Tsukiko Izumisawa, étudiante en art, est en proie à d’horribles cauchemars après avoir été victime d’un accident de voiture. Lors d’une séance d’hypnose, la jeune femme évoque le nom de Tomie. Il s’avère que quelques mois auparavant, une étudiante portant ce prénom avait été assassinée par ses camarades. Le détective Harada, menant sa propre enquête, découvre bientôt que, depuis plus d’un siècle, des jeunes femmes portant le même prénom ont été assassinées et décapitées.

| Réalisateur : Ataru Oikawa |
| Acteurs : Miho Kanno, Mami Nakamura, Yoriko Dôguchi, Tomorô Taguchi |
| Genre : Horreur, Epouvante |
| Pays : Japon |
| Durée : 95 minutes |
| Date de sortie : 1998 (Japon) Décembre 2025 (Blu-Ray) |
Adulé par les initiés depuis déjà quelques décennies, le travail du mangaka Junji Ito a atteint un certain niveau de notoriété ces dernières années, avec de nombreuses ressorties de ses ouvrages et une adaptation animée de Spirale, bref, une célébration de sa plume psychédélique tant visuelle que narrative, images d’un Japon face à ses propres chaos et monstres intimes, résurgences de traumatismes trop rapidement enterrés.
Bien que l’on soit bien plus sensibilisé que par le passé autour de son travail, en Occident, il y a bon nombre d’embranchements, prolongements, de l’oeuvre de Junji Ito, qui n’ont toujours pas trouvé chemin vers nos rétines et consciences.
Dans cet amas de créations se trouve ainsi l’adaptation cinématographique du manga Tomie, réalisé en 1998 au Japon par Ataru Oikawa, film émergeant au coeur d’une période de bouillonnement de la J-Horror et n’ayant pas connu de destin par chez nous, occulté tant par Ring que Cure.
Il aura donc fallu 27 ans pour pouvoir découvrir cette vision nippone cauchemardesque qu’est Tomie, tout du moins en passant par un canal légal.
C’est à l’éditeur Le Chat Qui Fume que l’on doit ce petit événement.

Tomie,
Entre hypnoses et projections maudites,
Sentiers d’une ombre errante
Cinéaste d’exploitation, scénariste avant d’être réalisateur, Ataru Oikawa s’est fait un nom en écrivant le scénario de Door en 1988 réalisé par Banmei Takahashi.
Une plume affirmant un geste violent, fait de dédales et de ténèbres.
Dix ans plus tard, Oikawa passe de la feuille à la caméra, avec Tomie.
Le réalisateur fréquente Kiyoshi Kurosawa avec qui il travaille sur un film à sketchs du nom de Dangerous Stories où gravitent également à nouveau Banmei Takahashi mais aussi d’autres noms plus confidentiels mais ayant nourri un certain cinéma populaire, à savoir Kazuyuki Izutsu et Junji Sakamoto.
En découvrant Tomie, en 2025, il est évident que son ADN provient de la glorieuse renaissance du cinéma horrifique japonais de la fin des années 90.
La vague J-Horror 90s débute en plein boom du V-cinema, productions dédiées au marché de la vidéo, mouvement ayant porté des noms significatifs tels que Takashi Miike (Ichi The Killer, Visitor Q) ou encore Takashi Shimizu (Ju-on).
Un temps où l’épouvante fantomatique vivait un renouveau, un élan moderne, libre d’expérimentation, qui s’écartait des récits traditionnels de yokai, révélant une frayeur urbaine, échos d’une humanité hurlante.
Dans ce maelström de sorties, deux films sortent triomphants, et retiennent l’intérêt du monde entier, Cure de Kiyoshi Kurosawa et Ring de Hideo Nakata.
Tomie sort un an après le film de Kurosawa et tout juste quelques mois après celui de Nakata.
Etrangement, la réalisation, reprenant la ligne narrative de Ito semble compiler avec une certaine aisance tant les champs esthétiques que narratifs des deux films précédemment cités.
Un jeu de ricochet se fait ressentir, comme si le geste du mangaka était précurseur d’une aura de cinéma à venir et que son adaptation venait finalement récolter son dû un peu tardivement.
C’est une avant-garde dépassée par un temps qui avance bien trop vite.

