« Action Mutante » réalisé par Alex De La Iglesia : Critique et Test Blu-Ray / 4K UHD

Réalisateur : Alex De la Iglesia
Acteurs : Antonio Resines, Álex Angulo, Karra Elejalde, Fernando Guillén, Rossy de Palma, Féodor Atkine
Genre : CHAOS
Durée : 91 minutes
Date de Sortie (salles) : 1993
Date de Sortie (Blu-Ray/Blu-Ray 4K UHD) : Juillet 2024

Synopsis : Dans un futur lointain, les gens beaux règnent en maîtres. Un groupe terroriste de personnes handicapées enlève la fille du riche homme d’affaires Orujo pour revendiquer les droits des personnes laides. 

Cela paraissait inespéré mais une nouvelle fois Le Chat Qui Fume pose les mains sur une oeuvre disparue, presque invisible, tout du moins dans de bonnes conditions, et ce depuis de très longues années.
Après La Traque et La Maison Aux Fenêtres Qui Rient, un nouveau mirage devient réalité : Action Mutante réalisé par Alex De La Iglesia.

L’éditeur revient autour du film avec une édition Digipack combo Blu-Ray/Blu-Ray 4K UHD.

La Critique d’Action Mutante

Dans les confins de l’espace, des luttes manichéennes poissardes et dégénérées écartèlent ce qu’il reste d’une humanité en bout de course entre bourgeoisie malade et pauvreté crasse, entre corps préservés et corps mutilés, entre grands propriétaires et activistes terroristes. Les bons, les mauvais, s’il y en a d’ailleurs, tout est pourri, ordurier et déliquescent.
Dans ce magma de violence constante, de forces opposées, le groupuscule Action Mutante, formation d’humains difformes, se lance dans l’attaque des ultra riches, dans les braquages et enlèvements pour toucher le magot, vivre le rêve par delà la rouille.
Cependant, Action Mutante est une équipe de de bras cassé, leur chef est en prison, et chaque opération se termine en bain de sang sans la moindre présence de gains.

Par chance, leur chef touche à la fin de sa peine pénitentiaire et prépare un immense coup : kidnapper la fille d’un grand industriel, spécialisé dans les biscuits apéritifs.

Premier long-métrage d’Alex De La Iglesia, Action Mutante est déjà un film ébauche qui renferme une grande partie de la carrière à venir du cinéaste.
Il s’agit ici d’une acide comédie dégénérée qui en vient à badigeonner au vitriol tant le cinéma à gros budget que le régime politique espagnol. C’est frontal, abrupt et irrévérencieux.
La proposition se situe quelque part entre parodie et pamphlet.
D’un côté, les réminiscences de Freaks, Star Wars, Toxic Avenger, Mad Max et Terminator, de l’autre, les échos terrifiants du régime franquiste, force qui a perduré de sa chute en 1975 jusqu’aux années 1990. Action Mutante célèbre à la fois la liberté d’expression, de création, et structure une cartographie politique et sociale d’une Espagne en plein chaos, entre rêves et cauchemars, ne cessant de vaciller face aux abysses autoritaires, tentant de tracer son propre horizon, son histoire loin des souffrances et des hurlements.

Action Mutante n’est pas exempt de tout défaut, préparez-vous, il ne s’agit pas d’un chef d’oeuvre, il ne s’agit pas d’une supernova telle que Balada Triste, mais ce premier essai de Alex De La Iglesia fait preuve d’un charmant et envoûtant excès narratif et plastique. Le cinéaste ne e refuse à aucune excentricité, il fonce droit dans son imaginaire, dynamite à la bouche.
De rebondissements tous plus loufoques et insensés les uns que les autres à des créations organiques sidérantes, le voyage qui se joue est une hydre qui ne cesse de faire croître ses têtes, qui ne cesse de devenir incontrôlable et hargneuse.
Les tripes s’exhibent, les textiles fondent sur la chair, le sang jaillit.

Tout déborde des conventions, rien ne respecte la règle, les codes du septième art.
Les acteurs en roue libre, le scénario pour le moins hasardeux, le cheminement narratif au rythme des échanges de tirs, le grotesque de costumes et maquillages, absolument tout pousse à plonger dans un cinéma malade, un cinéma de l’indigestion, un prolapsus dans l’histoire du cinéma aussi imprévisible que les aliénés de chez Troma Video.

Chaque recoin de l’histoire, chaque motif et genre empruntés, révèlent des axes qui seront par la suite prolongés dans la filmographie de De La Iglesia tant avec l’échappée amoureuse et meurtrière Perdita Durango, que dans l’hilarant film ésotérique Le Jour De La Bête, que dans le récit de braquage qui ne cesse de se déliter jusqu’au derniers espaces du fantastique de Les Sorcières de Zuggaramundi.
Dans cette parade des expressions, le spectre de cinéastes touche-à-tout tels que Eloy De Iglesia et Jess Franco hurle.
Il est alors exaltant de découvrir ce Action Mutante une fois la filmographie d’Alex De La Iglesia en tête afin de se perdre dans ce magma informe, parfois indigeste, qui vient prendre toute sa puissance une fois l’aura du cinéaste saisie.

