« Terrifier » réalisé par Damien Leone : Critique et test Blu-Ray

Réalisateurs : Damien Leone
Acteurs : David Howard Thornton
Genre : Horreur
Durée : 82 minutes
Date de Sortie (salles) : 2016
Date de Sortie (Blu-Ray) : 2023

Synopsis : C’est la nuit d’Halloween dans une petite ville américaine. Un grand clown dégingandé et mutique, tout habillé de blanc et de noir, s’installe à une table dans une pizzeria, portant un gros sac poubelle. Il s’attaque alors à plusieurs jeunes femmes qui tentent tant bien que mal de lui échapper. 

Après avoir surpris et intrigué tout l’hexagone en sortant le film de Damien Leone, Terrifier 2, et aujourd’hui Terrifier 3 accompagné d’une interdiction aux moins de 18 ans, avec le concours d’ESC, Shadowz et Factoris, dans les salles françaises, le cinéaste en provenance des États-Unis est sorti de l’ombre, des parcours pour cinéphiles souterrains, et s’est révélé au grand jour, venant trancher, tâcher et obscurcir la rétine du grand public.
ESC propose en Blu-Ray les aventures de Art le clown, boogeyman de la franchise Terrifier, de All Hallows Eve à Terrifier 2, invitation dans l’âme putride de ce nouveau visage horrifique désormais incontournable.

La critique de Terrifier

De la chair, des rires jaunes et des vides : la parade d’Art Le Clown

Première aventure sous la forme de long-métrage pour Art Le Clown, Damien Leone propulse son personnage né d’anciens courts-métrages.
Dans le court dédié au psychopathe affublé d’un costume de clown, on découvrait à la fois la signature de Damien Leone, ses tendances pour le gore et le cynisme, mais aussi, et surtout, un nouveau boogeyman, héritier de L’Homme Qui Rit et Freddy, qui sans que nous puissions le préméditer allait s’installer au panthéon de l’horreur aux côtés de Michael Myers, Leatherface, Chucky et Jason.

Alors Terrifier, qu’est ce que c’est ?
Le soir d’Halloween, un homme déguisé en clown suit deux jeunes femmes.
Ces dernières, prenant la fuite, se retrouvent bloquées dans un immeuble délabré, squat effroyable. Elles vont y rencontrer le mal à l’état brut.
Dans l’obscurité, Art Le Clown, mutique et inventif, prépare leurs calvaires.

Il n’y a rien de plus à découvrir dans cette première oeuvre, tout du moins dans la constitution de son récit.
Leone aime distordre les corps, maltraiter la chair, inventer des supplices mais en vient très rapidement à oublier sa narration.
Il renouvelle la formule du court-métrage, traque nocturne, mais l’étire sur près de 90 minutes.
Un écartèlement injustifié dont l’atmosphère glauque, nauséeuse et dérangeante ne suffit pas à maintenir l’attention, et surtout, la tension.
De plus, les acteurs et actrices sont doués d’un talent médiocre, si ce n’est misérable.

Cependant l’aspect visuel du film est intrigant, tout particulièrement de par l’amour des effets plastiques et le rejet catégorique de la vulgarité numérique.

Echo des terres abandonnées de l’Oncle Sam : Squat, Rat et Ruines

Mais… rassurez-vous. Si l’on s’embarque à chercher un subrepticement pour ne pas décrocher, un intérêt narratif quelconque, pour combler le vide entre deux scènes de sauvagerie, il est tout à fait possible d’y parvenir.
Le maigre tribut en dehors de la crasse boucherie réside dans le regard du cinéaste sur es Etats-Unis.
Terrifier prend place dans un quartier en périphérie, aux immeuble désertés, où camés et névrosés en tout genre traînent.
La ville n’a pas de nom mais il pourrait s’agir de Detroit, ville-ruine, rongé par ses dettes, traversé par des spectres.

L’aspect géographique du film est en cela une force cachée de la proposition.
Entre rue et immeuble désaffecté, peuplé de rats, il y a tout autant un réel tangible qu’un élan vers des espaces clos troubles, à la lisière du fantastique.
Les lieux en présence ne font que se déliter pour se transformer en une impitoyable geôle, dédale puant où les couloirs se multiplient, où dans l’horreur, progressivement nous nous sentons abandonnés au mal à l’état pur.
C’est alors lorsque Art apparaît que l’obscurité s’empare du spectateur. Une terrifiante nuit où le silence du détraqué plonge le corps dans une impasse, un néant, un piège sournois : le déclin des Etats-Unis.

Art L’Équilibriste, art d’une périlleuse balance & expérimentations d’un jeune cinéaste

Terrifier souffre de nombreux défauts qu’il s’agisse de son écriture rachitique en tant que long-métrage, de son rythme en dents de scie et de ses interprètes lamentables.
Cependant, et ce de manière inattendue, avec un budget microscopique, Damien Leone propose une horreur suffocante, craspec, se refuse au grand-guignolesque qui fera le succès des opus suivants et parvient à dépasser ses lourds fardeaux.
Une dimension réaliste se dessine, un relief organique putride se tisse.
Le cinéaste ouvrait alors une boîte de pandore, élan à explorer, qu’il a malheureusement refermé trop tôt pour se complaire dans l’outrancière et grotesque horreur gore 80s.

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray

Image :

Le Blu-Ray se trouve confronté aux limites techniques et partis pris cache misère de Terrifier.
Ici, les contrastes sont saturés, les détails manquent, la profondeur ne se fait pas ressentir et les noirs profonds permettent de ne pas bien distinguer certaines périphéries de l’image.
Mais il ne s’agit en aucun cas d’un mauvais transfert ou bien d’un master paresseux.
C’est le traitement même de ce premier Terrifier fauché au budget de 35 000 dollars.
Vous ne trouverez donc en cela aucun master pouvant afficher mieux que le traitement originel du film qui est ici présent.

Note : 6.5 sur 10.

Son :

Une unique piste sonore est en présence : 5.1 Dts-HD Master Audio VOSTFR.

La piste est assez directe, si ce n’est simple, mais ne souffre d’aucun défaut.
La scène avant est dédiée majoritairement aux voix et hurlements, ainsi qu’aux effets sonores. La scène arrière, quant à elle, permet de distiller la bande-son mais ne joue pas particulièrement de spatialisation.
Aucune saturation, un bon équilibre entre les fréquences.

Note : 7 sur 10.

Suppléments :


Suite des entretiens en compagnie de Simon Riaux, scènes coupées, voyage dans les coulisses, échange avec l’actrice principale, ESC a concocté des petites surprises qui sauront attiser la curiosité des amateurs d’Art Le Clown.

  • Making of
  • Entretien avec Simon Riaux
  • Maquillage de Art Le Clown
  • Interview avec Jenna Kanell
  • Scènes coupées
  • Bande-annonce

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De Terrence Malick à Lucio Fulci et Wang Bing, en passant par Jacques Rivette, Tobe Hooper, Nuri Bilge Ceylan, Agnès Varda, Lav Diaz ou encore Tsai Ming-Liang, laissez-vous porter par de nouveaux horizons, la rétine éberluée.

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