Yuri et Ken travaillent dans un restaurant à Tokyo, elle comme serveuse, lui en tant que pâtissier. À l’heure de la fermeture, à la nuit tombée, Ken ramène Yuri dans sa voiture. En chemin, ils prennent une auto-stoppeuse bientôt sujette à une crise d’hystérie qui la pousse à se scarifier. Agacé, Ken l’éjecte du véhicule, puis pris de remords, il s’arrête. Mais quand il retrouve la fille, celle-ci est morte. Yuri et Ken se rendent alors dans une décharge où ils se débarrassent du corps. Unis par le crime, les deux collègues se retrouvent chez Ken où, excités par cet événement, ils réalisent que le meurtre et la torture agissent sur eux comme un aphrodisiaque.

| Réalisateur : Yasuharu Hasebe |
| Avec : Tamaki Katsura, Yutaka Hayashi |
| Genre : Roman Porno |
| Pays : Japon |
| Durée : 72 minutes |
| Date de sortie : 1976 (Japon) Décembre 2025 (Blu-Ray) |
Le Chat Qui Fume est de retour avec des films tout droit sortis des coffres de la Nikkatsu.
Et bien que régulièrement nous tombons sur les films comme la foudre pour décrier leurs contenus, il faut avouer qu’on y revient toujours, pour soulever une page curieuse du cinéma japonais, celle du pinku eiga, du Roman Porno, et d’une liberté de création de jeunes auteurs issus d’une génération étant née durant la guerre et évoluant post-occupation.
Les cassures et chaos grondent, parfois trop, révélant un mal-être profondément dérangeant.
C’est le cas de nouveau aujourd’hui avec Assaut ! Jack L’Eventreur réalisé par Yasuharu Hasebe.

Crème. Lames. Crimes.
Figure de proue des productions Roman Porno de la Nikkatsu, tout du moins chimère réputée mais insaisissable, probablement du fait de son titre-clin d’oeil au célèbre éventreur de Whitechapel, Assaut ! Jack L’Eventreur est une curieuse proposition aussi agaçante qu’attirante.
L’histoire tient en quelques lignes.
Yuri et Ken travaillent ensemble dans un restaurant spécialisé dans les pâtisseries. Un soir de pluie, Yuri demande à se faire raccompagner par Ken, en voiture.
Sur la route, ils croisent une autostoppeuse aux tendances suicidaires. Ils percutent cette dernière qui meurt sur le coup. Le crime réveille une libido effrénée.
Le meurtre révèle les corps, Eros et Thanatos, Yuri et Ken.
Le crime pour prétexte du désir. Le crime pour se sentir vivre, pour se sentir libre.
La formule est déclinée : un crime pour du sexe.
Un algorithme décadent qui s’affaisse de par l’addiction à la violence. La dose se doit d’être toujours plus importante pour une récompense de plus en plus maigre. Les meurtres s’intensifient, le sexe disparait.
Ken métamorphose son organe par la lame, pénètre la chair.
Cela aurait pu être Bonnie & Clyde, modulation d’Arthur Penn, mais ce n’est qu’aliénation gratuite.
Ultra-violence. Sadisme nauséeux. Jouissance morbide.