Dans ce torrent de grossièretés, de vices, de violence, d’armes et de sang, Action Mutante marque le grand tournant d’un cinéma espagnol profondément jouissif, poétique, inventif et impertinent, marqué au début des années 90 par des cinéastes tels que Médem et Manuel Gomez Pereira, relais de cinéastes tels qu’Almodovar, producteur du film, et Trueba, qui ont embrasés les années 80.
De plus l’outrance organique de Alex De La Iglesia remémore John Waters et interpelle face à l’étrange connexion avec les oeuvrves de jeunesse gore-burlesque d’un certain Peter Jackson.
Alex De La Iglesia ne répond à aucune règle, il s’essaie à la création, conçoit des séquences échos qui proviennent de son parcours cinéphile mais avant tout et surtout de son regard si particulier, unique, sur le monde, les individus et la parade complètement folle dans laquelle tout un chacun s’est lancé dans le corps d’un tortueux serpent nommé société.

Plongez dans ce tourbillon, ce carnaval fait de chair, d’humoir noir, de désinvolture politique, de crasse et d’amour, car vous trouverez dans cette première réalisation d’Alex De La Iglesia tout ce qui ne se fait désormais plus, tout ce que l’on ne célèbre plus : la pellicule libre.

Action Mutante est une pièce étrange, une entité dont on ne peut plus se défaire une fois goûtée.
Savoureux, hystérique et curieusement clairvoyant.

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray & Blu-Ray 4K UHD

L’édition en présence intègre la collection luxueuse de chez Le Chat Qui Fume, la ligne digipack.
Encore une belle réalisation visuelle de Frédéric Domont, avec un vrai panache sur les couleurs qui rappellent le caractère comic book et acidulé de Action Mutante.

Image :

Le master en présence permet de voir Action Mutante dans ses dimensions d’origine.
La restauration a été effectuée à partir du négatif original.

Le cadre est stable, nettoyé. Quelques traces perdures, quelques pocs extrêmement épars également.
Des marques qui ne malmènent jamais l’expérience et Action Mutante paraît renaître sous nos rétines hallucinées. Le niveau de détails est saisissant, la texture pellicule est conservée. Les maquillages, maquettes et autres décors parviennent à obtenir de très belles textures.
Le tout est soutenu par un très stable rapport des contrastes avec des noirs particulièrement profonds et stables qui s’élancent encore plus loin une fois le traitement Dolby Vision lancé.
La palette de couleurs permet l’appréciation de reliefs et profondeurs d’une très agréable tenue.

Concernant le master présent sur le disque Blu-Ray, la plupart des qualités du disque 4K UHD viennent à se révéler. Les détails foisonnent moins mais cela reste du HD de haut niveau.
Les modulations s’opèrent surtout autour de la finesse des couleurs, de leurs justesses et de la création des reliefs qui en découlent.

Note : 9 sur 10.

Son :

Trois pistes sonores sont proposées :

  • Dts-HD MA 5.1 Espagnol
  • Dts-HD MA 2.0 Espagnol
  • Dts-HD MA 2.0 Français

Du côté de Kino Wombat, nous avons suivi la piste 5.1 Espagnol.
La proposition est dynamique, les fréquences ont de la place les unes pour les autres et on reste scotché par la restitution de la bande originale étrange composition fusion entre sonorités rap/hip-hop et élans metal aux guitares rutilantes.
La spatialisation capture le regard, l’oriente.
Du beau travail.

Note : 8.5 sur 10.

Suppléments :

  • « Bonbon amer » : Interview de Álex de la Iglesia (21’)

Notre supplément favori, un entretien avec Alex De La Iglesia, probablement chez lui entouré de sa collection personnelle de films et reliques de cinéma.
Le cinéaste revient sur e parcours atypique de son premier court-métrage jusqu’à sa rencontre avec Almodovar puis le lancement de la production de Action Mutante.
Le supplément se divise en deux temps avec d’un côté, un retour sur sa relation professionnelle avec Almodovar et son rapport au cinéma espagnol, de l’autre, toutes les inspirations qui ont mené à la création du film.

  • Making of avec interviews d’Álex de la Iglesia et de Pedro Almodóvar (28’)

Making-of entrecroisé d’entretiens et de séquences sur le tournage.
Les intervenants apportent de nombreuses anecdotes, permettent de saisir la dynamique du tournage et les conditions de réalisation de Action Mutante.
Intéressant.

  • Tournage du film (34’)

Pour les fans hardcore, voyage sur le plateau à la découverte des trucs et astuces. Une chouette aventure.

  • Clip vidéo
  • Bande-annonce

Note : 7.5 sur 10.

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