« I Spit On Your Grave » réalisé par Meir Zarchi : Critique et Test Blu-Ray 4K UHD

Une écrivaine en herbe est violée à plusieurs reprises, humiliée et laissée pour morte par quatre hommes qu’elle traque systématiquement pour se venger.

Réalisatrice : Meir Zarchi
Acteurs :   Camille Keaton
Genre : Drame, Rape & Revenge
Pays : Etats-Unis
Durée : 101 minutes
Date de sortie : 1978 (salles) // janvier 2025 (Blu-Ray/Blu-Ray 4K UHD)

Tout juste quelques mois après la sortie en édition gargantuesque du culte La Derière Maison Sur La Gauche, réalisé par Wes Craven, ESC remet les pieds dans les territoires périphériques états-uniens et horizons fangeux que sont les étendues du Rape & Revenge avec le classique underground I Spit On Your Grave réalisé par Meir Zarchi.

Wes Craven signait son film à l’orée des années 70, Meir Zarchi, lui, propose son calvaire dans les dernières années de la décennie, en 1978 plus exactement.
Depuis son antique sortie DVD, à la qualité douteuse, I Spit On Your Grave version 70s avait quelque peu disparu des radars, enterré sous la glaise douteuse de sa trilogie reboot apparue dans les années 2010.

Aujourd’hui, direction l’original, qui n’a pas vieilli d’un poil, pire même, qui vient nous infliger un vrai traumatisme en la matière.

I Spit On Your Grave, Nymphe et Satyres, Le Cauchemar Au Détour Des Roseaux

Film naît suite à une expérience personnelle du cinéaste, I Spit On Your Grave est très certainement l’un des cauchemars les plus bruts du cinéma états-uniens.
C’est quelques années avant la naissance de ce premier long-métrage de Meir Zarchi, lors d’une sortie en voiture avec un ami et sa fille, que le chemin du cinéaste croisa celui d’une jeune femme nue, sur le bord de route et ayant été sauvagement agressée, violée.
Un fois arrivée au commissariat, les policiers mirent un temps record à saisir la plainte et firent répéter à la jeune femme de nombreux détails, et ce, sans même l’avoir conduite à l’hôpital, cette dernière souffrait alors de nombreuses fractures dont une à la mâchoire rendant la diction complexe et douloureuse.

Face à cette impasse institutionnelle, face à l’incapacité de la police de venir en aide aux victimes, Meir Zarchi témoin de la sordide situation ancra ce sombre souvenir dans ses pensées jusqu’à un jour, au détour d’un week-end à la campagne, tisser un lien entre le lieu géographique en présence, une maison isolée et ses alentours, et l’horreur absolue rencontrée au détour d’un route ordinaire.

I Spit On Your Grave, en arrivant à la fin des 70s, vient se greffer à deux courants concomitants avec d’une part le Rape & Revenge et d’autre part le Vigilant Movie.
Le premier motif de cinéma présent, le Rape & Revenge, est une structuration narrative faisant reposer le récit sur un cheminement à deux temps : l’agression sexuelle et la vengeance. Dans ce cheminement deux écoles se présentent celle où la victime est vengée par ses proches, avec par exemple La Source d’Ingmar Bergman ou encore La Dernière Maison Sur La Gauche de Wes Craven, et celle où la victime prend la décision de faire payer à ses agresseurs leurs exactions à la manière du oeil pour oeil, dent pour dent, dont le film suédois réalisé par Bo Arne Vibenus, Crime à Froid, représente le chef de file, et dont Revenge de Coralie Fargeat a récupéré le flambeau il y a de cela quelques année..
Le second motif, quant à lui, le Vigilant Movie -ou filmd’auto-défense-, est un vivace courant de cinéma 70s état-uniens, représenté par les sagas L’Inspecteur Harry et surtout Un Justicier Dans La Ville. Dans le cas présent le récit pousse le citoyen à prendre les armes et à faire justice soi-même face à une institution judiciaire déficiente et décadente, le tout dans un déferlement de violence hyperstylisé.

C’est donc au sortir de cette décennie entre ces deux mouvances ultra-violentes que I Spit On Your Grave vient s’installer poussant les mécaniques constitutives de ces deux modèles dans leur retranchements, atteignant des niveaux de violence d’une rare barbarie, d’une singulière sauvagerie.

