À la fin des années 1980, à Biarritz – Lili, une jeune fille de quatorze ans, passe les vacances d’été dans un camping, avec sa famille. Passablement tourmentée, Lili est en conflit avec ses parents et son frère aîné. Lors d’une escapade nocturne, elle fait la connaissance de Maurice, un quadragénaire. Il entraîne Lili dans des boîtes de nuit, puis à l’Hôtel du Palais, où il réside. Une relation complexe va s’installer entre eux, basée sur le désir et le refus.

| Réalisatrice : Catherine Breillat |
| Acteurs : Delphine Zentout, Etienne Chicot, Jean-Pierre Léaud, Jean-François Stévenin |
| Genre : Drame |
| Pays : France |
| Durée : 88 minutes |
| Date de sortie : 1988 (salles) // 2024 (Blu-Ray) |
2023 a marqué une véritable renaissance de la filmographie de Catherine Breillat dans les regards cinéphiles avec la sortie de son nouveau film L’Eté Dernier, en compétition au Festival de Cannes, mais aussi avec la parution du livre d’entretiens Je Ne Crois Qu’En Moi, révélant une série d’échanges fascinants.
2024 prolonge cette exhumation de carrière et voit débarquer L’Eté Dernier en Blu-Ray mais également des morceaux de la carrière de Breillat, restaurés et édités par Le Chat Qui Fume, avec Une Vraie Jeune Fille et Anatomie De L’Enfer.
Un périple qui ne s’arrête pas là puisque l’éditeur compte bien déterrer tout le reste de la filmographie de la cinéaste avec déjà entre nos mains, 36 Fillette, A Ma Soeur, Romance, Sex Is Comedy, ainsi que d’ici la fin d’année 2025, Abus De Faiblesse, Une Vieille Maîtresse, La Belle Endormie et Barbe Bleue.
Aujourd’hui, direction l’édition Blu-Ray de 36 Fillette.

36 Fillette ou les nuits du rayon vert
Troisième film réalisé par Catherine Breillat, et second film traitant de l’adolescence tourmentée, celle qui appelle à perdre la virginité, à être vu comme adulte, afin de ne plus être enfant dénigré, 36 Fillette est le geste d’un retour.
Après 10 ans sans tourner, depuis la censure monstrueuse autour de Une Vraie Jeune Fille et la sortie de son confidentiel Tapage Nocturne, la cinéaste est hésitante quant à la suite de sa carrière, et pourtant, au détour d’une salle de cinéma, à la sortie d’une séance en projection continue du Baby Doll de Elia Kazan, de midi à minuit, Breillat trouve l’envie et l’inspiration, entre la désinvolture obsédante du personnage interprété par Caroll Baker et ses propres souvenirs de jeunesse, la quinzaine, en famille, sur la Côte Basque, les sorties nocturnes clandestines, 36 Fillette naît.
Lili, 14 ans, passe ses vacances en famille, au camping, vers Biarritz.
Les journées avec son frère et ses parents sont ennuyeuses et sans rêves. L’adolescente quitte alors, chaque nuit, le camping, pour investir les clubs biarrots.
Sur place, elle danse, flirte, s’essaie à ses charmes d’adolescente sur des hommes plus âgés troublés par la présence de Lili. Un soir, elle rencontre Maurice, ogre, si ce n’est vampire moderne, ayant soif de cette aura juvénile pour chasser ses désillusions à la porte de la quarantaine, décennie à la lumière déclinante.
Ici, Breillat s’embarque sur un chemin moins tumultueux et violent que celui d’Une Vraie Jeune Fille mais parvient tout aussi bien à saisir les écartèlements intimes, les envies, les craintes, les rejets, les vertiges, les dégoûts et les terreurs.
Avec le personnage de Lili, la réalisatrice parvient à tordre la perception du réel et porte le regard à hauteur d’une jeune fille de 14 ans, qui veut exister, se sentir vibrer dans le regard des hommes, une volonté d’émancipation adolescente vers l’âge adulte, conduisant dans des périphéries dangereuses.
C’est là que se joue la force de l’acte de Breillat, en façonnant un film à l’image réaliste qui pourtant est baigné dans la brume quasi-surnaturelle, le monde de la nuit, qui fait la glaise des contes.
Il y a le Chaperon Rouge, et ses premières sorties solitaires, il y a le loup, et ses chasses nocturnes, dans l’interstice, le film prend place, capturant ses deux énergies, l’une incendiaire, l’autre vorace.
Le chaos prend forme.

