Mot de l’éditeur : Objet de fascination depuis le triomphe de sa première projection en 1927, l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma aura connu plusieurs variantes, entre autres disparition et résurrection, jusqu’à la « Grande Version » voulue par Gance.
Reconstruite et restaurée par la Cinémathèque française sous la direction de Georges Mourier, l’oeuvre frappe, un siècle après son tournage, par ses audaces visuelles et ses prouesses techniques (triple écran). De l’enfance à Brienne à la campagne d’Italie, en passant par la Révolution française, l’épopée napoléonienne dans toute sa splendeur et sa démesure retrouvées.

| Réalisateur : Abel Gance |
| Avec : Albert Dieudonné, Annabella, Gina Manès |
| Genre : Fresque historique |
| Pays : France |
| Durée : 425 minutes |
| Date de sortie : 1927 (salles) décembre 2025 (Coffret Blu-Ray 4K UHD) |
Depuis la fin d’année 2025, et même depuis Cannes, il est question de Résurrection, sur toutes les bouches.
Un mot conduisant désormais inexorablement à la fresque de Bi Gan pour progressivement glisser vers la sémantique du terme puis ricocher vers l’exhumation.
En terme de de résurrection et d’exhumation il est alors impossible d’esquiver le monolithe revenu d’entre les archives en 2024, Napoléon réalisé Abel Gance dans sa mouture « Grande Version ».
Une ressortie inespérée en salles d’il y a quelques mois qui trouve aujourd’hui son éternité, son esquive face à l’oubli, par le biais d’une sortie physique monumentale, du côté de Potemkine, déclinée en DVD, Blu-Ray ainsi qu’avec un coffret gargantuesque contenant le film en 4K UHD, Blu-Ray et un livre.

L’Attaque du Titan, Nabulio le Grand
Abel Gance naît en 1889, une poignée d’années avant la création du cinématographe par les frères Lumière.
Il abandonne ses études de Droit en 1908 pour s’abandonner au théâtre ainsi qu’à la poésie.
Il monte plusieurs représentations avec le théâtre royal du parc de Belgique et publie un recueil de poèmes.
Il est repéré par Léonce Perret, cinéaste incontournable de l’écurie Gaumont, aujourd’hui oublié, qui lui offrira des rôles dans Molière, Le Portrait de Mireille ou encore Un Tragique Amour De Mona Lisa.
Gance est un cinéaste prolifique qui n’a cessé de modeler de nouvelles grammaires de cinéma, il se dresse aux côtés de Eisenstein, Fritz Lang, D.W. Griffith et Murnau comme l’un des grands penseurs mondiaux du cinématographe.
C’est après un séjour aux États-Unis, alors qu’il est en train de finaliser le monumental La Roue, que Gance fait la découverte de la vision épique historique et avant-gardiste de Griffith, le très controversé Naissance D’une Nation.
Un élan créatif qui pousse le jeune réalisateur à écrire sa propre fresque historique, un bloc monolithique tout aussi intime que spectaculaire autour de Napoléon Bonaparte.
Le reste appartient à l’Histoire…

Napoléon vu par Abel Gance revient sur une part de la vie du premier empereur français, de son enfance à Brienne jusqu’à son élan fédérateur au coeur de l’armée d’Italie.
La Grande Version se divise en deux temps.
La première partie explore Brienne, La Révolution Française, les débuts de la Convention, le retour de Napoléon en Corse et la bataille de Toulon. Il s’agit ici de voir s’élever un inconnu, un enfant ordinaire, au rang de capitaine d’artillerie. Ici Bonaparte se construit, Napoléon sommeille.
La seconde partie, quant à elle, couvre la période allant de la Terreur jusqu’au réveil des troupes italiennes, en 1796. Une partie grandement traversée par les grondements intimes, l’arrivée de Joséphine, et le mouroir de Violine. On y découvre Napoléon dans sa vulnérabilité, Bonaparte, lui, s’élève.
A la clôture de ces deux actes l’intime et le gigantisme s’embrassent, faisant jaillir la projection Napoléon Bonaparte.
De cette fresque gargantuesque, Abel Gance est parvenu à saisir une partie du long et complexe parcours de ce personnage historique incontournable.
Il prend le temps d’organiser avec minutie le récit -parfois trop-, bien qu’il le façonne selon ses propres convictions politiques. Les lectures de Robespierre ainsi que le lien quasi-fraternel entre les décisionnaires de la Terreur et Napoléon, sur le final du deuxième acte, questionnent grandement sur Gance et l’Histoire.
Le cinéaste ne joue pas la montre, ne se perd pas dans une approche catalogue mais plonge bel et bien en profondeur dans les périodes charnières de la vie de Napoléon. Il tisse dans chaque acte les évolutions et motifs internes du personnage.
Un dispositif plutôt conséquent qu’il parvient à porter au rang de grand spectacle tout aussi populaire qu’expérimental.
Abel Gance nourrit un amour profond pour Naboulio, ferme les yeux sur les ténèbres fangeux pour ériger un titan.
Il trouve une recette fédératrice qu’il décuple d’acte en acte. La création de mouvements en crescendo allant de la situation politique, militaire à l’expérimentation cinématographique pure, sont des motifs dominants de ce Napoléon.

