« Messiah Of Evil » réalisé par Gloria Katz et Willard Huyck : Critique et Test Blu-Ray

Réalisateurs : Gloria Katz et Willard Huyck
Acteurs : Michael Greer, Marianna Hill, Joy Bang, Anitra Ford, Royal Dano, Elisha Cook Jr.
Genre : Horreur
Durée : 90 minutes
Date de Sortie (salles) : 1973
Date de Sortie (Blu-Ray) : juin 2024



Synopsis : Arletty se rend à Point Dune dans l’espoir de retrouver son père, un artiste peintre. Arrivée sur place, elle va découvrir un monde étrange : une épidémie de cannibalisme sévit dans la région. Elle rencontre alors un trio de jeunes gens qui prétendent vouloir retrouver le messie du mal responsable de cette contamination.

Le Chat Qui Fume vient exhumer un film dont nous ne savions à vrai dire que peu de choses, si ce n’est la présence du titre dans les catalogues imports, et l’engouement provoqué par sa récente édition britannique du côté de Radiance : Messiah Of Evil.

En France, le titre était sorti il y a quelques années en DVD du côté de Artus Films.
Cependant, nos rétines étaient alors encore loin de cette curiosité.

Le Chat Qui Fume propose, en cet été 2024, Messiah Of Evil en Blu-Ray.

La Critique de Messiah Of Evil

Sans nouvelles de son père depuis quelques jours, si ce n’est semaines, et ce après avoir reçu une lettre pour la moins inquiétante, Arletty, jeune femme vivant dans la grande ville se rend en périphérie, sur la côte, pour découvrir l’origine de ce silence, et comprendre le curieux contenu du courrier de son paternel.
Une fois sur place, à Point Dune, la ville semble désertée, la maison de son père abandonnée, à la hâte.
La nuit, des silhouettes remplissent les rues, d’étranges bruits se font entendre.
Une menace plane sur la bourgade, une main obscure s’approche, l’odeur du sang se révèle.

Messiah Of Evil réalisé par le duo Gloria Katz/Willard Huyck est un étrange sortilège, point de rencontre entre le classicisme horrifique des années 50/60 et l’avant-garde du cinéma des années 70.
Une aura singulière plane quelque part entre Corman, dans le délitement du rêve américain, et Lynch, à la rencontre du subconscient, des failles mentales et des ponts entre songes et réalité.
Messiah Of Evil emprunte également, dans la structuration de son récit, à La Nuit Des Morts Vivants de George A Romero ainsi qu’au classique de Don Siegel, L’Invasion Des Profanateurs de Sépultures, tout en se laissant dévorer par le sourd cauchemar qu’est Le Carnaval Des Ames.

L’ambiance est grinçante, l’atmosphère suffocante.
Il est difficile de cerner le danger, il est difficile de rationaliser les terreurs venant, de nos semblables, de la chair elle-même, d’un pourrissement incontrôlable, et irréversible, de l’humain.
La peur n’est pas présente mais l’esprit est dérangé.

Une sorte d’hypnose vient envahir le regard spectateur, une forme d’expression qui permet au réel de toucher à une variante de surréalisme, dans sa gestion du cadre et de la représentation des espaces environnants.
Entre disproportions, trompe-l’œil et vertiges, le sentier en présence offre de quoi s’extirper des cheminements traditionnels, dans sa première partie, et dévoile de véritables instants suspendus, pour finalement s’embourber dans une seconde partie horrifique assez conventionnelle, préférant la rationalité aux dédales réflexifs.
Les errances traversantes, quant à elles, mettent en reliefs des instants d’une grande beauté tout autant esthétiques que narratives. Il est alors dommage que les cinéastes se soient empêtrés dans des circonvolutions si ordinaires là où il y avait tant d’expérimentations à creuser.
Les symboles s’évaporent laissant une certaine suresthéstisation prendre le relais, l’image perd sa puissance, on en vient à trouver des clins d’œil stériles et prétentieux au Pierrot Le Fou de Godard.
L’ennui pointe le bout de son nez à plusieurs reprises et on en vient à regretter le film fantasmé des premiers actes.

Dans ses lectures les plus ambitieuses, la proposition touche aux récits d’invasion, aux histoires de possession et aux craintes du dépassement civilisationnel par des croyances oubliées, des cultes immémoriaux.
Le duo de cinéastes touche à des horizons où le cadre renferme pléthores de symboles, de chemins, à ausculter, à analyser, pour d’une part, se déplacer dans cette quête faite de mauvais sorts et zones d’ombre, et d’autre part, pour excaver tout une impasse états-unienne, qui a pourri dans son puritanisme moraliste, qui n’est devenue que bête bonne à consommer de manière frénétique et créature de sa propre autodestruction dans une terre qui durant des siècles a été nourrie par le sang et les tripes, le pouvoir et l’avarice.

