« Shark Skin Man and Peach Hip Girl » réalisé par Katsuhito Ishii : Critique

Partie à la banque vérifier ses économies, Toshiko se retrouve nez à nez avec un braqueur cagoulé…
Deux ans plus tard, accidentellement, elle percute la voiture de deux hommes qui poursuivaient un des deux braqueurs. Celui-ci se nomme Samehada. 

Réalisateur : Katsuhito Ishii
Acteurs : Tadanobu Asano, Sie Kohinata
Genre : Action, Drame
Durée : 108 minutes
Date de Sortie (salles) : 1998
Coffret Blu-Ray : Octobre 2024

Entre cinéma yakuza et culture manga, l’uppercut Ishii

Un braqueur, Samehada, refuse de donner l’argent dérobé à ses patrons.
Une jeune femme, Toshiko, fugue de chez son oncle qui a pour volonté de l’épouser.
Dans les bois, des hordes de yakuzas sont à la recherche du voleur et son magot.
Sur une route isolée, les véhicules se croisent, se percutent.
Samehada monte dans le véhicule encore viable de Toshiko et s’enfuit avec elle.
L’oncle désespéré contacte un tueur à gages pour liquider Samehada.
La cavale infernale démarre.

Premier long-métrage réalisé par Katsuhito Ishii Shark Skin Man And Peach Hip Girl, est l’adaptation d’un manga qui arrive au Japon en pleine période V-Cinema, productions dédiées uniquement au marché de la VHS, et durant la vague pugnace du cinéma yakuza.
Katsuhito Ishii passionné d’anime et friand d’un cinéma coup de poing à l’américaine, se voit chargé de la réalisation de ce projet fou.

Projet fou, histoire folle, le film originellement prévu pour une exploitation en vidéo seulement se voit propulsé par les producteurs.
Le budget est revu à la hausse, bien qu’assez bas, les portes des salles de cinéma s’ouvrent et le casting s’élargit accueillant alors des acteurs vus chez Takeshi Kitano.

La recette Katsuhito Ishii, la dynamique avant le récit

Katsuhito Ishii développe et marque son geste de cinéaste avec ce premier long format.
Le montage est ultra nerveux, les images se succèdent alternant action absurde, humour grotesque et violence crasse.
La société des bas-fonds se dévoile, le Japon traditionnel, sans vagues, laisse la place à un tsunami punk qui écrase tout sur son passage.

Le jeune cinéaste a un talent certain pour structurer des personnages redoutablement charismatiques qui malgré les interprétations caricaturales parviennent toujours à saisir et captiver l’attention du spectateur.
Et là où il est redoutable c’est lorsqu’il se joue de nos rétines, prend le contre-pied sur ses personnages et s’amuse à faire basculer le scénario dans tous les sens, à grands coups de twists, parfois inutiles certes, tout cela en gardant approximativement le contrôle sur le développement global.

Néanmoins, dans cette supernova d’action et de violence gratuite, la rythmique narrative souffre.

Le réalisateur a du mal dans le premier quart de la proposition à structurer le récit. Il démantèle l’architecture du récit pour préparer la place à un twist final relativement stérile. Les trente minutes d’introduction faisaient d’ailleurs craindre le pire. Certains fonds de panier du cinéma yakuza que Takashi Miike ratissait parfois à la même époque se rappelaient à notre mauvais souvenir.

Par chance, Ishii exploite énormément le cinéma qu’il aime et parvient à créer une hybridation hystérique entre cinéma de gangster, romance et action. La dynamique prend rapidement le dessus sur le récit, le film se transformant en chien hargneux.
Il tisse un savant équilibre cinéphile, une recette minutieuse faite de reliefs remémorant tout autant Takeshi Kitano, Robert Rodriguez, David Lynch, Quentin Tarantino, Alex De La Iglesia que ce diable fou de Takashi Miike.
Ça tire, ça crie, ça saigne, ça rit, ça gicle, ça s’aime.

Shark Skin Man and Peach Hip Girl, trip cinéphile du grotesque à l’obsession

Shark Skin Man And Peach Hip Girl convoque une galerie de bras cassés stupéfiante entre paumés, camés, truands, pervers et sociopathes.
L’atmosphère générale de l’oeuvre pousse autant à l’amusement sincère, presque inoffensif, qu’à l’horreur sournoise.

Katsuhito Ishii conçoit un cabaret fou qui fait se rencontrer les dialogues abracadabrantesques du Pulp Fiction de Quentin Tarantino, la cavalcade amoureuse du True Romance de Tony Scott, les errances psychédéliques du Saylor & Lula de David Lynch mais surtout la violence débridée du Hana Bi de Takeshi Kitano et annonce la folie sous acide La Cité Des Âmes Perdues de Takashi Miike.

Shark Skin Man And Peach Hip Girl est instable dans sa construction.
Ishii s’embarque dans des gouffres rythmiques effarants et parvient à s’en extirper de par sa capacité à créer des obsessions autour de cette farandole de personnages aliénés.
La naissance d’un cinéaste nippon majeur quelque part entre Miike et Tsukamoto.
Une friandise punk faite cinéma.

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