Napoléon balbutie, Napoléon entre en éruption, Napoléon devient figure de proue d’un septième art naissant.
Surimpressions, caméras sur filins, transparences, caméras portées, filtres saturés, caméra embarquée sur cheval, le cinéma dans sa modernité s’écrit.
Nous étions éberlués il y a quelques années en redécouvrant le travail de Mikhaïl Kalatozov, cinéaste soviétique des années 50, et la fluidité des mouvements de caméra de Sergueï Ouroussevski…
Abel Gance plus de trois décennies auparavant faisait déjà des miracles, défiait l’impossible.
Tout comme Eisenstein, avec Le Cuirassé Potemkine, Gance s’émancipe de la littérature, du théâtre, et construit un langage nouveau. Un langage si élaboré et pointu que les réalisations contemporaines ne parviennent aujourd’hui plus à s’approprier un tel niveau d’audace.
La narration progresse tout autant à travers les textes historiques qu’à travers le façonnement de cadres où l’image n’a plus besoin de mots, de voix, car elle est expression à déchiffrer, car elle est détentrice des secrets mais également d’une conscience de dimensions invisibles transcendantales, par-delà la chair, au cœur de l’âme.
Et bien qu’il s’agisse d’un grand récit historique, Napoléon vu par Abel Gance n’en est pas moins une fiction touche à tout.
Élan poétique intime, les déambulations corses, lectures romanesques, les affres de Joséphine et Violine, film de guerre grandiose, la bataille de Toulon et les affrontement enfantins de Brienne, prolongements humoristiques, dans les accoutrements de Marat et Robespierre, ou encore récit d’aventure, dans sa traversée de la méditerranée, Napoléon est une oeuvre totale et synthèse de tous les horizons de cinéma.
Il compile ce que l’on trouvera morcelé entre différentes propositions à travers les décennies, avec des propositions parfoises majestueuses, et d’autres ingrates, que cela soit chez Sacha Guitry, Serguei Bondartchouk, Youssef Chahine, Ridley Scott ou encore Antoine De Caunes.

Napoléon de Abel Gance est un monument. Oui.
Un monument de cinéma, une fresque laboratoire, mais en aucun cas une oeuvre historique référentielle, tout au mieux une trame.
Gance se fait bien trop souvent dépasser par son rapport fantasmé à Napoléon, se fait bien trop souvent dépasser par son caractère de cinéaste non synthétique.
Dans sa folie des grandeurs, le réalisateur se laisse aller à des prolongations patriotes qui distordent les séquences monstres.
On pense entre autres à la naissance de La Marseillaise ou encore aux lectures troubles de La Terreur.
De plus certaines séquences s’éternisent, Gance ne maîtrisant pas l’ellipse, tout particulièrement lors des préparatifs de Toulon.
Napoléon plonge le regard spectateur dans une certaine perdition, dans une obscure hallucination, dans des mirages obsessionnels, dans une étrange nébuleuse surréaliste, aussi épuisante que foudroyante, aussi éprouvante que jouissive.
Face à nos rétines éberluées, un miracle s’est joué, des images éternelles ont inondé la pellicule, des séquences entières ont nourri nos rétines.
Un chef d’oeuvre vient de renaître, rejoignant les plus audacieuses créations du septième art quelque part aux côtés de Metropolis, Faust, Le Cuirassé Potemkine, Cabiria ou encore Les Nibelungen.
Abel Gance est un chien fou, Napoléon est son aboiement, qui déborde de la pellicule, qui écrase les carcans, dévore les conventions.
Monstrueux et errant, boiteux et obsédant.

