
| Réalisatrice : Davy Chou |
| Acteurs : Sobon Nuon, Cheanick Nov, Madeza Chhem |
| Genre : Drame |
| Durée : 101 minutes |
| Date de Sortie (salles) : 2016 Date de Sortie (Blu-Ray) : octobre 2023 |
Synopsis : Diamond Island est une île sur les rives de Phnom Penh transformée par des promoteurs immobiliers pour en faire le symbole du Cambodge du futur, un paradis ultra-moderne pour les riches. Bora a 18 ans et, comme de nombreux jeunes originaires des campagnes, il quitte son village natal pour travailler sur ce vaste chantier.
Depuis son passage à Cannes par La Semaine De La Critique, couronné du prix SACD pour Diamond Island, Davy Chou a les regards cinéphiles braqués sur lui.
Un état qui n’a fait que s’accentuer suite à la sélection de Retour à Séoul dans la sélection Un Certain Regard en 2022.
Pour découvrir ce nouveau nom qu’est Davy Chou, Spectrum Films a concocté une édition incluant autant la partie Cambodgienne de sa filmographie avec Cambodia et Diamond Island, que son experimentation coréenne Retour À Séoul.
Retour autour de Diamond Island.
La critique de Diamond Island
Bora a tout juste 18 ans, il vit avec sa mère et un de ses frères à la campagne. La famille travaille la terre pour vivre.
Le jeune homme, cependant, ayant entendu parler du projet de construction de résidences luxueuses à Diamond Island, île de Phnom Penh, décide de partir pour la ville, travailler sur les chantiers, s’enrichir, entretenir sa famille et devenir totalement indépendant.
L’appel de la bête de béton, et ses mirages, est trop tentant.
Une fois sur place, avec son ami Dy, il découvre les conditions misérables dans lesquelles ils vont devoir évoluer.
Face aux regards un chantier pharaonique se meut sur le corps d’une jeunesse désargentée pour élever les résidences des plus fortunés.
Un soir, Bora croise un frère, parti il y a cinq ans et n’ayant plus jamais donné de nouvelles.
Ce dernier est entretenu par un mécène américain.
Une issue semble se présenter pour Bora, écartelé entre ses sentiments, ses amis, une certaine Aza, et ses désirs de réussites promis par un frère volage et insaisissable.
Davy Chou construit une œuvre toute en déambulations, faisant du quotidien et ses rencontres inopinées la structure du récit.
Diamond Island est un récit d’initiation, sans guide, où seule l’expérience brute dessine les individus.
Entre découverte du corps, des sentiments, du travail, du monde de la nuit, des outrances comme des espoirs feints, le voyage est aussi lumineux qu’éprouvant.
Les allées et venues de Bora, entre Diamond Island et Phnom Penh, de la prison aux rêves de liberté, constituent le cadre d’une société cambodgienne à la fois structurée par des strates sociales imperméables, inaliénables, mais aussi par son aveuglement capitaliste, trouble rêve américain qui pousse à l’esclavage moderne face à une population ayant perdu sa culture toute entière à la suite du monstrueux génocide Khmer.
Le cinéaste parvient avec une véritable finesse d’écriture, rappelant parfois de manière connexe les conditions de vie mises en scène par Tsai Ming Liang et de façon plus lointaine la poésie ambiante d’Apichatpong Weerasethaku, à écrire toute une organisation moderne du pays, une impasse économique et sociale de la jeunesse, tout en ancrant de manière fantomatique la présence terrifiante des violences passées, des terreurs politiques.

En tant que spectateur, Davy Chou place notre regard dans cette approche bicéphale où d’une part nous percevons le terrible piège capitaliste, faisant toujours rêver d’ailleurs merveilleux, de temps meilleurs, que cela soit la ville, la Malaisie ou encore les États-Unis et d’autre part fait prendre conscience de la nécessité de ce rêve pour faire abstraction d’un avenir rude si ce n’est presque impossible, reflète le naufrage d’une population qui après avoir été massacrée est aujourd’hui pillée.
Une analyse terrifiante qui trouble par la forme qu’offre le cinéaste à son premier long-métrage, ne s’empêtrant jamais dans le misérabilisme, dans les ténèbres, et questionnant toujours au-delà des champs tangibles, à la recherche de l’espoir, à la poursuite d’une lumière constante.
Diamond Island est un regard complexe, à la plume d’une redoutable intelligence, nous plongeant dans le quotidien de la jeunesse cambodgienne, l’avenir de la nation, entre quête d’amour, de richesse, d’illusion et de reconnaissance, tout en dessinant en périphérie, de manière discrète et fascinante les chaînes qui retiennent ces jeunes aveuglés par une lumière factice, celle des profits et des capitaux, celle d’un capitalisme tant Européen qu’Etats-Unien, usant du Cambodge comme ressource a épuiser, faisant de ses habitants des unités interchangeables, des esclaves modernes.

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray
Image :
Le master proposé par Spectrum Films est de bonne facture, plein de détails.
On voit les limites de la captation numérique, certaines textures lissées, certaines saturations et oscillations.
Malgré tout, la proposition fait de son mieux les détails lor des plans d’ensemble sont agréables tout comme le boulot autour de la colorimétrie, parfois un peu criarde, qui fait vivre toute l’esthétique colorée de l’œuvre.
Reste que certains passages nocturnes perdent en netteté et se trouvent parfois, dans les noirs, dépassés par un phénomène de saturation.
Son :
Deux pistes originales en Khmer sont proposées :
– Dts-HD Master 5.1 : Rien à redire, le travail du son est correct, particulièrement propre et jouant régulièrement de canaux sur les ambiances sonores et bande originale pour venir nous porter au cœur du récit.
La vile respire et vient nous attirer dans ses fracas et silences.
– Dts-HD Master 2.0 : Sensiblement proche de sa grande sœur 5.1, la piste 2.0 perd en spatialisation, ce qui est normal, mais garde sa clarté entre les différentes fréquences.
Suppléments :
- Entretien avec Davy Chou (22 min)
- Cambodia 2099 (21 min 11), court-métrage réalisé Davy Chou en 2014


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