
| Réalisatrice : Joe D’Amato |
| Acteurs : George Eastman, Annie Belle, Katya Berger |
| Genre : Horreur |
| Durée : 96 minutes |
| Pays : Italie |
| Date de sortie : 1981 // 29 mai 2024 (Combo DVD/Bllu-Ray) |
Synopsis : Un être mystérieux, au pouvoir de guérison phénoménal, multiplie les crimes atroces et déroute les forces de l’ordre.
Progressivement, l’horizon éditorial français exhume des pans entiers du cinéma italien, réalisateur après réalisateur.
Les années passées ont vu arriver jusqu’à nos rétines éberluées des morceaux conséquents des filmographies de Dario Argento, Lucio Fulci, Umberto Lenzi ou encore très récemment Sergio Martino et Aldo Lado.
Cependant, certains cinéastes incontournables de la même époque, provenant de courants connexes, connaissent plus difficilement ces honneurs. C’est le cas de Michele Soavi, Ruggero Deodato, Lamberto Bava ou encore Joe D’Amato.
C’est sur ce dernier que notre désir se porte le plus. Le cinéaste à la filmographie de plus de 200 films se trouve être assez difficile d’accès dans l’hexagone.
Au fur et à mesure des années, quelques copies restaurées ont pu accéder à nos collections, un ensemble qui constitue un simple échantillon résiduel, alors qu’outre-atlantique pléthore de sorties honorent le travail du réalisateur.Cependant, depuis la sortie du formidable documentaire Inferno Rosso autour de Joe D’Amato, présenté à Berlin, la lumière a retrouvé le chemin du cinéaste maudit.
Après nous nous être penchés sur La Mort A Souri A L’Assassin et Antropaphagus, il est temps de s’orienter vers Horrible.
La critique de Horrible réalisé par Joe D’Amato
Sorti tout juste un an après le cultissime Antropophagus, Horrible qui peut être apparenté à une sorte de suite spirituelle.
Tout d’abord, en coulisses la collaboration Eastman/D’Amato explose.
Ici, George Eastman qui écrivait le scénario d’Antropophagus, en compagnie de Joe D’Amato, devient l’unique plume de cette nouvelle échappée horrifique.
Le scénariste qui joue l’entité monstrueuse qui abat froidement ses victimes devient chaînon central de l’oeuvre et non plus ombre dérobée. Le grec, et ses viscères, est omniprésent.
Le long-métrage reprend de nombreux codes du précèdent film de D’Amato et intègre un George Eastman en tueur invincible, au pas lent, aux tripes qui pendent et aux méthodes d’exécutions terriblement éprouvantes.
Derrière la caméra, Joe D’Amato revient à ses premiers amours en s’installant dans le siège de directeur de la photographie.
Une double position, réalisateur et responsable photographie, qui explique le caractère si pugnace et outrancier de ce chapitre étrangement mal-aimé du cinéaste italien. Il est ici assisté par le non négligeable et naissant Michele Soavi (Le Sanctuaire, La Secte).

Horrible s’affiche comme la réponse italienne barbare au mouvement du slasher, en provenance des Etats-Unis, et qui inonde les écrans européens, battant à froid un courant giallesque essoufflé.
Il y a ici toute la rance, le sang et la chair entaillée promise par l’Oncle Sam mais… à la sauce D’Amato, autant dire avec les potards poussés dans l’extrême des transgressions visuelles pour l’époque.
Joe D’Amato prend l’arc narratif du Halloween réalisé par John Carpenter, oeuvre slasher matricielle, crée son croque-mitaine, et s’amuse à coller au récit tout en offrant des variations assez frontales.
Michael Myers est petit joueur face au monstre en présence.
Les mises à mort et sévices sont particulièrement ingénieux.
C’est d’ailleurs la force du film, de s’émanciper de la simple lame qui pullulait dans le giallo puis dans le slasher, pour créer une animalité redoutable où le tueur improvise, avec sauvagerie, ses actes en fonction de ce qu’il a sous la main : foreuse chirurgicale, four, hachoir et autres « merveilles ».
Horrible est une véritable boucherie qui ne tient que par le rythme de ses crimes, ainsi que de par la configuration judicieuse du dernier lieu visité, la maison de famille et les enfants perdus.
Le reste de l’oeuvre est un long couloir, sans le moindre recoin où la frontalité rattrape les errances d’écriture d’Eastman.
La proposition est là pour le sensationnalisme, les excès, et elle s’y accomplit avec rage dans ce déluge d’organes, de chair et d’hémoglobine.

