
| Réalisateur : Ti West |
| Acteurs : Mia Goth, Kevin Bacon, Elizabeth Debicki |
| Genre : Horreur, Drame, Revival 80s |
| Durée : 104 minutes |
| Année : juillet 20024 (salles) |
| Pays : USA |
Synopsis : À Los Angeles dans les années 80, Maxine Minx, une vedette de films pour adultes et aspirante actrice, obtient finalement le rôle tant espéré, mais lorsqu’un mystérieux tueur traque les starlettes d’Hollywood, des indices sanglants menacent de dévoiler le sombre passé de Maxine.
Maxine Minx est une jeune femme rêvant de devenir star.
Son chemin vers la gloire, comme beaucoup, passe par la petite porte, celle ouverte durant les années 70 : le cinéma X.
Elle intègre le casting d’un tournage indépendant, prenant place dans une grange, en pleine cambrousse.
Le lieu appartient à un couple de personnes âgées se révélant hostiles, des tueurs en puissance.
La nuit tombée, la jeunesse nue se fait taillader, massacrer.
Seule Maxine vient à survivre, liquidant ses agresseurs.
Ici résidait l’histoire de X, chapitre introductif à Maxxxine.
Maxine, dernière survivante, et malgré les horreurs traversées, garde le cap, se dirige vers Hollywood pour devenir la star qu’elle sent bouillir en elle.
Sur place, un monde de charognards se met en branle.
De castings en castings, la jeune femme vient à décrocher un rôle dans la suite d’un film horrifique, dont le pitch repose sur des élans sataniques.
En fond, les groupes catholiques font la guerre tout autant à Dee Snider de Twisted Sister qu’aux relents blasphématoires du cinéma d’horreur.
Le soir, lorsque les studios éteignent leurs projecteurs, sur les hauteurs, d’étranges cérémonies sacrificielles filmées ont lieu, des actrices pleines de talent viennent à disparaître.
Dans l’ombre une silhouette vole sauvagement des vies. Dans l’obscurité, une forme poursuit Maxine.

En seulement deux petites années, le nom de Ti West est passé de curiosité du cinéma d’horreur états-uniens à monstre incontournable, à reconnaissance internationale.
La trilogie du cinéaste avec pour tête d’affiche Mia Goth, incarnant les personnages de Maxine Minx et Pearl, taille une fresque avec pour horizon l’histoire du cinéma fantastique états-uniens de Hitchcock à Brian De Palma, en passant par les réseaux underground.
Ti West dans son élan de meta-cinéma part du rêve américain désillusionné, rappelant avec Pearl un certain Le Magicien D’Oz, passe par la sortie des studios, l’appel et la rance indépendante des 70s avec X touchant au miracle Massacre À La Tronçonneuse de Tobe Hooper, pour finalement réinvestir les studios hollywoodiens en plein boom 80s dans un monde où cinéma et vidéos se touchent, où l’horreur type slasher rencontre les films home made lorgnant jusqu’au spectre du snuff movie.
Ce troisième volet, Maxxxine, est une œuvre ultra-référencée, bien plus que n’importe quel travail passé de Ti West, qui de film en film s’aventure dangereusement du fragile sillon Tarantino.
La maîtrise du récit se fait de plus en plus trouble si ce n’est anecdotique.
Contrairement à Tarantino qui construit des récits échos et soigne le montage pour se défaire de la vacuité de la narration, Ti West, lui, en cinéaste-cinéphile ne cesse de faire des clins d’œil aux films qui ont bercé sa rétine, n’y plonge jamais et vient à oublier la ligne directrice même de sa proposition.
Une sensation de cinéma-catalogue se détache.
Le film s’ouvre avec hargne, férocité. Les crimes laissent présager un déferlement de violence, les personnages s’installent assez rapidement, le décor s’invite avec panache dans nos espaces mentaux…
Et pourtant, cela coince.

