Synopsis : Dar, fils du roi destiné à détruire le tyran des forces du mal d’après sa prophétesse, est marqué à la naissance avant d’être sacrifié, mais il est sauvé par un homme qui le ramène dans son petit village et l’élève comme son fils. Adulte, son petit village ainsi que sa famille adoptive sont détruits par l’armée du tyran. Seul survivant, il part à l’aventure dans le but de se venger, il devient un combattant qui sur son chemin rencontrera des alliés parmi lesquels des animaux (furets, aigle et panthère) avec qui il communique grâce à son don, la télépathie.

| Réalisateur : Don Coscarelli |
| Acteurs : Marc Singer, Tanya Roberts |
| Genre : Conansploitation |
| Pays : Etats-Unis |
| Durée : 118 minutes |
| Date de sortie : 1982 (salles) 26 mars 2025 (Blu-Ray/4K UHD) |
Nanar, ridicule, simpliste, sexiste…
Tous ces mots qui pourraient qualifier Dar l’invincible ne lui enlèvent pourtant pas le plaisir que l’on prend à le regarder (le film, calmez-vous), et c’est grâce au Combo UHD 4K + Blu ray disque sorti récemment chez ESC éditions.
Surfant sur la vague « Heroic fantasy » et poussant la Conansploitation à son paroxysme, Dar, héros des temps eighties, est au départ le personnage créé par la romancière André Alice Norton en 1959. Don Coscarelli, géniteur de la fabuleuse saga Phantasm, profitant d’une liberté artistique « no limit », ne retiendra que deux idées principales du roman pour sa réalisation (le lien télépathique avec les animaux et la lutte contre le sorcier infanticide et avide de pouvoir) ce qui mettra l’écrivaine dans un état de colère noire, au point qu’elle demandera que son nom soit retiré du générique.
Sorti la même année que le Conan le Barbare de John Milius, Dar ne naviguera pourtant pas dans les mêmes sphères : une histoire de muscles ?
Sortez l’huile pour le corps et roulez des mécaniques, vous saurez tous ce que vous avez toujours voulu savoir sur « la bête qui parle aux bêtes » !!!

La critique de Dar L’invicible
Barbare 2.0 : le « phantasme » qui fait mâle
C’est donc sur le papier que commence l’histoire du barbare, héros de la littérature avant d’être un héros de cinéma. Et il revient de loin, son étymologie ne le prédisposant pas à devenir plus qu’un grossier personnage premier degré, à la lisière entre le ridicule et le kitsch, un beau sauvage ténébreux aux cheveux longs aimant ripailler, conquérir (les territoires et les femmes) et les bains de sang. Un vrai cliché ambulant !
Glamourisé par notre éphèbe/armoire à glaces préféré(e) Arnold Schwarzenegger en 1982, c’est dans son ombre écrasante, qu’au fil des années, Mark Singer (l’interprète de Dar) gagne son public après un moment d’errance sur Nanarland, qu’il n’a jamais vraiment quitté, n’en déplaise aux fans du genre.
Le marché des VHS et la télévision (notamment la chaine HBO) y sont certainement pour beaucoup dans le succès à retardement de cette fresque épique à la mise en scène soignée.
Don Coscarelli a puisé son inspiration dans les films de son enfance pour visualiser son héros, notamment ceux de l’acteur culturiste Steve Reeves dont les mensurations exceptionnelles ont fait son succès (Hercule de Pietro Francisci par exemple) et a surtout voulu se distinguer des productions de Roger Corman qui, à l’époque, reste le maitre incontesté du « Low budget », réalisant en un temps record des succès avec seulement trois bouts de ficelles.

Variante plus classique et civilisée, moins musclé et moins rustre, Dar est doué de sensibilité et d’humour, ce qui en fait un personnage déconstruisant un mythe qui ne cessera d’être copié par la suite (Kalidor de Richard Fleischer, Les barabarians de Ruggero Deodato, Deathstalker de James Sbardelli…) : C’est un précurseur qui a su se frayer un chemin vers le « (cu)culte ».
Son originalité et sa force résident dans l’existence même de ses compagnons de routes : Kodo et Podo, la paire de furets hilarants, chapardeurs et rusés ; Sherak, l’aigle courageux et majestueux à la vue perçante et Ruh la panthère noire stoïque à la force incommensurable. (Ah non pardon le tigre teint en noir, faute de budget).
Tout seul, il reste le couteau le moins aiguisé du tiroir : Comme Samson, démuni sans sa chevelure, Dar ne vaut (presque) rien sans ses familiers à poils et à plumes.
Malgré les différences notables avec Conan, la comparaison étant inévitable, et même si l’invincible aime plus se promener dans la nature que guerroyer, il sera pourtant bien obligé d’embrasser la prophétie annoncée au début du métrage et de se plier à une vengeance qu’il n’a pas choisie : on n’échappe jamais totalement à son destin, surtout quand il est aussi extraordinaire que le sien.
S’ajoute à cela, la dualité bien/mal ; la rencontre avec de nouveaux amis ; le sauvetage d’une esclave à la plastique de rêve nommée Kiri (comme le fromage), campée par Tanya Roberts, et dont Dar ferait bien son gouter (ce qu’il a d’ailleurs fait dans une scène coupée des plus sexy) ; l’ignorance de son appartenance à une lignée royale ; le combat contre les forces maléfiques en présence : j’ai nommé Maax, prêtre infanticide malveillant, dont les dents rayent la terre battue du sol de sa pyramide.
En résumé, les codes de l’Heroic Fantasy sont bien là. Vous avez un sentiment de déjà vu ? c’est normal ! dans les eighties, un barbare peut en cacher un autre, huileuse copie de chacun de ses prédécesseurs.

