creusant l’image, jouant de reliefs et révélant une extraordinaire profondeur.
Le sang s’ancre dans nos rétines, les textures nous recouvrent, nous hantent, cette exhumation propulse le film bien au-delà de ses capacités initiales.

De l’autre, les scènes en extérieur, au crépuscule.
Dans cette disposition, le film qui a toujours une excellente restitution se met à moins bien capturer la lumière, à faire exploser les couleurs aveuglantes comme le blanc, apportant comme une aura débordante, une précision bien moins poussée.
La luminosité est soutenue pour dépasser les affres nocturnes.
Une situation qui provient des prises d’époque et qui, ici, font contrastes avec les merveilleuses scènes de la crypte entre autres.
Un contraste, certes, mais toujours une très belle proposition.

A noter que les scènes en extérieur, de jour, sont très réussies et donnent, étrangement, dans ce village délabré, une vision quasi pastorale.

Note : 8.5 sur 10.

Son :

Trois pistes sonores sont proposées : Espagnol, Français, Anglais.

Du côté de Kino Wombat, nous nous sommes cantonnés à la piste espagnole, ainsi qu’à la piste française.
Il est possible qu’à l’avenir le test puisse s’étayer autour de la piste anglaise.

Concernant la piste espagnole DTS-HD MA 2.0, avec un rendu pour le moins frontal, la restauration de la piste espagnole est une réussite, proprement nettoyée des souffles, craquelures.
La lisibilité du film d’un point de vue sonore est limpide.
De beaux équilibres et de belles dynamiques naissent entre les atmosphères, les inserts musicaux et la voix.

Concernant la piste française DTS-HD MA 2.0, le constat est sensiblement le même, reste que les voix sont bien plus en avant dans le mix général.
A noter, le doublage est particulièrement plaisant.

Note : 7 sur 10.

Suppléments :

• UNE NUIT D’ENFER avec l’actrice María Kosty (18 min) :
L’actrice Maria Kosty revient sur l’aventure De Ossorio et plus particulièrement le cas La Chevauchée Des Morts-Vivants.
Retour dans les années 60, Kosty nous plonge dans une époque quelque part entre cinéma et télévision puis reconstruit sa carrière étape par étape, permettant un voyage cinématographique espagnol tout à la fois personnel et alternatif.
L’expédition est fascinante, l’actrice revient avec un profond amour sur toute cette époque, ce tournage et les artistes avec qui elle a pu travailler sur le film allant du costumier au réalisateur.
• LES TEMPLIERS par l’historien du cinéma Carlos Aguilar :
Carlos Aguilar revient sur la tétralogie des templiers, contextualise l’époque de leurs sorties, la censure du régime franquiste et les inspirations de De Ossorio.
Il revient rapidement sur la carrière du cinéaste sans pour autant tisser une toile plus complexe et complète.
Aguilar sait captiver, a le bon rythme, alterne tout autant des anecdotes que des pistes de lecture. Prenant.
• Film annonce

Note : 7 sur 10.

Pour découvrir La Chevauchée Des Morts-Vivants :
https://lechatquifume.myshopify.com/products/la-chevauchee-des-morts-vivants

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