En 1808, à l’asile de Charenton, le marquis de Sade, qui s’y trouve détenu comme patient, monte des pièces avec le concours des aliénés. Il présente ainsi une reconstitution de l’assassinat de Jean-Paul Marat, au cours de laquelle il entame lui-même une discussion avec son personnage sur la philosophie de la révolution.

| Réalisateur : Peter Brook |
| Acteurs : Patrick Magee , Ian Richardson , Michael Williams |
| Genre : Historique, Comédie Musicale, Drame, Chaos |
| Pays : Grande-Bretagne |
| Durée : 119 minutes |
| Date de sortie : 1967 (salles) 7 octobre 2025 (Blu-Ray) |
Peter Brook est un nom, un écho de cinéma revenant de-ci, de-là, un cinéaste d’avant-garde fiévreux et turbulent qui trouve malheureusement bien trop rarement place devant nos mirettes éberluées.
A l’exception de quelques éditions DVD et deux éditions Blu-Ray, dont Sa Majesté des Mouches et Moderato Cantabile, il s’agit d’une filmographie secrète qui fleurit, lors de saisons miraculeuses, dans les cinémathèques.
Alors que ne fut pas la joie de pouvoir découvrir un titre célébré mais presque occulté de son travail, l’halluciné Marat/Sade.
C’est du côté de Potemkine que l’édition vient de paraître en cette fin d’année 2025.

« Marat/Sade »,
Révolution à l’asile ou la naissance des mécaniques du monde contemporain
A l’époque où se déroule le film, Le Marquis De Sade a perdu son titre.
Il est interné à Charenton, lieu où il décèdera.
Adaptation d’une pièce de théâtre écrite par Peter Weiss en 1963, Marat/Sade met en scène un écrit théâtral fictif du Marquis de Sade durant son internement à l’hospice de Charenton, revenant sur sa mémoire et plus particulièrement l’événement notable que fut l’assassinat de Marat.
Un écrit conceptuel jouant sur la notion ambiguë de Révolution.
Par qui et pour qui?
Peter Weiss, dramaturge du XX° s, ressuscite l’auteur décadent et donne à penser un évènement historique, la mort de Marat, figure de la Révolution assassinée dans sa baignoire par Catherine Coudray.
La pensée naît entre les quatre murs de l’asile, pièce de théâtre fictive de Sade qui autopsie une société, en pleine expérience de mort imminente, et déjà en cours de renaissance face aux gagnants, les nouveaux puissants, aux perdants, le pouvoir déchu, et aux délaissés, le peuple.
La grande première a lieu sur une scène installée au sein même de l’hôpital psychiatrique.
Le public, lui, observe, à distance, derrière les barreaux.
Le public, lui, observe, les décadence d’une époque, ses promesses, ses dénaturations, ses crimes et sa forme.
Les personnages historiques sont joués par des patients, le peuple est jeté dans des geôles souterraines, les meneurs, eux, héros-bourreaux de la Révolution, sont à la surface, mais toujours derrière les grilles qui séparent la scène du public.
Dans un coin, les censeurs, eux, poussent à avorter les idées révolutionnaires pour cause de nécessités personnelles.
La proposition croise théâtralité, cinéma et comédie musicale.
Il s’agit d’une projection difficile à canaliser, folle à lier, qui s’amuse à exhumer les dynamiques du soulèvement, les mots scandés et leurs polysémies en fonction du scandeur.