L’outsider de la Conansploitation
Ce n’est pas seulement le film de Milnius qui a fait de l’ombre à l’homme qui murmurait à l’oreille du tigre, mais tout le contexte autour du tournage : les histoires de budget, les conflits artistiques, les accidents …. En effet avant d’en arriver au résultat que l’on connait il s’est passé bien des choses qui font de Dar un parfait outsider à sa sortie et pas le faiseur de miracle pécunier qu’on attendait qu’il soit.
Les trois mois et demi de tournage se révèlent catastrophiques même si les acteurs s’en souviennent comme d’un moment historique de leurs carrières. Coscarelli, qui a eu de fougueux accrochages avec le producteur délégué Sylvio Tabet avant de lui laisser les manettes à contre cœur, reniera même un peu ce film qui ne lui appartient, somme toute, plus vraiment (Tabet réalisera d’ailleurs le second volet du « Beastmaster » intitulé la porte du temps).
Disposant d’un budget moindre par rapport aux autres productions de la Conansploitation (environ 9 millions de dollars), c’est là que l’imagination débordante des équipes techniques fait des merveilles, abusant du système D, largement compensé par un travail minutieux de la lumière et une photographie à couper le souffle, fruit du travail de l’excellent John Alcott, collaborateur cher au cœur de Stanley Kubrick (l’éclairage à la bougie de Barry Lindon c’est lui !). C’est donc grâce à ce dernier que l’on ne voit pas les défauts inhérents du film : je veux parler de la « bague espion » en plusieurs exemplaires ne fonctionnant pas correctement ou encore des costumes non terminés des créatures ailées qui gobent les humains pour n’en recracher que des os. Un vrai casse-tête dont le résultat à l’écran est plutôt bluffant !
La plus grosse difficulté rencontrée réside cependant dans le travail avec les animaux : en effet, ces acteurs imprévisibles en ont fait voir de toutes les couleurs au staff, qu’il s’agisse de l’ours effrayé qui a blessé son dresseur, des 25 furets qui n’en faisaient qu’à leurs têtes pendant les prises (à mourir de rire), de l’aigle qui a laissé une marque douloureuse dans le dos de Mark Singer, ou encore des chevaux qui ont failli être brulés lors de la scène pyrotechnique de la bataille finale ou pendant la destruction du village de Dar, laissant place à un spectaculaire charnier, une horreur comme seule on peut en trouver dans les peintures d’Otto Dix ou de Zdzislaw Beksinski. Une tempête a également détruit une partie des décors…. Vous avez dit maudit ?

A titre de conclusion, Ce récit mythologique entre sorcellerie et magie, loin d’être linéaire malgré sa tendance « cheap », mais puisant dans des références solides (Fritz Lang et son Niebelungen, Dark Crystal de Jim Henson et Frank Oz et même Shakespeare !), est bercé par des mouvements amples de camera qui agrandissent le cadre et mettent en valeur la beauté du lieu de shooting (à défaut du Mexique ce seront les Etats-Unis). Un retour à la nature saisissant, drôle et émouvant qui ne laissera pas de marbre.
S’il y a bien une chose à retenir de Dar l’invincible c’est certainement que, grâce à la mixité des genres (horreur, romance, humour, aventures, magie …), il peut plaire à tous et il fut, sans aucun doute, une porte ouverte sur des succès plus modernes et récents de l’Heroic fantasy tels que Lords of the ring, Game of Thrones, Eragon ou encore Narnia qui de nos jours enchantent encore petits et grands, en quête de rêves et d’imaginaire fantaisistes. Dar ou comment le nanar de la contreculture est devenu un « Nanart ». Cultissime !

