« John Dies At The End » réalisé par Don Coscarelli : Critique et Test Blu-Ray

John et Dave, deux jeunes perdants attachants, testent le pouvoir d’une drogue surpuissante, la Soy Sauce, et découvrent une réalité alternative peuplée de démons.

Réalisateur : Don Coscarelli
Acteurs : Paul Giamatti, Chase Williamson, Clancy Brown
Genre : Comédie Interstellaire
Pays : Etats-Unis
Durée : 99 minutes
Date De Sortie (cinéma) : 2012
Date De Sortie (Blu-Ray) : Novembre 2024

Certains éditeurs parviennent à mettre la main sur une grande partie de la filmographie de cinéastes plus ou moins cultes.
De la sorte Le Chat Qui Fume s’occupe de Catherine Breillat, Potemkine de Andrei Tarkovski, Carlotta de Tsukamoto, Artus d’Eloy De La Iglesia et ESC qui avait su mettre en avant le cinéma de Mocky continue, quant à lui, son chemin vers les ailleurs fous pour faire perdurer la quête insensée qu’est celle de Don Coscarelli.
Il y a quelques années l’éditeur sortait un magnifique coffret Phantasm.
Aujourd’hui, en 2024, ESC plonge à nouveau et sort John Dies At The End ainsi que Bobba Ho-Tep.

Dans ces lignes, nous reviendrons autour de l’édition Blu-Ray de John Dies At The End, film qu’un ami de lycée, à l’époque de la sortie du film, n’arrêtait pas de me conseiller de manière obsessionnelle.
12 ans plus tard, enfin, je me lance dans cette vieille promesse : regarder John Dies At The End.

Don Dies At the End

Don Coscarelli est un drôle de cinéaste, touche à tout et inclassable.
John Dies Dies At The End en est d’ailleurs alors la substantifique moelle fauchée, dans l’écurie du cinéaste. 
En cela, Coscarelli continue inlassablement à s’échapper du genre dans lequel on essaierait de le figer, tantôt horreur, tantôt science-fiction, tantôt politique conspirationniste, toujours comédie et piochant ses élans dans une farandole référentielle abrupte. 
John Dies At The End est une proposition sous acide, qui annonce tant Scott Pilgrim que Everything Everywhere All At Once.

Dans un dédale temporel nous suivons deux amis, John et David, qui grâce à une sauce soja interstellaire, peuvent percevoir des dimensions invisibles et accéder à des enjeux souterrains particulièrement inquiétants, entre Atlantide, soucoupes, reptiliens et héritiers de Cthulu.
Pendant que certains s’occupent de leur jardin en quartier pavillonnaire et où la seule problématique est la mort des géraniums, le duo de jeunes adultes à côté de la plaque se doit de sauver le monde. 

Si nous avions réussi à entrer pleinement dans les outrances instables de Phantasm et l’hystérie absolue de Bubba Ho Tep, il faut reconnaître qu’ici la manière de créer de Coscarelli nous ennuie quelque peu et joue trop des codes de la comédie américaine adolescente à reliefs vulgaires, typique des années 2000. Le cinéaste désosse l’exercice de style tout comme il s’y complait.
John Dies At The End est doté d’une certaine intelligence de propos qu’il ne cesse de terrer sous des couches épaisses d’absurde tirant plus vers des univers geek que des terres de cinémas. Il y a cet au-delà, plus proche du pixel que de l’organe, de l’écran que de la matière grise. Des dimensions qui auraient pu jouer de connexion pour nourrir la pensée. Cronenberg avait d’ailleurs accompli ce prodige avec Existenz.

Coscarelli agace à maquiller son récit d’artifices pompeux et poussifs, là où en profondeur néanmoins se cache un film assez fascinant sur la question des dimensions invisibles et mondes parallèles où il convoque tout autant Lovecraft que Scanners.
Dans son magma épuisant, une cartographie se dessine, celle des États-Unis pris en étaux par une population friande de complots, de fausses pistes -bonjour les pyramides et le Bigfoot-, et de véritables secrets d’Etat, une véritable mécanique dissimulée. 
Le montage s’éclaircit, le regard du cinéaste se fait sentir, son geste moins précis s’égare mais l’idée naît, profondément et ne cesse de germer en nous, jusqu’à nous piquer et finalement nous intriguer. 