Meir Zarchi n’essaie à aucun moment d’épargner la rétine-spectateur.
Le réalisateur construit une oeuvre à l’architecture simple, avec peu de personnages, peu de background, juste des lieux et leurs énergies, l’humain et sa sauvagerie.
Des vertes forêts capturant les souffrances pour les recracher avec rage, espace éloigné de la régulation civilisationnelle, aux pièces de la maisons tapissées de rouge, de la moquette au plafond, évoquant les intérieurs meurtris, ceux de la chair béante et de l’esprit hurlant, un parcours se dessine, primaire si ce n’est primitif, jouant sur le caractère changeant des lieux par rapport aux énergies dégagées par les corps traversants.

De victime à justicière, de prédateur à proie, le cruel manège de Zarchi est d’une âpreté foudroyante.

Dans cette rencontre en périphérie de la ville où la citadine rencontre un groupe de jeunes ruraux, il y a tout autant un magnétisme déviant qu’un rejet fondamental.
Dans cette logique, où l’homme, le pénien, est satyre, et où la femme devient nymphe pourchassée, un tableau vient à se tendre à nous, une image culturelle intime à déjouer, une mythologie cafardeuse celle de l’éternelle étreinte entre la pulsion et l’abandon, celle du rejet du consentement, qui fait doucement rire dans les couloirs de musée dès lors que cette relation, satyre-nymphe, ce mythe, prend forme que cela soit sous forme de peinture ou bien de sculpture. Le satyre est même rendu sympathique dans le Hercule de Disney.
I Spit On Your Grave creuse avec virulence cette structuration culturelle faite d’une violence absolue celle de la traque des satyres et l’assaut sexuel brutal, l’assaut sexuel impasse, le viol, imposé aux nymphes.
La proposition place le spectateur dans un état de traumatisme, dans une position de témoin mutique et révèle la barbarie qui grave de images sur le terme de viol.
Les assauts sont répétés, montrés, interminables, le hors champ n’ a pas sa place, l’oeil se confronte aux ténèbres.
La nudité y est constante, montrant le corps meurtri sous toutes ses coutures, et n’offrant, de grâce, à aucun moment un quelconque regard érotique.

Puis… Zarchi dans la partie du retour de bâton, la vengeance, délie le statut de femme-victime, pioche à nouveau dans le caractère mythologique de la nymphe, celle qui hante les eaux, les bois, l’insaisissable et puissante force des éléments, de la nature.
Le corps se dévoile à nouveau, portant cicatrices et traumatismes. Le corps se dévoile à nouveau, fort et conquérant, mante religieuse prête à désosser les mâles en chaleur.
Le personnage réinvestit les lieux de l’horreur et fait moduler les paramètres, transformant ces espaces en étaux pour les agresseurs qui se transforment progressivement en carcasses suintantes, future chair qui nourrira la terre.
Les sévices, d’ailleurs, ont tout du châtiment divin. Ils sont imposés selon différentes méthodes en fonction des actes commis par chacun des violeurs.

Le cinéaste fait alors preuve d’autant de simplicité que d’inventivité, délivrant une vengeance réaliste et brutale, jusqu’à faire de la victime passée, une valkyrie vengeuse, hache à la main.
Camille Keaton, que nous connaissions surtout pour ses rôles en matière de cinéma d’exploitation italien, tant chez Riccardo Freda que que chez Massimo Dallamano, arrive aux Etats-Unis pour délivrer une performance exceptionnelle, glaçante et profondément magnétique.
Le sang ne cesse de s’échapper, exorcisant le cinéma d’exploitation américain, faisant du fantasme gore rural de Massacre A La Tronçonneuse une réalité où l’hémoglobine recouvre désormais l’entièreté du cadre.

I Spit On Your Grave, bien trop rare lorsque l’on parle cinéma indépendant état-uniens, est une pièce maîtresse, et somme, de toute une décennie faisant s’enlacer le Rape & Revenge ainsi que le Vigilant Movie, ouvrant une graphique et sanguinolente dimension allant parfois presque jusqu’à l’outrance de Herschell Gordon Lewis, sans jamais pourtant toucher à l’absurde, et dessinant les reliefs à venir, deux décennies plus tard, du torture porn, courant ayant vu naître des films tels que Saw, Hostel ou encore American Mary.
Ce premier essai de Meir Zarchi est un vrai coup de maître, à réserver aux rétines les plus averties, qui déjoue constamment ses apparats de film bis et s’émancipe en poussant à restructurer bien des motifs culturels, sociologiques, institutionnels et politiques. Un traumatisme à revisiter.


Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray

Depuis quelques mois, les éditions Cult’Edition de chez ESC semblent se stabiliser et les objets que nous avons entre les mains sont véritablement magnifiques.
De très beaux et solides fourreaux, une numérotation précise, une édition à plusieurs volets avec un visuel à se damner la rétine et un contenu foisonnant. Nous ne sommes pas très loin de la sortie idéale.

Image :

Depuis l’antique et très mauvaise édition DVD du film, dégoté sur le marché de l’occasion il y a de cela près de 15 ans, il est vrai que nos souvenirs esthétiques du film de Meir Zarchi étaient assez mitigés.

À l’annonce d’une édition 4K UHD, nous étions même extrêmement dubitatifs, et pensions surtout à un coup de com, qui aurait délivré au mieux un résultat proche de la restauration en demi-teinte, bien que réussie à la vue de matériaux originels dégradés, de La Dernière Maison Sur La Gauche réalisé par Wes Craven.

Monumentale erreur… le rendu en présence est surprenant, faisant véritablement renaître le film et l’extirpant de sa lente décomposition. Nous avions peur d’un grain sursaturé, nous trouvons ici un soin organique enivrant de la texture pellicule, laissant respirer l’image en offrant détails et profondeur.
La nature se révèle, joue son rôle d’impasse comme de refuge.
L’écorce des arbres dessine les motifs du corps meurtri, la terre se fait ventre ouvert de la nature, recouvrant la peau et les chairs, la végétation, elle, devient drapé masquant les horreurs perpétrées, devient labyrinthe pour piéger les monstres.

Alors le rendu blu-ray est déjà étonnamment satisfaisant, mais lorsque l’on aborde le disque 4K avec traitement HDR, la proposition explose à la rétine, se métamorphose.
La gamme colorimétrique affine les reliefs, donne à la peau une chaleur saisissante et travaille les rouges et les verts avec une saturation contrôlée hypnotique.
Reste la frustration de savoir comment aurait rendu un traitement Dolby Vision.

Du très bon travail et la renaissance d’un mythe sordide du cinéma indépendant états-uniens.

Note : 9 sur 10.

Son :

Trois pistes son sont proposées : Dts HD MA 2.0 Français et Anglais ainsi Dts-Hd MA 5.1 Anglais.

Pour notre part, nous avons voulu nous échapper du côté de la nouvelle configuration 5.1.

La proposition reste somme toute assez frontale et use des surrounds, de la scène arrière, pour décupler les atmosphères ambiantes. Le mix général est correctement balancé et… nouvelle surprise, les saturations qui étaient légions sur le DVD ont disparu, offrant de belles projections.

Note : 7.5 sur 10.

Suppléments :

Tout comme en début d’année avec la sortie de La Dernière Maison Sur La Gauche, Esc a mis les petits pots dans les grands et a constitué une édition monolithique permettant de tout autant de contextualiser l’œuvre que de voyager à travers diverses pistes de lecture, étoffant l’expérience et permettant de voir plus loin que l’horreur brute, la sauvagerie capturée par Zeir Marchi.

L’édition Cult’Edition contient également un livret signé Marc Toullec revenant sur les cinq films de la saga, plein d’anecdotes, de témoignages et coulisses.

  • Commentaire audio de Meir Zarchi
  • Commentaire audio du critique, Joe Bob Briggs
  • Introduction du film par Clara Sebastiao :
    Une introduction de près de 30 minutes qui aborde le film dans nombreuses de ses latéralités.
    Clara Sebastiao réintroduit le film dans son actualité sociale, culturelle et politique, entre cinéma d’exploitation et mouvements idéologiques cisaillant les Etats-Unis, puis revient autour de la carrière des acteurs, du cinéaste et des arcs de lecture du film. C’est très certainement notre supplément préféré de l’édition.
  • « Une vengeance féministe ? » : entretien avec Clara Sebastiao, journaliste et archiviste (25’)
  • Bande-annonce

Blu-ray bonus :

  • « Grandir avec I Spit on Your Grave » : documentaire rétrospectif (2019, 102’)
  • « Le Voyage de Jennifer » : retour sur les lieux du film avec Michael Gingold (11’)
  • « La Valeur de la Vengeance » : entretien avec Meir Zarchi (29’)
  • Ouverture alternative du film
  • Scènes coupées
  • Films de Terry Zarchi en 8mm
  • Galerie photos du film
  • Galerie photos en coulisses
  • Bande-annonce cinéma
  • Spots TV et radios

Note : 10 sur 10.

Pour découvrir I Spit On Your Graven en Blu-Ray 4KUHD :

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