« Nonnes Dans L’Enfer Des Cordes » réalisé par Katsuhiko Fuji : Critique et Test Blu-Ray

Maria trouve refuge dans un couvent pour échapper à ses péchés et chercher la rédemption. Cependant, son passé la rattrape lorsqu’elle devient la cible de manipulations et de violences, symbolisant un conflit entre ses désirs humains et ses aspirations spirituelles.

Réalisateur : Katsuhiko Fuji
Acteurs :  Mika Takakura, Asami Ogawa, Hiromi Yamaguchi
Genre : Drame érotique
Pays : Japon
Durée : 69 minutes
Date de sortie : 
1984 (salles)
Mai 2025 (Blu-Ray

Après l’article autour de Angel Guts : Classe Rouge, je continue l’exploration des sorties Nikkatsu proposées par Le Chat Qui Fume.
Dans le Roman Porno, mouvement de cinéma érotique expérimental tenu par l’un des plus grands studios nippons, à savoir la Nikkatsu, il y a à boire et à manger.
Des propositions qui abordent tout juste l’effeuillage et d’autres… qui plongent dans des tréfonds outranciers mêlant humiliation, vulgarité et corps blessés.
L’éditeur français se dirige plutôt vers la seconde case, la radicale, et s’amuse à exhumer des films oubliés qui risquent bien d’entacher durablement votre rétine et vos songes.

Direction Nonnes Dans L’Enfer Des Cordes !

Nonnes Dans L’Enfer Des Cordes, vers l’outrancier et au-delà

Takako ne parvient pas à réfréner ses désirs.
Elle pousse ses aspirations intimes dans certains retranchements qui ont malheureusement impactés, de manière funeste, le sort de familles alentours.
La femme de son amant s’est donnée la mort lorsqu’elle a surpris le couple adultérin en plein ébat.
Takako, face au drame, décide de s’exiler.
Elle devient Soeur Marie et intègre un couvent, au bout du monde, lieu où les eaux taillent les roches de falaises sur lesquelles se dressent contre vents et marées la maison de Dieu.
Sur place, elle découvre que le couvent est tenu d’une main perverse et sadique par un curieux bienfaiteur…

Nonnes Dans L’Enfer Des Cordes est le film le plus connu de Katsuhiko Fuji, une oeuvre qui s’installe dans sa filmographie érotique à tendance sado-masochiste, adaptation d’une oeuvre littéraire de Oniroku Dan, surfant sur la vague de la Nunsploitation japonaise, descendant d’un certain Le Couvent De La Bête Sacrée réalisé par Norifumi Suzuki en 1974.

Prenez garde, car même si vous êtes habitués aux spectacles décadents du cinéma de Teruo Ishii, mêlant sexe, torture et horreur, le geste de Fuji, lui, est un acte farouchement cruel, une plongée déstabilisante et blessante dans des mises en scène déviantes ahurissantes.
Ici, nous sommes à la limite de ce que mon regard peut bien encaisser en matière de violence gratuite.
Une expression de cinéma extrême qui surprend encore plus lorsque l’on sait qu’elle est financée par l’un des plus gros studios du pays.

Fuji ne se limite à quelques séquences difficiles, il truffe la moindre séquence de sévices, et lorsqu’on pense arriver à la fin du calvaire, nous n’en sommes qu’à la moitié.
Le cinéaste est extrêmement inventif en la matière et ne cesse de surenchérir.
Il y a une profonde volonté de heurter, d’exister, par le choc visuel et moral.

Derrière ce qui s’annonce être un film de nunsploitation faisant reposer son intrigue autour de séances de bondage se cache en réalité un terrifiant film où le SM devient oppression, où l’accord entre les parties a volé en éclat, où se succèdent, viols, drogues, humiliations et tortures.
La proposition compile tout ce que vous pouvez imaginer, et même plus : culotte de chasteté piégée, épines de rose dans la chair, mise sur la croix, jeux de cire…
Un enchevêtrement de supplices qui ne parvient jamais à établir une pensée, si ce n’est que les hommes sont monstrueux et les femmes manipulables à force de sévices.
Face à un tel défilé de cruauté on en vient à être poussé à devenir voyeur-prisonnier, bâillonné et attaché, poussé à devenir le témoins impuissants de ces abjections.
La plongée devient insupportable, la morale est inexistante, le brûlot endormi, la volonté de scandaliser est l’horizon souhaité.

Une forme qui est bien triste là où Fuji avait réussi à concevoir un terreau visuel ambitieux, si ce n’est hypnotique.
Les couloirs du couvent rappellent l’école de danse de Suspiria, les corps sont montrés avec une étrange beauté et surtout des jeux de cadre pour nourrir le récit, dévoiler les desseins intimes des protagonistes se mettaient en place.
Le cinéaste aurait pu structurer un reflet abstrait où les atrocités seraient pistes réflexives autour de la société nippone. Fuji esquisse, gribouille, chiffonne et piétine cette voie.