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray
Ayant reçu uniquement les disques Blu-Ray, il sera impossible du côté de Kino Wombat de traiter de l’entièreté de l’édition.
Image :
C’est une bien belle surprise que cette restauration de Dar, L’invincible, d’autant plus que les rares images que nous trouvions par le passé étaient de très mauvaises qualités.
Nous désespérions découvrir un jour le film et surtout dans de telles conditions.
Le cadre a été stabilisé et nettoyé, bien que subsistent sur certains plans quelques scories et affres du temps.
La texture pellicule, quant à elle, est présente sans pour autant être trop organique. Une dimension assez juste avec le concours du travail du piqué offrant d’agréables reliefs et une quantité non négligeable de détails.
La colorimétrie, de son côté, garde l’aspect assez chaud original et ne joue jamais de saturations, mécanisme de restauration souvent usité en matière de productions 80s pour donner un côté pop. Il y a parfois même à de rares instants un côté légèrement désaturé.
Les scènes en extérieur tiennent robustement la route mais c’est surtout lors de l’entrée dans le temple que le master prend toute son ampleur avec des noirs profonds et de beaux jeux de nuancier.
Son :
Dts -HD MA 2.0 Anglais et Français
Dts-HD MA 5.1 Anglais
Les pistes 2.0 d’origine sont de bonnes factures, proprement nettoyées, contenant une certaine amplitude et une juste balance entre les atmosphères, la bande-son et les voix.
Reste que la dimension VF, qui plaira à certains assurément, appuie trop la trajectoire nanar.
Concernant la piste 5.1, la spatialisation joue surtout sur l’accompagnement musical et quelques effets sonores. C’est sympathique, réussi.
Suppléments :

Les suppléments de l’édition sont répartis sur plusieurs disques. Retour sur le disque BR du film et le disque Bonus.
ESC fait très fort et a concocté une édition pleine à craquer :
Sur le disque Blu-Ray, un menu Les Chroniques de Dar L’Invincible renvoie directement à un chapitrage organisant le contenu additionnel, un documentaire extraordinaire produit par Vinegar Syndrome de 83 minutes en 6 parties :
- CHAPITRE 1: « L’INTRODUCTION A DON COSCARELLI »
Retour sur le phénomène Dar par le regard de cinéastes se rappelant le souvenir d’une telle découverte.
Le supplément centre son déroulé autour de la figure de Don Coscarelli, croisant des souvenirs de tournage provenant tant des acteurs que de l’équipe technique. - CHAPITRE 2: « UN LION N’A PAS BESOIN DE DIRE QUIL EST UN LION »
Don Coscarelli et certains collaborateurs reviennent sur la nécessité d’imposer certaines directions artistiques pour ne pas se faire dépasser par le studio.
En partant de cette amorce, de nombreuses anecdotes sont apportées quant aux diverses négociations menées par le cinéaste pour disposer des lieux et matériaux dont il avait besoin pour mener à bien son tournage. - CHAPITRE 3. « DE L’ESSENCE, DES MORTIERS, ET BEAUCOUP DE DIESEL »
Cette partie aborde les conditions difficiles de tournage, climatiques et organisationnelles sur 12 semaines.
Un supplément qui permet de saisir la bonne ambiance sur le plateau, le dévouement des acteurs et la bienveillance d’une équipe technique qui n’a cependant jamais rogné ses visions. - CHAPITRE 4: « UN BRIN D’HERBE »
Retour sur les figurants en compagnie de la costumière, ses inspirations et la dimension qu’elle voulut insuffler à l’œuvre à travers les corps, les tissus et leurs accords avec l’espace.
Les acteurs reviennent sur leurs souvenirs autour des tuniques et armures. - CHAPITRE 5 : « FERME LES YEUX ET COMPOSE »
Échange entre Pepperman, producteur, et Coscarelli sur le tournage, les plans, le montage, les effets spéciaux et les différents échanges pour trouver un accord financièrement fiable.
Un segment qui permet de saisir les différentes moutures du film et la possibilité d’une director’s cut pour le cinéaste. - CHAPITRE 6 : « HÉ, IL’Y A DAR LINVINCIBLE »
Conclusion abordant la sortie du film, sa réception et la réaction des acteurs à la découverte du montage final avec la présence de la bande originale.
Une belle outro pour ce gigantesque supplément.
En dehors de ce supplément pachydermique, présent sur le disque BR du film, vous pourrez également trouver le contenu suivant :
- Présentation du film par Antoine Desrues (2 min) :
Le journaliste pour Écran Large et Sofilm situe brièvement Dar L’Invincible au cœur de la conansploitation, aborde les mécaniques de l’heroic fantasy pour justifier la place importante de l’œuvre de Coscarelli dans ce mouvement cinématographique.

Sur le disque bonus vous pourrez trouver les suppléments suivants :
- « L’EXCEPTION QUI CONFIRME LA RÈGLE » :
Antoine Desrues revient plus longuement et plonge pleinement dans le bouillon Dar L’Invincible.
Il décortique l’héroic fantasy à travers ses modulations cinématographiques et va des Nibelungen jusqu’à Star Wars en passant par Excalibur pour relever les points d’appui de ce genre à part entière pour finalement bifurquer du côté de Conan et définir une niche au cœur de l’heroic fantasy.
Une démonstration fascinante, tentaculaire et précise. - FILMS SUPER 8 D’ÉPOQUE
- SCÈNE COUPÉE
- « LA SAGA DES DAR LINVINCIBLE »
Tout ce que vous rêviez de savoir sur Dar en compagnie de l’équipe du film, une sorte de making-of passionnant mais nous commençons à souffrir face au si grand contenu en présence. - GALERIE PHOTOS


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