Au cours d’un séjour en forêt, un groupe de jeunes plaisanciers ranime sans le savoir la dépouille d’un homme enterré dans les bois non loin de leur chalet. Le fou furieux masqué est sorti des entrailles de la Terre pour venger son existence passée.

| Réalisateur : Chris Nash |
| Acteurs : Ry Barrett, Andrea Pavlovic, Lauren-Marie Taylor |
| Genre : Horreur |
| Pays : Canada |
| Durée : 94 minutes |
| Date de sortie : 2024 (USA) // Février 2025 (France) |
Cela fait des mois que le nom de In A Violent Nature, réalisation canadienne, pousse tout autant au fantasme qu’à la frustration sur le Vieux Continent.
Sorti du côté de Shudder aux Etats-Unis, le film de Chris Nash avait éveillé notre intérêt.
La proposition horrifique à tendance slasher invite à suivre le tueur dans les bois et non les victimes dans les cabanes en bord de lac.
C’est donc un an après sa première mondiale au festival de Sundance que l’assassin affublé d’une antique tenue de pompier vient toquer de par chez nous en passant par le célèbre Festival De Gérardmer, décrochant le Grand Prix.
Enfin, nous pouvons rêver d’une sortie en salles…
Malheureusement non, In A Violent Nature sort dans la foulée, sans promotion, sur la plateforme Insomnia, partenaire du festival.
Bien que mécontents de cette modalité de distribution, nous plongeons pour découvrir la bête.

En pleine forêt canadienne, en bordure de lac, un groupe d’amis se retrouve pour passer du bon temps, entre feux de camp, histoires d’horreur et parties de jambes en l’air.
Un après-midi, au fin fond des bois, dans des infrastructures abandonnées, ils font la découverte d’un collier perdu qu’ils décident de s’approprier.
Dans les secrets les plus profonds de la forêt, dans un cabanon dévoré par les termites, la terre se met à remuer, une main s’extirpe des sols, un colosse s’extrait de la fange, entre corps maudit et mort-vivant.
L’entité à la force herculéenne se dirige vers les habitations les plus proches. Que le massacre commence…
Chris Nash dans son approche du slasher n’essaie en aucun cas de renouveler le récit, les protagonistes, leurs réactions ou bien interactions.
Il pourrait s’agir ici d’un énième volet de la saga Vendredi 13 et nous aurions pu scander le nom de Jason Voorhees que cela n’aurait perturbé que peu de personnes.
L’impression de déjà-vu est suintante. Le sentiment étrange de connaître les lieux, les personnages et leurs liens est troublant.
C’est alors que le cinéaste canadien tire son épingle du jeu en travaillant cet amoncellement de codes tout en contre-gestes.
La glaise narrative, et le mouvement emprunté, avec lesquelles In A Violent Nature module est la force sidérante de cette audacieuse création.
Adieu jeunes adultes écervelés, Nash fait l’expérience de la nuit, des bois, des monstres.

Le manège macabre invite à la contemplation, au silence, aux énergies invisibles qui font de la nature un grondement terrifiant aux mille secrets.
La photographie est magnifique, l’expérience envoûtante.
Le travail des corps, du rythme et de la mise au point portée derrière un assassin mutique, relevant du paranormal, est saisissant. Tout ce qui faisait du slasher 80s un genre ennuyant de par des discussions frisant constamment le ridicule et les braguettes disparaît.
Ici il n’y a plus que le temps, suspendu, les allés et venus d’un corps errant en quête de vengeance, les reliefs d’une malédiction locale et la résonance des espaces abandonnés, de la kenopsia.
La contemplation est de mise, la méditation autour de l’horreur l’est également, jouant d’épure structurelle, sans pour autant esquiver la violence brute, celle des boogeymen.
L’esthétique et la créativité plastique de certaines mises à mort sont stupéfiantes.
La jeunesse est mise à mal.
Les corps sont désossés, déchiquetés et démembrés avec une fureur incroyable. In A Violent Nature ne prend pas la poudre d’escampette et cadre fermement l’horreur, se défait du hors champ.
Le cinéaste s’élance même du côté de longs plans fixes pour saisir les latéralités des calvaires dispensés.
Pierce Derks, qui avait travaillé dans les équipes camera de The Void et Mandy, fait ici ses preuves en tant que directeur de la photographie.
Le bonhomme sait où placer la caméra, et comment créer des atmosphères, tant planantes que barbares.

In A Violent Nature tout en conservant les poncifs du genre parvient à complètement réinventer son déroulé, ses axes de narration et d’observation.
Le long-métrage risque tout autant d’émerveiller que de particulièrement frustrer les amateurs du genre de par son expérience sensorielle contemplative, et quasi-métaphysique.
De notre côté, nous sommes conquis.
Chris Nash, emprunte à Terrence Malick dans son usage de la caméra, à David Lowery dans son travail du temps, et construit son créneau de cinéma tout en rendant un hommage sincère, et non une lecture rétro-crétin, à un genre l’ayant porté, et plus spécifiquement à Vendredi 13 Partie 2 de par les lieux explorés mais également son cameo final.


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