
| Réalisateur : Lindsey C. Vickers |
| Avec : Edward Woodward, Jane Merrow |
| Genre : Fantastique |
| Pays : Royaume-Uni |
| Durée : minutes |
| Date de sortie : 1982 (salles) // 2022 (ressortie) |
Synopsis : Une entité maléfique et énigmatique plonge une famille entière dans la tourmente : dans l’incapacité d’assister au récital de violon de sa fille, Ian, son père, est hanté par une série de cauchemars prophétiques qui semblent annoncer une tragédie imminente.
Sandy, une adolescente dans la fleur de l’âge emprunte les sous-bois pour aller de son établissement scolaire au domicile familial.
Dans les bois, une étrange présence la guette, prise de panique elle tente de fuir.
Une force inconnue la saisit, l’emporte dans les profondeurs. Sandy a disparu à jamais.
Les pistes ne mènent à rien, ni rôdeur, ni bête sauvage.
Trois ans plus tard, le chemin à travers bois a été condamné. Au lycée, de nombreuses hypothèses ont fleuri autour du cas Sandy, des pistes paranormales, des voies mystiques.
La caméra flotte, vision d’un spectre insaisissable, Lindsey C Vickers capture les espaces désertés, de la lisière de la forêt aux couloirs vides de l’établissement scolaire, puis restructure son regard, poursuit Joanne, lycéenne.
À la maison, elle est la fille à son papa, capricieuse et autoritaire. Entre eux, un syndrome d’Electre plane.
Le soir où le père de famille, Ian, annonce qu’il ne pourra assister au spectacle de Joanne, pour raisons professionnelles, c’est le drame. La maisonnée est traversée de colère, de mépris et de rage.
La nuit durant, la jeune femme et ses parents font de funestes rêves autour du destin du père.
Au petit matin, la caméra joue d’une nouvelle focale. Elle suit Ian qui prend la route, s’éloigne.
Les motifs nocturnes se réveillent. Les pistes goudronnées vacillent, le véhicule est lancé à pleine vitesse, les prémonitions touchent le réel.

Lindsey C. Vickers avec ce premier et unique long-métrage, réservé à la petite lucarne et oublié du plus grand nombre depuis quatre décennies, convie à un espace d’expression d’une fascinante mélancolie.
Le cinéaste travaille les champs fantomatiques, les puissances invisibles, ouvre le champ au surnaturel.
Dans cette confrontation entre société ultra-rationaliste et antre vibratoire mystique, la proposition parvient à révéler les chaos enfouis.
Elle met en opposition conscient et subconscient, mirage adolescent et désillusion de l’âge adulte, ville et nature, rêves et cauchemars, abstraction et réalité. Dans ces jeux de miroir, le cinéaste pose le regard spectateur au creux du balancier et parvient avec une grâce singulière à maintenir une zone d’inconfort, mais aussi de curiosité, sans jamais osciller.
Les minutes passent, la sensation du cliquetis de l’horloge s’immisce en nous, un compte à rebours est lancé, les cartes ont été distribuées, à nous d’éclaircir les zones d’ombre.

L’atmosphère du film est toute aussi inquiétante qu’enivrante et la présence en tant que compositeur de Trevor Jones (Dark Crystal, Le Dernier Des Mohicans) n’y est sans doute pas pour rien.
Les airs sont poussifs, lancinants, et accentuent la frénésie dans laquelle progresse avec hardiesse le cheminement du récit.
Les pistes fusent.
Le découpage pousse à entrer dans une dynamique réflexive précise, les atmosphères sont transperçantes, les images remplies de présences indiscernables qui inondent nos sens de manière tortueuse et les thèmes musicaux soulignent des vues de l’esprit puissantes.
Rigide dans ses cadrages, The Appointment est un film à l’esthétique délabrée qui parvient à jouer de sa décrépitude pour dépasser les arcs du tangible.
La proposition atteint une souplesse inattendue à travers un montage d’une rare intelligence, offrant des ambiances dont nous rêvions depuis belles lurettes.
Comme nous le disions, peu de choses se passent à l’écran et pourtant la tension est à son comble de l’amorce jusqu’au générique de fin. La ligne narrative, obsédante, tient l’attention et pousse constamment à se questionner, dépasser l’image, la tordre, afin de lui donner sens, comprendre sa sémantique.
En cela, le film entre dans une tradition de cinéma kaléidoscopique rappelant le geste de Nicolas Roeg, Ne Vous Retournez Pas tout particulièrement, et invoque également des films tels que Pique-Nique à Hanging Rock, Duel ou encore The Changeling.
Un amour du dédale est présent, un labyrinthe dont Vickers reste maître et où il s’amuse à manipuler, à perdre, afin de mieux foudroyer la rétine du spectateur. Des relents de David Lynch ne cessent de traverser la pensée cinéphile.

Un lien entre la sensibilité adolescente et la nature, une lecture à la lisière du romantique, exulte.
La poésie ne cesse d’infuser cette pellicule maudite à l’inquiétante mélancolie, celle des jeunes gens qui observent l’abîme, qui préfèrent l’au-delà à l’insipide, et calculé, monde artificiel des générations passées.
Au revoir économie vorace, adieux conventions anesthésiantes, les chants lyriques et libérateurs du cosmos résonnent, il est temps de s’ouvrir, de s’offrir à l’inconnu.
The Appointment, bien que pièce occultée depuis 40 ans, est une parcelle à forte résonance dans le paysage horrifique britannique qui a probablement su impacter l’esprit de Kubrick pour Shining mais qui a également su traverser les océans jusqu’à influencer des œuvres telles que Next Of Kin ou encore Lovely Bones.
Lindsey C.Vickers a fait naître un véritable cauchemar filmique, un territoire anormalement réaliste qui ne cesse de se dérober pour créer des espaces insaisissables, la matière des songes les plus obscures, ceux qui pénètrent le réel et viennent griffer la chair.
The Appointment a tout d’un grand classique de l’horreur, The Appointment est aujourd’hui un incontournable.


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