Le 4 juillet 1988, le jour de la fête d’indépendance des Blancs, après une nuit de beuverie, Arnold Joseph monte dans sa camionnette jaune et disparaît a jamais, laissant derrière lui sa femme Arlene et son fils Victor, alors age de douze ans. Dix ans plus tard, Arlene et Victor apprennent qu’Arnold Joseph vient de mourir d’une crise cardiaque dans une caravane miteuse a Phoenix, Arizona. Thomas, un ami d’enfance de Victor, qui sait qu’il manque d’argent pour aller chercher les cendres de son pere, propose de financer le voyage, à condition de l’emmener avec lui.

| Réalisateur : Chris Eyre |
| Avec : Tantoo Cardinal, Evan Adams |
| Genre : Road-Movie |
| Pays : Etats-Unis |
| Durée : 89 minutes |
| Date de sortie : 1998 (salles) |
« Comment pouvons-nous pardonner à nos pères… de nous avoir laissés lorsque nous étions enfants?…, de nous avoir effrayés par des colères inattendues?…, leur faisons-nous l’aveu de ce pardon ou le taisons-nous? »
Cette petite production indépendante mérite toute notre attention et cela pour plusieurs raisons. C’est d’abord le premier film d’un jeune réalisateur qui fait preuve d’intelligence et de sensibilité. C’est ensuite une oeuvre écrite, réalisée et co-produite par des Indiens d’Amérique et c’est surtout une approche par l’intérieur d’une culture que les occidentaux ont tenté d’éradiquer.
Le cinéma des Indiens d’Amérique a longtemps été limité à des documentaires ou des rôles stéréotypés dans des œuvres de fiction. Avec Phoenix Arizona (en anglais Smoke Signals), un film sur les siens, un Cheyenne, Chris Eyre, a fait ses premiers pas dans le cinéma. Le film (Phoenix, Arizona) est une œuvre cinématographique unique en son genre. Basé sur le recueil de nouvelles The Lone Ranger and Tonto Fistfight in Heaven de Sherman Alexie (qui signe aussi le scénario), ce film est le premier à être entièrement écrit, réalisé, produit et interprété par des Amérindiens. Il offre une perspective authentique et nuancée sur la vie des autochtones aux États-Unis.
L’histoire suit Victor Joseph (Adam Beach) et Thomas Builds-the-Fire (Evan Adams), deux jeunes hommes issus de la réserve indienne de Coeur d’Alene, dans l’Idaho. Lorsque le père de Victor, Arnold Joseph (Gary Farmer), meurt en Arizona, Victor doit récupérer ses cendres. Sans argent, il est contraint d’accepter l’aide de Thomas, un orphelin excentrique qui l’admire depuis l’enfance.
Au fil de leur voyage, les deux jeunes hommes confrontent leurs différences : Victor est taciturne, méfiant et porte le poids de l’abandon paternel, tandis que Thomas est rêveur, bavard et profondément spirituel. Leur périple devient un chemin initiatique où ils vont explorer leur héritage, leur identité et leur propre rapport au pardon.

Phoenix Arizona est bien plus qu’un simple road-movie. Il s’agit d’une plongée introspective dans l’expérience amérindienne contemporaine, traitant des thèmes du déracinement, de la transmission culturelle et de la résilience face aux blessures du passé. Le film met en lumière les traumatismes intergénérationnels qui touchent les peuples autochtones. Arnold Joseph, le père de Victor, est un homme brisé par l’alcool et la culpabilité, symbole des conséquences du colonialisme et de la marginalisation. Sa fuite n’est pas seulement l’abandon d’un foyer, mais aussi une tentative d’échapper à un passé douloureux. Le déracinement culturel des Amérindiens est l’un des plus grands drames de l’histoire coloniale, mais la résistance autochtone montre que leur identité ne s’est jamais totalement éteinte. Entre mémoire, résilience et réappropriation culturelle, les peuples autochtones continuent de se battre pour retrouver ce qui leur a été volé.
Le véritable défi aujourd’hui est de leur donner les moyens de reconstruire leur culture sur leurs propres bases, sans ingérence, pour que les générations futures puissent à nouveau s’enraciner dans leur héritage.
Malgré ses thèmes sérieux, le film ne tombe jamais dans le misérabilisme. L’humour est omniprésent, souvent teinté d’ironie et d’autodérision. Thomas, avec ses récits parfois absurdes et mystiques, rappelle la figure du conteur traditionnel, un rôle essentiel dans les cultures amérindiennes.
Le pardon est une notion universelle, traversant les cultures, les religions et les philosophies. Il est souvent perçu comme une clé pour la paix intérieure, un moyen de se libérer du poids du passé. Mais pardonner est-il toujours possible ? Est-ce une nécessité pour avancer ou une injonction sociale qui peut être oppressive ?
Ici, Victor doit apprendre à dépasser sa colère et son ressentiment envers son père. Son voyage en Arizona est aussi un voyage intérieur, où il découvre une facette méconnue de son père à travers les souvenirs de Suzy Song (Irene Bedard). Le film montre que la guérison ne passe pas seulement par la vérité, mais aussi par l’acceptation de l’humanité de l’autre.
La musique, composée par Jim Boyd, un artiste autochtone, accompagne l’histoire avec une justesse poignante. Elle mêle sonorités traditionnelles et contemporaines, illustrant l’hybridité identitaire des personnages.

Au-delà de ces réflexions importantes, Phoenix Arizona nous permet de vivre le quotidien d’une tribu indienne contemporaine. La pauvreté, l’éclatement des cellules familiales, l’alcoolisme apparaissent un peu comme l’héritage de la civilisation américaine. Mais jamais ni la dignité ni l’espoir ne s’effacent. C’est une bonne leçon !!! C’est aussi un retour après les décennies passées où le cinéma américain avait donné des Indiens l’image féroce des chasseurs de scalps.
C’est un film à la fois intime et universel, qui parle de mémoire, de transmission et de quête de soi. Son regard unique sur la culture amérindienne, porté par un casting exceptionnel et une narration poétique, en fait une œuvre essentielle du cinéma indépendant. Que l’on soit ou non familier avec les réalités autochtones, le film touche par sa sincérité et son humanité, rappelant que nos racines, nos douleurs et notre besoin de réconciliation nous unissent tous.
Un petit film par ses moyens, mais une grande oeuvre qu’il faut découvrir.



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