À Tokyo, Genpei, évadé de prison, s’introduit à la nuit tombée dans une demeure luxueuse où vit un jeune couple. Il viole Tokie sous les yeux de son mari. Quelques mois plus tard, elle met au monde un fils, Tatsuya, avant de se suicider. Le temps passe. Désormais étudiant, Tatsuya enlève des femmes…

| Réalisateur : Norifumi Suzuki |
| Acteurs : Natsuko Yashiro, Hiroshi Nawa |
| Genre : Drame érotique |
| Pays : Japon |
| Durée : 100 minutes |
| Date de sortie : 1979 (salles // Japon) Mai 2025 (Blu-Ray) |
Après les articles autour de Angel Guts : Classe Rouge et Nonnes Dans L’Enfer Des Cordes, je continue l’exploration des sorties Nikkatsu à tendance « pinku violence » proposées par Le Chat Qui Fume, dernière étape le monstrueux et réputé Star Of David : Vices Et Sévices réalisé par Norifumi Suzuki.
Dans le Roman Porno, mouvement de cinéma érotique expérimental tenu par l’un des plus grands studios nippons, à savoir la Nikkatsu, il y a à boire et à manger.
Des propositions qui abordent tout juste l’effeuillage et d’autres… qui plongent dans des tréfonds outranciers mêlant humiliation, vulgarité et corps blessés.
L’éditeur français se dirige plutôt vers la seconde case, la radicale, et s’amuse à exhumer des films oubliés qui risquent bien d’entacher durablement votre rétine et vos songes.
Direction Star Of David : Vices et Sévices !

Star Of David, l’outrance jusqu’à l’ennui
Découvert lors de l’annonce de sa sortie Blu-Ray par Le Chat Qui Fume, le film culte de Norifumi Suzuki a su éveiller un intérêt entre effroi et curiosité macabre au vu des retours qui fleurissent autour de l’entité aux quatre coins d’internet.
La promesse d’un film malicieusement irrévérencieux et sordide était actée.
Il aura d’ailleurs fallu attendre la venue d’amis pour lancer l’aventure, peur de finir pétrifié et profondément perturbé, seul, sur mon canapé, dans la pénombre.
Qu’en est-il réellement ?
Sordide, le mot convient, Suzuki s’amusant à croiser viols, tortures, humiliations, esthétique nazie et relations familiales perverses.
Malicieusement irrévérencieux, certainement pas, le cinéaste japonais s’ancre dans une lecture catalogue où il fait se succéder nombre de tableaux tous plus nauséeux et violents les uns que les autres, ne sachant finalement ni structurer le récit, ni construire des personnages.
Nous n’avons que faire du spectacle qui prend place, on en viendrait presque à regretter Guinea Pig qui avait le mérite d’arracher les artifices pour plonger uniquement dans la case sévices, resserrant le délire sur 43 minutes, ne s’embarrassant pas d’une stupide intrigue.
Et pourtant, il est évident que Suzuki a essayé de soigner la photographie, les cadres, en travaillant avec Masaru Mori, évident que le cinéaste s’est investi à la tâche mais s’est fait dépasser par son envie de choquer, troubler, violenter le regard spectateur.
La surenchère au lieu de saisir, d’effrayer, d’écœurer ou bien même de pousser la rétine à s’agacer, s’énerver, finit par totalement laisser l’attention sur le bord de pellicule. C’est long, terriblement long.