Mais attention, cela ne veut en rien dire que la réalisation de Oikawa soit un raté, bien au contraire.
Le cinéaste, de troisième zone, réussit un très juste geste bis repetitae trouvant un équilibre malin entre thriller psychologique et film d’épouvante.
Il y a un dispositif narratif qui pousse continuellement à enquêter jusqu’à ne plus pouvoir s’extirper de l’engrenage venant d’être lancé.
Oikawa accompagne le regard dans un glissement progressif du réel, le récit frictionnel, vers le fantastique avec un rythme sous forme de ritournelles, boucles hypnotiques où même l’interprétation imparfaite des acteurs se fait oublier. Une obsession naît.
Qui es-tu Tomie ? D’où viens-tu ?
La rétine plonge vers le chaos, repère le danger et prend le risque de pénétrer la malédiction.
Un fil se tisse, un fil insidieux sortant de l’écran, pour mettre dans la confidence un spectateur devenant pièce de l’intrigue, et pire même, partie intégrante de la malédiction.
Le jeu de piste, bien qu’assez simpliste et évident, provoque un véritable engouement. Le regard est placé à mi-chemin entre une enquête hiératique, un sortilège évident et un cheminement intime crépusculaire, relation triangulaire sacrificielle.
La rétine a les réponses mais le spectateur reste mutique, témoin d’une mécanique dramatique irréversible.
Tomie n’est pas un film irréprochable, tant techniquement que structurellement, c’est même une oeuvre branquebalante mais étonnament enivrante, jouant sur le spectre du manga de Junji Ito et les codes d’un cinéma horrifique japonais de la fin des 90s, relief de cinéma qui inondera le monde au début des années 2000.
Nous sommes face à l’épouvante spectrale celle qui s’immisce avec malice dans nos existences répétitives et fades pour mieux nous dévorer, exhumer les peurs enfouies.
La proposition d’Ataru Oikawa est une chouette expérience de cinéma d’exploitation, ni plus, ni moins, suffisamment entêtante pour ressurgir régulièrement dans l’oeil-cinéphage.

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray
Que dire, il est difficile de faire mieux en matière de visuel pour une édition physique.
Comme pour Les Yeux Sans Visage, Le Chat Qui Fume a fait appel à Junji Ito pour illustrer la couverture de l’édition.
Un véritable rêve, une affiche réalisée par le créateur d’un manga culte pour son adaptation.
La boucle est bouclée.
L’édition est un boitier scanavo avec fourreau, comme nous a habitués l’éditeur depuis la vague de titres qui renfermait Draguse ou Le Manoir de L’Enfer.
A noter que le visuel avant du fourreau est conçu par Junji Ito mais que le reste du travail structurel et visuel de l’édition revient à l’habituel et talentueux Frédéric Domont.
Les visuels du boitier scanavo sont de sa main et surtout le visuel est réversible pour mettre en avant la magnifique affiche japonais. Propre et efficace.
Image :
Nous sommes bien chanceux d’avoir aujourd’hui un master HD de Tomie, mais ne vous emballez pas trop vite.
Le master en présence, très proche de celui d’Arrow, si ce n’est le même proposé par Kadokawa, est instable tant dans sa colorimétrie que dans sa gestion du grain.
Lors des séquences lumineuses, le tout parait plutôt stable surtout au niveau des détails et du grain, solide bien que vieillissant. Néanmoins, dès que les ténèbres arrivent, la proposition a du mal à garder son uniformité, ne parvient pas à saisir les noirs devenant grisonnants.
De plus les couleurs ont du mal à garder leur naturel proposant des saturations variant régulièrement d’une séquence à l’autre.
Il s’agit d’une copie qui ne cesse de moduler dans sa proposition, atteignant parfois de belles performances et s’essoufflant dans les plans les plus obscurs.
Reste qu’avoir une copie HD est miraculeux et que Kadokawa ne restaurera pas le film dans les prochaines années si ce n’est décennies. Profitez-en !
Son :
Japonais en DTS-HD MA 5.1 et 2.0
Le test a été effectué en VOSTFR 5.1.
Ici la piste offre de belles ambiances, n’a pas besoin de dynamiques puissantes, du fait d’être un film loin de tout jumpscares, et l’atmosphère générale enserre de façon nébuleuse l’esprit du spectateur.
Les fréquences sont également bien ordonnées laissant les voix en avant sans trop écraser le mix général.
C’est propre et agréable.

Suppléments :
L’éditeur a concocté deux bonus, un hérité de l’édition, le making-of, un autre exclusif, un entretien cinéphile :
- Junji Ito par Jérôme Lachasse et Sullivan Rouaud (41 min) :
Nous sommes ici en présence de deux spécialistes de la bande dessinée et du manga revenant sur leurs rapports à Junji Ito, sa renaissance internationale ces dernières années jusqu’à devenir un véritable portrait particulièrement complet et captivant du mangaka nippon.
C’est un supplément absolument passionnant entre passionnés. - Making-of avec des interviews de Ataru Oikawa et Junji Ito (28 min) :
Making-of promotionnel d’époque, le supplément ici proposé est assez intéressant revenant sur la préparation des acteurs, la manière dont le manga a été transposé à l’écran mais prend également le temps de dévoiler ses autres coulisses allant du maquillage au plateau.
La parole est assez libre et l’on en apprend bien plus que ce que l’on attendait. - Film annonce
Pour découvrir l’édition Blu-Ray de Tomie :
https://lechatquifume.myshopify.com/products/tomie?srsltid=AfmBOor058pnqLyaMpcCWvwzzutdj5QAwxF8OE01GW-nH2q1Zbapdmsj


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