Cependant, il serait se méprendre que de ranger trop tôt le couple criminel états-uniens du gang Barrow, car ici, Hasebe, bien que cherchant tous les raccourcis pour créer de l’impact graphique graveleux et aligner les féminicides, le cinéaste distille des éléments renvoyant à l’occupation, à la main mise culturelle et sociétale de l’Oncle Sam au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale poussant à la folie une population toute entière.
Ainsi, chaque crime est accompagné de la présence des Etats-Unis.
De la crème sur les tartes, élément central d’un comique à l’états-unienne, en passant par les Coca-Cola ingurgités lors d’ébats intimes à la recherche de l’ingrédient pour relancer la sexualité déclinante, ou encore la torture sur une piste de bowling désaffectée, ruine de l’occupant, pour finir par une mise à mort par voie génitale en plein coeur du cimetière à la mémoire des disparus durant la guerre, la graine de la folie germe souvent de par les fantômes d’une emprise passée.
Hasebe, en filigranes, simule le dépassement de sa simple histoire criminelle.
Tout du moins, il essaie. C’est un essai, oui, mais il semblerait que malheureusement il s’agisse d’un travail thématique illusoire pour valider ou faussement intellectualiser le propos.
Et là, tombe un parallèle, celui avec le giallo, réussissant dans ses plus grands chapitres à dénoncer une bourgeoisie décadente, et s’enfonçant dans ses phares les plus crasses à créer de la violence gratuite avec une toile de fond vaseuse.
Hasebe connaît le filon italien et c’est évident.
Tout dans Assaut ! Jack L’Eventreur sent le giallo, ce n’est pas la bande-son qui va nous contredire.
Et pourtant, dans son geste, le cinéaste japonais signe un anti-giallo, faisant fi de l’enquête, du mystère, de la police ou tout simplement de la périphérie du couple.
Il n’y a que Yuri et Ken, leurs crimes, leurs ébats.
Puis, la caméra resserre, Ken, ses crimes, le sang.
Le motif s’est évaporé, le plaisir de l’outrance a pris possession du cinéaste.
Hasebe ne conserve que les mises à mort graphiques et dans cette dimension, il est seigneur.
Seigneur inventif et infatigable.
Il en oublie le spectateur, filme pour lui, ouvre ses décadences et crée le malaise.
Celui de dévoiler une part d’intime trop grande, appuyant sur l’inutilité du récit, balancier cassé entre sexe et crimes, pour finalement n’offrir qu’un amas de cadavres, de cadavres de femmes…
Assaut ! Jack L’Eventreur raconte bien peu de choses mais est une pièce notable du Roman Porno et peut-être finalement du patrimoine culturel nippon, dans sa projection, malgré lui, de la condition des femmes au Japon, des spectres de la guerre et de la frustration des corps.
Ce n’est pas la parole d’un film mais d’un cinéaste broyé et malade se faisant dépasser par ses échos mentaux décadents.

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray
Assaut ! Jack L’Eventreur s’installe physiquement dans la droite lignée éditoriale de Le Chat Qui Fume, simple et classieux.
Un fourreau cartonné, assez épais à l’impression irréprochable, contenant l’étui scanavo.
Le fourreau est un visuel réalisé par Frédéric Domont, particulièrement attirant et éveillant la curiosité.
Le visuel de la jaquette Scanavo, quant à lui, reprend l’affiche original. Rien à redire, c’est propre.
L’édition contient également un livret avec des images de tournage proposées par la Nikkatsu.
Image :
Ce n’est pas la Rolls Royce des restaurations mais c’est une belle petite renaissance.
Lorsqu’on prend le temps de se perdre sur les anciennes captures du DVD édité par Mondo Macabro, il est évident que notre plaisir n’est pas à bouder et que nous sommes face à un travail assez rigoureux.
Les teintes chaudes étouffantes ont été gérées, bien que les peaux aient parfois des teintes saturées, et l’image s’est nettement clarifiée.
Le cadre est stable. La copie a été nettoyée des poussières, griffures et autres pocs.
L’image a été égrainée, pas totalement certes, donnant un relief pas suffisamment appuyée. Quelques bordures, sur certaines séquences sont parfois floues.
Reste que c’est un transfert stable, définitivement HD, et qu’il semble difficile d’imaginer un nouveau travail de restauration sur la bête tant la proposition est solide.
Le film fête son demi-siècle et paraît pourtant, grâce à sa restauration, bien plus jeune.
Son :
VOSTF Japonais en DTS-HD MA 2.0
La piste 2.0 en présence a été correctement nettoyée.
Le mix est très frontal, n’est pas particulièrement fin mais est très bien balancé, les aigus ne saturent jamais et les graves tiennent la distance.
Les accompagnements musicaux ressortent bien.
Le tout a un mix laissant chaque fréquence respirer.
C’est simple et cela fonctionne.

Suppléments :
• Tueurs en série par Clément Rauger (14mn) :
Clément Rauger, grand connaisseur du cinéma nippon, de la Nikkatsu et plus particulièrement du Roman Porno, revient sur la carrière de Hasebe et la place qu’occupe Assaut ! Jack L’Eventreur.
Il aborde le mélange entre faits divers et pop culture et invite à une lecture du film.
Bien que la prise de parole soit très bien menée, il reste pour nous difficile d’ériger le film au rang de chef d’oeuvre, et ce, même pour le genre. Il s’agit à nos yeux bien plus d’un film symptomatique…
• Films annonces de la collection Nikkatsu
• Livret de 8 pages de photos rares issues des coffres de la Nikkatsu
Pour découvrir l’édition Blu-Ray d’Assaut ! Jack L’Eventreur c’est par ici : https://lechatquifume.myshopify.com/products/assaut-jack-leventreur?srsltid=AfmBOoqm1IUPexZkkU97vUJukQOEtQHbIkcRc947O4XjoG0R-EC58bww


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