Marat/Sade sort en salles en 1967, à la veille des événements de 1968, un jeu de ricochet s’opère, Peter Weiss en écrivant cette pièce en 1963 est visionnaire, Peter Brook, lui, en 1967 est clairvoyant.
Le récit se déroule en France, post-Révolution, et pourtant les hurlements font cracher un Royaume-Uni qui annonce l’arrivée de Derek Jarman, cri post-industriel, cinéma punk hurlant.
Dans la grisaille ambiante on sent l’arrivée de la Dame De Fer, la classe ouvrière est spoliée pour nourrir l’Etat et avant tout la panse, les fantasmes, de ses dirigeants.
L’Histoire sous les kaléidoscopes de Weiss et Brook se transforme en matière-oracle, vision de répétition de chaque régime, et événements majeurs, à venir.
Ce lieu clos, asile pour contenir la folie d’une société agonisante, est la projection d’un monde dans lequel nous évoluons encore. On parle de 68, on ressent pourtant en échos nos années post-Covid.
La Révolution continue de gronder, tel un volcan, éclatant par moment, dès lors que le pouvoir accentue ses traits autoritaristes, cédant à ses colères, le poussant à ôter le masque pour montrer la mécanique d’une structure pyramidale remontant bien avant 1789, tapant directement dans une forme organisationnelle médiévale.
Nous sommes les fous que le plancher ne peut plus contenir.
L’urgence se fait ressentir, sombre et vomissante, constante et étouffante.
Les idées fusent, les coups et corps traversent l’espace délimité.
Le fantôme du bien plus récent Dogville de Lars Von Trier se rappelle à notre bon souvenir.
Ici, les têtes roulent, reste à saisir la bonne, à constituer des martyrs, des héros, des promesses et des mensonges pour tourner le chaos à son avantage.
Cet instant de tous les possibles est aussi exaltant que terrifiant, questionnant les ressorts qui font des individus les victimes et les bourreaux, les innocents et les coupables.
Cacophonique, violent et étrangement libre malgré sa dimension carcérale Marat/Sade est une parade grand-guignolesque et amère qui convoque tout autant l’acidité punk de Derek Jarman, le nihilisme cynique de Christoph Schlingensief, l’audace poétique de Zulawski et l’hystérie du Les Diables de Ken Russel.
Dingue et d’une terrible actualité.

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray
Nous n’avons pas l’édition entre les mains, simplement le disque Blu-Ray, mais il semblerait que l’édition dans sa forme reprenne l’esthétique de la collection standard de Potemkine, à savoir un fourreau cartonné et un boitier scanavo du plus bel effet.
Cela devrait être simple et efficace.
Image :
La restauration, bien que datée, est particulièrement réussie.
Même si cette dernière n’est pas passée par la case 4K, que certaines compressions numériques se font ressentir, il y a un confort de visionnage évident.
Le niveau de détails est élevé et la profondeur de champ, capitale pour l’oeuvre de Brook, est restituée avec justesse.
La colorimétrie, quant à elle, désaturée et poudreuse, saisie de quelques éclats pour les couleurs vives, soutient l’oeuvre, donne cette sensation attirante et périlleuse, espace destiné à la ruine et au chaos.
De manière générale le cadre est généralement stable. Il vivote à de rares reprises.
Son :
Anglais DTS-HD Master Audio Stéréo
Le master son est stable. Il ne sature jamais et laisse respirer les différentes fréquences.
Les voix sont audibles sur plusieurs strates permettant, au delà de la limite des sous-titres, de saisir la profondeur des échanges au sein du cadre, du premier plan à l’arrière plan, le film de Brook fourmille d’échanges occultés et le master parvient à saisir cela.
Au niveau des dynamiques, le son d’origine ne permet pas d’apporter plus de rondeurs surtout sur les séquences chantées, mais cela reste propre et agréable.
Suppléments :
Au programme, deux suppléments, une archive et un contenu inédit :
- « À propos de « Marat/Sade » : Interview de Peter Brook par Fabienne Pascaud (1996, 17’) :
Un entretien d’époque offrant la parole au cinéaste, apportant quelques informations sur le film et offrant une certaine proximité avec le cinéaste abordant son oeuvre. - « Sade et Marat vont en bateau » par Pacôme Thiellement (2025, 41’) :
Bon, Pacôme Thiellement, comment vous le dire, on l’adore, tout simplement.
Alors Thiellement qui aborde Le Marquis de Sade, Peter Brook et Marat, exhumant à sa manière les labyrinthites et zones d’ombre comme il l’avait fait pour le cinéma de Rivette, il faut l’avouer, c’est prodigieux.
FONCEZ.
Pour découvrir Marat/Sade en Blu-Ray :
https://store.potemkine.fr/dvd/3545020093474-marat-sade-brook-peter/#targetDetail


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