Les caractéristiques technique de l’édition Blu-Ray/Blu-Ray 4K UHD
L’édition que vous avez entre les mains est le monument dont vous rêviez.
Une proposition de la part de Potemkine particulièrement complète sans jamais devenir indigeste qui a le bon équilibre entre ses différents suppléments et contenus pour accompagner le spectateur.
Image :
C’est un délice. Un pur délice.
Tout le procédé de restauration est explicité en introduction du film, et quelle aventure. Nous vous laissons vous y pencher pour décortiquer le parcours d’une restauration qui aura duré pas moins de seize ans, ayant nécessité le soutien d’un très grand nombre de structures et acteurs du cinéma.
Le cadre est stabilisé et nettoyé. Des traces du temps restent mais ne sont jamais des défauts, plutôt des traces d’une oeuvre qui fête son siècle d’existence car sachez-le le niveau de travail argentique est immense.
L’image gagne une profondeur vertigineuse, les détails sont légions, aux quatre coins du cadre, et le contraste, lui, révèle des reliefs envoûtants.
La mouture Blu-ray est un ravissement.
Mais préparez-vous, asseyez-vous, car le master 4K UHD, avec traitement Dolby Vision relève du miracle.
On avait été soufflé par les restaurations de J’accuse et La Roue mais ici c’est un prodige qui prend place, du fait de la force raffinée du Dolby Vision permettant aux filtres de couleur de saisir l’entièreté de leurs palettes dynamiques.
Nous avions vu le film au cinéma, salle classique d’un multiplexe, étrange lieu pour un tel morceau de cinéma, et l’image était déjà stupéfiante, mais finalement, chez nous, dans des conditions optimales, c’est absolument majestueux.
Merci. Merci. Merci.
Son :
L’extase ne s’arrête pas à l’image.
Le film est proposé en 5.1 ou stéréo, pour notre part nous avons embrassé la piste 5.1 et quel élan.
Napoléon mouture Grande Version est une composition orchestrale de près de 1500 pages, pensé dans l’esprit des compositions originales.
C’est gigantesque. L’enregistrement est d’une grande finesse, offre une profondeur hypnotique et joue de tous les canaux pour accompagner le regard. On pense entre autres à la séquence de la Marseillaise qui atteint des dimensions épiques d’une enivrante intensité.
Embarquez ! Au plus vite !

Suppléments :
Les suppléments sont extrêmement riches et se complètent les uns les autres avec des spécialistes pour chaque domaine abordé.
Des spécialistes, mais pas n’importe lesquels, les pointures dans leurs domaines.
Du côté de Kino Wombat, il faudra bien avouer que regarder chaque supplément risque de demander du temps, beaucoup de temps, pour apprécier et digérer cette montagne.
L’article sera mis à jour, mois après mois, au fur et à mesure de nos expéditions dans cette immensité.
Le coffret contient également le livre Napoléon vu Par Abel Gance, édité par La Cinémathèque Française, mais aussi un livret revenant sur la bande-musicale du film.
Les bonus Blu-Ray et 4KUHD sont les mêmes.
Pour le 4K, les bonus sont compilés sur les disques. Pour le Blu-ray, direction un troisième disque.
- « Autour de Napoléon » : Documentaire de Jean Arroy sur la prise de vue du film (1926, version restaurée, 59′)
- « Abel Gance et son Napoléon » : Documentaire de Nelly Kaplan (1984, version restaurée, 61′)
- « Napoléon à contre-jour » : Analyse par Élodie Tamayo, historienne du cinéma (2025, 17′)
- « La Saga du Napoléon d’Abel Gance » : Film réalisé et produit par Georges Mourier, directeur de la reconstruction et de la restauration du film (2025, 55′)
- « L’Histoire vue par Abel Gance » : Entretien avec Élodie Tamayo (2025, 33′)
- « Napoléon au cinéma » : Entretien avec David Chanteranne, historien (2025, 30′)
Pour découvrir Napoléon en Blu-Ray 4K UHD/ Blu-Ray : https://store.potemkine.fr/dvd/3545020097434-napoleon-vu-par-abel-gance-abel-gance/


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