Maxxxine s’amuse à reconstruire le Hollywood des années 80, non pas dans son réalisme, mais dans ce fantasme entre aérobic, néons, ultra-violence, shock rock et prémices synthwave. Los Angeles ressemble à un vrai rollercoaster entre appartements stylisés, vidéo-clubs, studios, boulevards jonchés de palmiers, meurtres et ruelles malfamées. Ti West s’embarque dans une vision atmosphérique d’Hollywood quelque part entre Showgirls et Burlesque, aussi dangereux que grotesque, déstabilisant.
Lorsque Maxine visite les grands studios, on lui présente les décors de la manière suivante : des façades impressionnantes pour des intérieurs inexistants.
C’est à la fois le fléau du cinéma hollywoodien, le passe-passe des grandes gueules, et l’impasse dans laquelle le film se lance à corps perdu.
Tout n’est qu’artifice, mise en scène tape à l’œil, références cinéphiles laquées et qui sentent déjà pourtant la naphtaline.
Ti West structure des personnages façades, façonne une intrigue sous forme de coquille vide et à force de jouer de références transgressives en devient tristement académique.
Mia Goth bien que son talent soit présent, que des séquences soient obsédantes, s’enfonce dans le guignolesque sans retenue et se brûle les ailes, alors que nous étions fascinés par elle chez Guadagnino ou encore Lars Von Trier.
Kevin Bacon, lui, en détective maniaque réussit cependant à trouver une aura qui n’est pas suffisamment exploitée.
Le reste du casting est à la traîne, qu’il s’agisse des célébrités comme des inconnus.
Ti West joue de la caricature pour percer l’artificialité hollywoodienne et creuse cependant le propre vide de sa vision de cinéaste. Un réalisateur fan boy qui ne parvient pas à trouver son propre univers, joue de copies faiblardes, et révèle ici sa force de cinéphile et son néant en matière de tenue de récit.
Maxxxine a beau vouloir faire des clins d’œil à notre époque, aux errances parcourues, aux harcèlements, violences et agressions sexuelles, cela ne fait que décupler la prétention et les arches tremplins, Ti West racole bien plus qu’il ne soutient.

Alors, certes, il est profondément flatteur de s’enfoncer dans ce torrent de références, dans ce magma de motifs qui envoûtent nos cœurs de maniaques du septième art.
De Le Voyeur de Michael Powell jusqu’à l’ombre de l’anecdote Charlie Sheen face à Guinea Pig en passant par Psychose comme spectre qui dévore, le cinéma d’horreur évangéliste de Ron Ormand, les motifs de Sept Femmes Pour L’Assassin de Mario Bava comme base du giallo et par prolongation du slasher ou encore Marilyn Chambers avec Derrière La Porte Verte, les motifs sont de vraies petites jouissances, mais tout cela ne fait pas un film, juste une fresque souvenir qui a du mal à se tenir, et qui, passe de long-métrage à exercice de scrapbook poussif.
Maxxxine, à l’image de Once Upon A Time In Hollywood, tente de retranscrire une époque charnière de cinéma et se lance dans une toile gigantesque allant de Hitchcock, les années 60, à l’air des vidéo-clubs, des slashers et des grondements obscurs du snuff movie.
Néanmoins, en si peu de temps, le cinéaste ne parvient ni à donner l’impulsion nécessaire à sa fresque, ni à construire un récit viable, contrairement à ce qu’avait pu proposer Nicolas Winding Refn avec The Neon Demon.
Il se jette alors dans la fange nauséabonde du fantasme revival des années 80, un motif qu’on ne cesse de nous resservir depuis près d’une décennie et qui devient indigeste lorsque tout ne repose plus que sur du meta, de l’ultra-référence.
La trilogie cinéphile se clôture après un sympathique et pugnace X, un original mais poussif Pearl, et cette pièce qu’est Maxxxine en pleine ingestion référentielle, qui propose néanmoins quelques séquences jouissives quand Ti West se met à s’amuser en périphérie de ses clins d’oeil, et qu’il endosse sa propre matière.


Laisser un commentaire