On notera également que cette déambulation trouve une dynamique particulièrement obsédante de par sa bande originale qui rappelle les sonorités de Goblin et happe de la même manière que l’accompagnement frénétique qui était présent pour Blue Holocaust.
Derrière les compositions, un certain Carlo Maria Cordio qui officie pour la première fois pour un long-métrage à caractère non pornographique.
Le compositeur à partir de 1981 va régulièrement accompagner Joe D’Amato, mais également Ruggero Deodato, Lucio Fulci, Lamberto Bava et Bruno Mattei.
Il suit tristement la déliquescence du cinéma d’exploitation italien tout au long des années 80 jusqu’aux tréfonds obscures des années 90.
Comme constaté avec ce Horrible, Carlo Maria Cordio est redoutablement efficace dans ses recettes bis repetitae en matière de composition.
Il est une drôle d’hybridation entre Goblin, Riz Ortolani et Fabio Frizzi, entre autres.
Si vous êtes friands du cinéma fauché, libre et irrévérencieux de Joe D’Amato, alors ce Horrible risque bien d’être l’un de vos préférés du cinéaste.
De la rétine de Joe D’Amato aux idées de mise à mort d’Eastman, en passant par son interprétation d’un néant vorace et la partition addictive de Carlo Maria Carlo, rien ne semble pouvoir arrêter cette anomalie de cinéma qui sent les entrailles et recouvre le Halloween de John Carpenter de viscères.
Horrible est généreux, violent, grinçant et vulgaire.

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray
L’édition de Horrible se présente en digipack 2 volets avec fourreau.
Le visuel reprend le visuel organique original, ESC s’est permis de dynamiser les couleurs afin d’offrir à l’affiche originale plus de nuances, de contrastes et de textures.
Un bel objet pour continuer cette exploration Joe D’Amato.
Image :
Horrible est à la fois une rareté et un incontournable de la filmographie de Joe D’Amato.
Avec les années quelques copies sont apparues de facture plutôt hasardeuses.
Il aura fallu attendre la fin des années 2010 pour qu’un éditeur britannique se penche sur la question, à savoir 88 films, pour proposer une copie HD digne de ce nom avec un montage intégral.
L’édition Blu-Ray d’ESC contient les deux montages du film, qui possèdent une qualité d’images assez similaires.
La copie proposée ici est une réussite qui donne au film une vraie respiration après des années de perdition. Horrible, tourné en 35mm, retrouve sa vivacité, son caractère vivant et organique.
Le niveau de détails est flatteur, la profondeur de champ appréciable et plus encore la colorimétrie a été retravaillée, offrant de beaux contrastes et dégageant nos ternes et altérés souvenirs.
Reste que certains plans sont en retrait, assez plats, ce qui n’est pas la faute au master mais à un Joe D’Amato s’investissant plus ou moins dans la photographie en fonction de l’importance de la scène.
En cela les scènes de massacre sont particulièrement belles, les lumières révèlent des textures obsédantes, et les scènes plus ordinaires se révèlent, elles, assez plates.
Cela ne vient donc pas du travail de restauration mais bien plus d’une paresse de la copie originelle, de l’oeil du cinéaste.
Son :
L’édition propose les versions française, anglaise et italienne en DTS-HD Master Audio 2.0.
Pour notre part, nous nous sommes dirigés vers la version italienne qui était plutôt bien balancée laissant tout autant de place aux voix qu’aux effets sonores mais également au travail de composition de Carlo Maria Cordio.
Pas de saturations à signaler, ni craquements et autres pocs.
Nous avons jeté une oreille rapide aux autres pistes qui semblent aussi stables.

Suppléments :
- Version alternative du film :“Rosso Sangue”
La version « courte » de Horrible ne censure pas de moments phares et gores.
Il s’agit d’une version réduite, concentrée, faisant l’impasse sur des scènes anodines. - « Le Halloween italien » par David Didelot
C’était très certainement le supplément dont nous rêvions.
Lorsque l’on (re)découvre Horrible, l’écho du Halloween de John Carpenter inonde les esprits. Alors qui de mieux pour aborder cette parenté et le regard de Joe D’Amato que l’incontournable spécialiste du cinéma italien qui tâche : David Didelot.
David Didelot introduit le film, la collaboration entre D’Amato et Eastman pour ensuite s’embarquer sur les influences plus ou moins saillantes d’Horrible. L’entretien est incontournable. - « Rouge comme le sang » : entretien avec George Eastman, dit Luigi Montefiori
Retour de près d’une demi-heure assez intéressant pour saisir une époque et les dynamiques irrévérencieuses du cinéma de Joe D’Amato. L’acteur revient sur cette collaboration, le film, son écriture et le tournage.
Sympathique. - Bandes-annonces
- Bonus caché :
Bonne chasse à vous… Sortez vos tripes..
Pour découvrir Horrible en Blu-Ray :
https://www.esc-distribution.com/accueil/9557-horrible-combo-dvd-bd-edition-limitee-3701432021089.html


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