Messiah Of Evil est un film d’avant-garde qui a su exhumer toutes les pistes singulières et oubliées du cinéma horrifique indépendant pour devenir un brûlot à la rencontre des rêves enfouis et peurs souterraines, qui soulèvent autant l’individu que la nation toute entière.
Reste que la prouesse hallucinée et incantatoire des cinéastes se prend les pieds dans le tapis avec un acte de clôture racoleur, qui vient à tout vouloir expliciter, tout vouloir esthétiser, plutôt qu’ouvrir les errances du subconscient jusqu’à noyer la rétine, l’esprit et l’âme.

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray

L’édition rejoint la gamme des éditions scanavo.
Messiah Of Evil a même les honneurs d’un très beau fourreau cartonné.
Le fourreau reprend une scène emblématique du film.
Le visuel du boîtier scanavo, quant à lui, reprend l’affiche originale.
Le travail visuel de Frédéric Domont est une nouvelle fois exemplaire et l’idée de ce nouveau visuel pour le fourreau nous a particulièrement attiré, si ce n’est charmé.

Image :

 Format 2.35 – Version intégrale // 1920×1080/23,976p

Le master image ici présent semble reprendre celui proposé par Radiance tant notre retour expérience trouve échos avec des reviews britanniques.
L’origine de la restauration ne provient très certainement pas de matériaux « nobles ».
Ici le travail ne paraît pas se baser sur les négatifs ou encore les interpositifs.

Dans les informations que nous avons pu grapiller, il semblerait que les seuls éléments ayant survécu au temps soit une copie 35mm conservée par la Academy Film Archive

Cependant, cette restauration est loin d’être une déconvenue, au contraire.
En comparant les masters passés, il est évident que la proposition ici faite propulse Messiah Of Evil en plein coeur des terres de la HD.
De manière générale le niveau de détails est très agréable, particulièrement sur les gros plans, et module plus ou moins en fonction de sa maîtrise du grain.
Une tenue qui miraculeusement ne s’éparpille pas lors des séquences nocturnes extérieures, très présentes dans le film, et ce grâce à des contrastes assez surprenants délivrant des noirs particulièrement profonds.
La colorimétrie, quant à elle, se plaît à saturer, quitte à parfois dénaturer le pigment pour lui offrir plus de punch, situation qui mène à trouver des éléments mis en reliefs de façon assez tranchante.

Note : 7 sur 10.

Son :

Anglais DTS-HD MA 2.0

L’unique piste en présence est la piste VOSTFR au format DTS-HD MA 2.0.
La proposition est stable et particulièrement balancée entre les différentes lignes que sont la voix, l’ambiance sonore générale et la bande originale.
Pas de saturations en présence et les atmosphères sont restituées d’une belle manière.

Note : 7.5 sur 10.

Suppléments :

Le Chat Qui Fume propose ici trois suppléments présents sur les éditions Radiance.

• Interview du réalisateur Willard Huyck (37mn) :
Un étrange et surprenant supplément : un échange avec le réalisateur sans images.
Une image d’un noir profond, un texte traduit en français qui défile, les voix de l’entretien en fond.
En ayant fait la découverte du supplément de nuit, dans une pièce plongée dans l’obscurité, ce curieux supplément minimaliste a su créer une atmosphère hypnotique.
Le cinéaste revient sur l’expérience Messiah Of Evil.

• Ce que la lune de sang apporte : Messiah of Evil, un cauchemar américain (57 min) :

Un documentaire de près d’une heure autopsiant l’aventure qu’a été Messiah OF Evil, entre récits de tournage et pistes de lecture.

• Le gothique américain et l’hystérie féminine (22 min)
:
Une supplément incontournable permettant de situer Messiah Of Evil dans son époque et son paysage cinématographique.
Une lecture de la représentation de la femme dans la société américaine à travers le prisme du cinéma d’horreur états-uniens à tendance gothique.

Note : 8 sur 10.

Pour découvrir Messiah Of Evil en Blu-Ray :
https://lechatquifume.myshopify.com/products/messiah-of-evil?srsltid=AfmBOopR3BNtPXc23G8F6xZREmqVpoWImvj7cOFKkBBUcwOnUbo05iXa

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