Nonnes Dans L’Enfer Des Cordes est un Roman Porno particulièrement marquant tant de par son empreinte visuelle qui griffe la rétine que de par son contenu malade.
Néanmoins, on restera troublé car Katsuhiko Fuji qui veut créer le trauma, s’installer comme créateur sadique irrévérencieux, fait un pas en arrière dans sa clôture et n’ose pas embrasser les flammes qu’il n’a cessé d’attiser durant tout le film, préfère le « happy end ». Drôle de geste moraliste final…

Bref, une expérience nauséeuse qui risque de mettre à mal bien des spectateurs.
Pour ceux qui espérent trouver un film hors normes, et odieux, alors foncez, vous saurez quoi brandir lors d’une soirée arrosée entre amis lorsque la question suivante surgira : « T’as pas un film fou ? »

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray

On continue sur la même lancée que pour les autres films Nikkatsu édités par Le Chat Qui Fume, édition scanavo avec fourreau.
Fourreau avec un nouveau design et scanavo reprenant l’affiche originale japonaise.
Le boulot est encore très propre, mais en même, pas de surprise, c’est du taf réalisé par Frédéric Domont.
On adore, vous le savez déjà.

Image :

Le master en présence est particulièrement beau.

La texture pellicule est présente et le léger lissage a permis de conserver de beaux reliefs, tant sur les corps que dans la profondeur de champ.
La colorimétrie, quant à elle, est assez pop, joue parfois même sur des tonalités néons sans jamais écraser la palette générale. C’est très agréable à l’œil et les peaux ont des dégradés intéressants.
Le rendu a cependant du mal sur de rares séquences, les scènes nocturnes en extérieur uniquement, à proposer des noirs qui ont la densité de ceux durant les scènes studios.

Hormis de rares scories, qui apparaissent lors des scènes les plus sombres, l’image a été nettoyée et le cadre stabilisé.

Note : 8 sur 10.

Son :

DTS-HD MA 2.0

Uniquement disponible en VOSTF japonais, la piste son est de très bonne qualité.
Ne dénaturant pas le travail original avec une spatialisation moderne et travaillant à juste niveau les différentes fréquences, esquivant les saturations et offrant de sympathiques enrobés sur les pistes instrumentales à tendance vaporwave.

Suppléments :

  • Les nonnes d’Oniroku Dan par Clément Rauger (18 min)
    Comme toujours avec Clément Rauger, nous sommes aux anges.
    Journaliste et programmateur spécialisé en cinéma japonais, Rauger aborde Nonnes Dans L’Enfer Des Cordes en trois temps : le Roman Porno, l’auteur Oniroku Dan et le film de Katsuhiko Fuji.
    En sortant de l’entretien, notre colère envers le film redescend et surtout… on a envie de découvrir les oeuvres de Oniroku Dan, malheureusement indisponibles en France.
  • Films annonces de la collection Nikkatsu
  • Livret de 40 pages de photos rares issues des coffres de la Nikkatsu

Note : 6.5 sur 10.

Pour découvrir Nonnes Dans L’Enfer Des Cordes :
https://lechatquifume.myshopify.com/products/nonnes-dans-lenfer-des-cordes?srsltid=AfmBOooc24GIVmZkmo9rIcY3TwcSQ_kjMf1AW5nrSlShf1d4RrNckTX2

2 réponses à « « Nonnes Dans L’Enfer Des Cordes » réalisé par Katsuhiko Fuji : Critique et Test Blu-Ray »

  1. Avatar de ruedeprovence

    Une sorte de porno sado-maso sans hommes, si je comprends bien. Glaçant…

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  2. Avatar de « Star Of David : Vices et Sévices » réalisé par Norifumi Suzuki : Critique et test Blu-Ray – Kino Wombat

    […] les articles autour de Angel Guts : Classe Rouge et Nonnes Dans L’Enfer Des Cordes, je continue l’exploration des sorties Nikkatsu à tendance « pinku […]

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Une recherche d’oeuvres oubliées, de rétines perdues et de visions nouvelles se joue.
Voyages singuliers, parfois intimes, d’autres fois outranciers, souvent vibratoires et hypnotiques.
De Terrence Malick à Lucio Fulci et Wang Bing, en passant par Jacques Rivette, Tobe Hooper, Nuri Bilge Ceylan, Agnès Varda, Lav Diaz ou encore Tsai Ming-Liang, laissez-vous porter par de nouveaux horizons, la rétine éberluée.

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