Goichi Mizoguchi, conformément aux dernières volontés de son père, est pris en charge par le bonze Tayama du temple Shukaku, le « Pavillon d’Or ». Des touristes visitent le temple. Un couple s’amuse. Pour le jeune homme, ces gens souillent l’image sacrée qu’il a du temple. Peu après, Mizoguchi aperçoit Tayama accompagné d’une geisha. Plein de désillusion, il va tout faire pour rendre sa pureté au Temple.

| Réalisateur : Kon Ichikawa |
| Genre : Drame |
| Pays : Japon |
| Durée : 99 minutes |
| Date de sortie : 1958 (salles) // 15 janvier 2025 (ressortie) |
Mizoguichi, fils de bonze, est envoyé par son père, tout juste décédé, au Pavillon D’or afin de devenir novice du responsable du temple.
Le jeune homme est bègue et nourrit une fascination, héritée de son paternel, pour l’édifice.
Sur place, il découvre ce qu’il se cache derrière le voile du sacré : des croyants désillusionnés, une population lasse de la guerre, des militaires américains piétinant le patrimoine culturel.
Le Pavillon D’Or n’est plus que spectre que seul Mizoguchi semble discerner, respecter.
Le Pavillon D’Or est devenu attraction touristique, pôle économique.
En adaptant le roman de Yukio Mishima, Kon Ichikawa s’attaque à un monument incendiaire de la littérature japonaise.
Il s’attelle à un sommet qui n’a pas encore le rayonnement que nous lui connaissons de nos jours.
L’adaptation de l’écrit est tournée tout juste deux ans après la sortie du roman et douze ans avant l’acte sacrificiel de Mishima, se donnant la mort par Seppuku.

Le Pavillon D’Or est une profonde réflexion sur le Japon au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, sous occupation américaine, en pleine tourmente civilisationnelle entre traditions et pression capitaliste.
C’est une grande part de la réflexion de l’oeuvre de Mishima, ou comment en quelques années le Japon est passé de force majeure internationale à peuple muselé par l’ingérence des Etats-Unis.
Kon Ichikawa a donc une montagne à gravir.
Ici, le cinéaste réussit en demi-teinte son entreprise et ne trouve pas le juste équilibre pour faire vibrer le sensible et transperçant éco-système mis en place par Mishima.
La proposition d’Ichikawa, bien que saisissante, prend le parti du romanesque, des péripéties, tenant de manière robuste son développement mais n’arrivant pas à aiguiser la lame comme savait si bien le faire Mishima. Le grondement est dans la retenue, l’aliénation en retrait, le chaos intime du peuple japonais tout juste caressé.
Une situation qui provient en grande partie de la réserve du cinéaste quant à l’usage cheminements poétiques, des temps suspendus et du cinéma métaphysique.
Certes le Japon se révèle, les tensions traversantes sont présentes ainsi que le forces en oppositions.
Certes, ce regard met en perspective un peuple en perte de repères, mais de manière bien trop superficielle, si ce n’est artificielle.
Il y a ici le ressenti d’une structuration de récit pour alimenter les choix des personnages, une justification, alors que le texte de Mishima prônait l’écartèlement du personnage de Mizoguchi jusqu’aux frontières de la schizophrénie.
Le dédale de subsconcient collectif que l’on attendait ne prend pas, bien que l’obscurcissement progressif de l’image nous fasse glisser dans d’attirants ténèbres.

En soit, il serait difficile d’en vouloir au travail d’Ichikawa si ce dernier n’était pas la projection du travail de Mishima.
Il s’agit ici d’une belle photographie, tenant son récit sur de grands axes et n’essayant pas de jouer la carte de la singularité narrative. L’obsession de l’intégrité spirituelle jusqu’à la destruction se fait démonstratif et perd le tranchant onirico-politique de Mishima.
La direction d’acteurs est également assez juste et va dans le prolongement du regard d’Ichikawa. On se trouve à entrer de manière sincère dans la lecture du réalisateur et a apprécié son récit, ses rebondissements.
Le Pavillon D’Or représente de ce fait à merveille le cinéma d’Ichikawa, un cinéma romanesque, aux formes narratives peu aventureuses, à l’efficacité certaine.
Reste, une séquence, celle où Le Pavillon D’Or est dévoré par les flammes, où le mordant de l’incendie se fait lumière transperçante, où dans les ténèbres l’éclat du drame foudroie la rétine.



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