Le constat de cette poule sans tête est renforcé par un passage au numérique et une image particulièrement fade, lorgnant du côté des TV films. Une situation qui émane très certainement du budget ultra limité d’un million de dollars.
On peut donc s’incliner de la générosité de la proposition au vu d’un budget qui équivaut à un tiers du cachet de Gérard Jugnot pour Les Bronzés 3.

John Dies At The End ne supplantera jamais notre amour pour la saga Phantasm ou le délirant Bubba Ho-Tep, il est bien trop malingre et laid, chétif et hurlant, une position dans laquelle les champs de pixels, étape trouble chez Coscarelli, pousse à déchirer la toile pour révéler bien plus que cette supercherie et pénétrer une nation hystérique, suspicieuse, où dans les profondeurs une bête d’un autre monde gronde. Déstabilisant et relativement obsédant lorsqu’en tête résonne un budget de tout juste 1 millions de dollars.

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray

Image :

Le master HD proposé par ESC a les limites des films bas budget tournés en numérique, à son époque.
De plus, la photographie de John Dies At The End est d’origine particulièrement plate, à la manière d’un vulgaire TV film.
Ne vous attendez donc en aucun cas à des sommets qualitatifs mais plutôt à un bon moyen d’accéder en France à une édition HD de John Dies At The End, et le tout avec un rendu honorable.

Du côté des détails le niveau général est correct, bien que manquant de tonus pour plus de profondeur. Néanmoins lors de gros plans, la définition est poussée et les reliefs deviennent s’intensifient.
Au niveau de la colorimétrie, le master a préféré saturer les tonalités pour masque certains détails en retrait. De manière générale, cela reste convaincant.

Reste un point noir, 3 freezes d’environ une demi-seconde, et quelques défauts de compression qui nous pousse à retirer une étoile de notre note qui aurait dû raviter autour de 7/10.

Note : 6 sur 10.

Son :

Dts-HD MA 5.1 Anglais

La piste 5.1 de John Dies At The End est extrêmement percussive et joue à merveille dans la réussite du film à entrer en contact avec le corps du spectateur.
Les potards sont poussés, le son traversant, la spatialisation bourrine de toutes parts et la clarté des pistes subsistent.
Rien à redire.

Note : 8 sur 10.

Suppléments :

ESC a chargé le disque de multiples suppléments et à l’image du film il y a des contenus enivrants et des essences WTF.
En ce sens nous avons particulièrement aimé le commentaire audio de Don Coscarelli, on pourrait l’écouter en continu le gaillard, ainsi que l’entretien avec Paul Giamatti.

Les suppléments en présence étaient disponibles sur l’édition US du film.

Liste complète :

  • Commentaire audio avec le réalisateur Don Coscarelli, le producteur Brad Baruh, et les acteurs Chase Williamson and Rob Mayes
  • Scènes coupées (10 min) :
    Les fans seront ravis de découvrir de nouvelles supercheries et folies signées Don Coscarelli.
  • « Se mettre dans la sauce » : le making-of de John Dies at the End (7 min)
  • Les corps des créatures : l’effet sauce soja » (9 min)
    Il faut bien avouer qu’en sortant de ce rollercoaster fait d’effets plastiques noyés dans des torrents d’images de synthèse, nous étions impatient de pénétrer dans ces méandres de création. Le voyage est un peu court mais plaisant.
  • Sessions de casting (7 min)
    Un supplément qui parlera aux aficionados et laissera les autres sur le bas côté.
  • Interview avec Paul Giamatti (10 min)
    Giamatti est un passionné et prend un grand plaisir à nous raconter le périple John Dies At The End.
  • Bande-annonce

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