On se remémore alors les grandes heures de Teruo Ishii, en se disant « ça c’était quelque chose », et puis, un souvenir traverse l’esprit celui d’un cinéma plus moderne : Sono Sion.
Dans la filmographie du cinéaste-chaos des années 2000 se cache une pierre précieuse aux éclats d’un corrosif mal-être, Strange Circus, film incestueux, fruit pourrissant qui a su, il y a quelques années, hanter ma rétine, la tordre jusqu’à frôler l’énucléation.
Et bien, ce Strange Circus, assurément, ne pourrait exister sans ce tortueux et éreintant Star Of David : Vices Et Sévices, où Suzuki, finalement, cristallise toutes les névroses, et leurs raccourcis analytiques, avec ce sadisme omniprésent, que Sion, des décennies plus tard, va réinvestir, malmener afin de faire naître son cinéma-cabaret malade.
Et puis, entre Suzuki et Sion, il y a un autre passeur morbide, Takashi Miike, qui, assurément, a évolué entouré de cette vague Pinku Violence, de ces outrances infinies, parfois stériles, comme dans le cas présent, mais avec cette volonté de scandaliser.
C’est ici, alors, le seul prisme par lequel j’ai pu accepter de terminer cet absurde monticule d’images qu’est Star Of David : Vices et Sévices, au montage sous mauvais acide, à l’interprétation d’une bêtise abyssale et d’une écriture digne d’un adolescent en demande de sensations fortes.
Norifumi tapine sévère et a une haute idée de son cinéma. Il emprunte les voies du surréalisme pour masquer les zones d’instabilité du récit, pour parler d’une famille construite sur le viol et le suicide, pour justifier tout et n’importe quoi.
Une porte qu’il aurait pu emprunter pour mener la proposition vers l’abstrait, le psychédélique et offrir au minimum un certain degré hallucinatoire à la bête, que nenni.
Star Of David : Vices Et Sévices, surfant sur la vague d’un fantasme sado-machiste dénaturé, déviant, et déclinant toute une galerie d’atrocités entre fascination pour le nazisme et tourbeuses relations familiales, pourrait faire partie de ces films qui traumatisent des générations entières.
Il n’en est rien, l’essai stérile de Norifumi Suzuki pousse violemment à se désintéresser du récit, de ses protagonistes et finalement de sa mise en scène générale.
Si vous cherchez une banque de données de sévices pour espérer devenir les Miike et Sion de votre temps, alors peut-être saurez vous trouver des miettes utiles, pour les autres aucune raison de s’infliger ce bouzin.
Et pourtant… Star Of David : Vices Et Sévices est vu, célébré, comme l’un des plus grands rejetons de la vague Roman Porno à tendance Pinku Violence…
De mon côté, je retourne à la saga Angel Guts.

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray
On continue sur la même lancée que pour les autres films Nikkatsu édités par Le Chat Qui Fume, édition scanavo avec fourreau.
Fourreau avec un nouveau design et scanavo reprenant l’affiche originale japonaise.
Le boulot est encore très propre, mais en même, pas de surprise, c’est du taf réalisé par Frédéric Domont.
On adore, vous le savez déjà.
Image :
S’il faut reconnaître quelque chose, c’est que Suzuki, en travaillant avec Masaru Mori, réalise un film aux plans plutôt soignés et cette restauration rend merveilleusement hommage à ce travail.
A l’exception de quelques scories, cadres passés, que l’on entraperçoit tout juste, le master en présence offre un niveau de détails poussé, permettant à la texture argentique de vivre organiquement et sculpter l’image avec de belles profondeurs.
Les plans tournés en studio resplendissent, les plans tournés hors studio sont moins pointus, eux, mais offrent tout de même un rendu saisissant.
La colorimétrie, quant à elle, exploite avec d’entêtantes dynamiques le travail de Mori, apportant parfois même des teintes surnaturelles.
Du beau boulot.
Son :
Une unique piste VOSTFR 2.0 Dts-HD MA est présente.
Elle est particulièrement solide, nettoyée et ne sature à aucun moment.
Les voix ont une juste place, tout comme l’ambiance sonore et les accompagnements instrumentaux.
Quelques effets sonores prennent le dessus pour dynamiser le tout.

Suppléments :
Star Of David : Vices Et Sévices est un film qui n’a pas connu de sortie en salles en France à l’époque de sa naissance.
Il aura fallu attendre L’Etrange Festival, en 2006, pour que le film soit exhumé dans l’hexagone.
Il est donc superbe d’avoir des suppléments d’une telle qualité pour une oeuvre presque disparue des radars, presque inconnue sur nos terres.
• Roman Porno et Norifumi Suzuki par Clément Rauger (34mn) :
Clément Rauger, spécialiste du cinéma nippon, aborde en deux temps son supplément avec d’une part l’histoire de la Nikkatsu et la branche Roman Porno, d’autre part le cas Norifumi Suzuki.
Pour le premier axe, Rauger apporte tout ce qu’il y a à savoir, ce qui devrait ravir les néophytes et être quelque peu redondant pour ceux qui ont déjà une collection vidéo fournie en la matière.
Pour le second axe, celui autour du cinéaste, c’est une grande réussite, exhumant Norifumi Suzuki dont très peu d’informations circulent sur le cas en France. Superbe.
• Films annonces de la collection Nikkatsu
• Livret de 24 pages de photos rares issues des coffres de la Nikkatsu
Pour découvrir Star Of David : Vices et Sévices :
https://lechatquifume.myshopify.com/products/star-of-david-vices-et-sevices?srsltid=AfmBOoogF4OfHzp_F4fyzHMxpokT8r7ledQPRKwR9MKjdwzM2FUblA4P



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