Avant l’apparition des hommes dans les montagnes, un groupe de singes vivait dans une grotte.
Cet endroit fut appelé la Grotte des Singes (Houtong).
Au-delà du sommet de la montagne, le dieu de la montagne envoya des flammes, fantômes, pour protéger des trésors cachés sous terre.

| Réalisateur : Cheng-Ying Song, Chin-Ya Hu |
| Genre : Documentaire expérimental |
| Pays : Taiwan |
| Durée : 30 minutes |
| Date de sortie : 2025 |
Avant, il y avait une montagne.
Dans cette montagne, vivaient des singes sacrés.
Un jour, l’homme a pénétré le sanctuaire pour creuser des mines.
Une malédiction s’est abattue sur le village.
C’est de par cette ouverture aux élans mythologiques que le regard pénètre un village fantomatique, un lieu déserté en contrebas d’une mine, cavité dans la montagne dont la denrée noire, le charbon, est le sang, la vie sacrifiée.
Le duo de cinéastes installe son exploration entre récit fantastique et images documentaires dans un écrin froid où l’humidité des lieux dépasse le cadre, pénètre la salle, le foyer du regard, pour répandre la terrible mélancolie qui émane des plans dans les rétines et les corps qui font face à l’image.
La malheur qui s’est abattu, le spectateur se doit de l’expérimenter.
Le fardeau taïwanais, dans un contexte de mondialisation malade, face à la voracité de la Chine, se doit d’être partagé.
La proposition invite à creuser le quotidien d’une communauté ravagée par les besoins d’une société monstre, demandant toujours plus de sacrifices, d’expéditions au cœur des ténèbres, par le biais de témoignages en voix-off accompagnés de plans fixes.
Les lieux vibrent, les paroles portent de contes fantasmagoriques vers des récits de vie.
Les fantômes, créatures surnaturelles, laissent place à des espaces liminaux, lieux en dehors du temps portant les stigmates d’existences passées.

La kenopsie opère, sentiment mélancolique projeté par l’apparition de lieux connus à l’usage dénaturé.
D’une parole à une autre, d’un détail à un souffle, d’un mur rongé à une route craquelée, le village et ses mystères retrouve sa part d’humanité, s’affranchit de sa figure hantée pour retrouver sa population, tout du moins dans nos projections mentales.
C’est par le souvenir que les mort s’élèvent au rang de divinité, touchent une certaine éternité, et peuvent cependant péricliter le temps d’un oubli pour réinvestir les terres dévastées et renouveler leurs errances ultérieures.
Il s’agit ici avant tout d’un travail du temps, de sa suspension et sa trajectoire.
Cheng-Ying Song et Chin-Ya Hu ont une expression philosophique et cinématographique qui usent du geste du Slow Cinema pour parvenir à superposer les différentes temporalités, jouer d’un instant de croisement avant d’accepter l’inconnu.
La proposition est une expérience sensorielle assez étonnante qui parvient en une poignée de plans fixesà totalement saisir l’attention jusqu’à s’affranchir complètement de la réalité du spectateur et le pousser à pénétrer entièrement dans les problématiques de ce territoire à l’autre bout du monde, espace rural portant les traces d’un système malade.
The Tales Of Tale invite à la pensée, à la contemplation, jusqu’à distinguer une vibration, une lumière, des fantômes.
En espérant que la proposition arrivera un jour en France…



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