La narration joue avec le ryhtme, invite aux répétitions, aux déambulations, aux errances, pour construire les personnages, et plus encore leurs projections mentales.
L’image se révèle tout autant dans sa capture naturaliste que dans ses flottements, espaces invisibles, ceux du temps, laissant s’échapper la psyché, susurrant le subconscient.
Comme pour Anatomie De L’Enfer, qui sera réalisé bien plus tard, la cinéaste use de l’océan comme horizon-écho tumultueux d’une psyché en pleine métamorphose.
Au rythme de la marée le personne de Lili s’affirme et se retire, s’engage et s’échappe, perdue entre un corps et un esprit en pleine ébullition.
36 Fillette a ses longueurs, ses hésitations et ses arythmies qui font tout à la fois son charme et ses maladresses.
Delphine Zentour, en Lili, pour son premier rôle, y est magnétique, jouant avec un naturel qui rappelle les déambulations existentielles de Kechiche, mais cela une décennie plus tôt.
Elle inscrit son personnage dans une tradition de l’adolescent en chemin vers l’âge adulte, du même ordre que Antoine Doinel dans Les 400 Coups de Truffaut, Jean-Pierre Léaud est d’ailleurs présent au casting du film en tant que passeur, ombre conseillère de Lili, ou encore François dans L’Enfance Nue de Pialat.
Face à elle, Etienne Chicot, colosse déstabilisant, entité qui relève des contes, monstre-impasse face auquel Lili doit lutter.
Et puis, déconcertant, Jean-François Stévenin, père de famille, qui de par son horizon de cinéma rappelle le père à l’homme, au séducteur, à la possibilité d’un ogre dissimulé sous le nom de papa.
Biarritz au cinéma, dans cette seconde moitié des 80s a deux visages, celui de l’amour espéré de Rohmer, avec Le Rayon Vert, et celui de la rage libertaire de Breillat, 36 Fillette.
Nous sommes dans l’équipe de la cinéaste, pour un cinéma sauvage, rugueux et blessant, touchant à la justesse aussi acide que cruelle du réel.
36 Fillette est une pièce pivot dans la filmographie de Breillat, avec ses imperfections, ses maladresses, mais aussi son langage, une expression qui n’appartient qu’à la cinéaste et qui vient s’affirmer dans sa manière de construire des lieux, des personnages et des reliefs psychologiques.

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray
Le Chat Qui Fume, épaulé de son épatant graphiste Frédéric Domont, vient proposer avec cette nouvelle « collection Catherine Breillat » une nouvelle ligne graphique et editioriale.
Ici, nous sommes dans la gamme scanavo de l’éditeur et l’écho des éditions Radiance résonne en nous.
Le Chat Qui Fume propose une splendide édition comportant un Obi reprenant toutes les informations que nous pouvions précédemment trouver au verso des éditions.
C’est beau, particulièrement beau.
Image :
Le master proposé provient de la récente restauration 4K, à partir du négatif original.
C’est assez remarquable, le film renaît, c’est une véritable cure de jouvence.
L’image est stable, nette et nettoyée.
Le piqué est particulièrement précis offrant de belles profondeurs, textures et reliefs.
La colorimétrie, quant à elle, n’essaie pas de moderniser, perfectionner les teintes. On reste au plus proche du matériau d’origine.
Son :
La piste VF 2.0 Dts-HD MA est d’excellente facture avec des voix qui ont d’agréables dynamiques, aucune saturation, et la parties musicales ont des rondeurs et pics très justes, ça joue des graves, des aigus, et ça ne tire jamais

Suppléments :
Une édition avec un nombre de suppléments réduit, certes, mais d’une grande qualité.
C’est un vrai bonheur, et chance, que d’écouter Breillat durant 40 minutes revenir sur la période 36 Fillette, et puis, poursuivre cette voie avec un livret rédigé par Murielle Joudet, c’est un peu la cerise sur le gâteau.
• 36 Fillette par Catherine Breillat (40mn)
Catherine Breillat revient sur la genèse du film d’Elia Kazan à ses souvenirs personnels, aborde le processus d’écriture, le casting, le rapport aux acteurs, à l’équipe technique, aux lieux mais également à la sortie du film et à sa réception public.
Idéal.
• Tournage du film (7mn)
Document d’époque avec des retours de Breillat, Zentout, et revenant sur certains aspect du tournage.
Anecdotique mais sympathique.
• Livret de Murielle Joudet
Murielle Joudet, en quelques pages, quelques mots, aborde la genèse du film et se lance dans une analyse plutôt saisissante rebondissant sur les mots de la cinéaste.
A ne surtout pas rater.
Pour découvrir 36 Fillette en Blu-Ray :
https://lechatquifume.myshopify.com/products/36-fillette?_pos=5&_sid=6be71705e&_ss=r


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