« Torso » réalisé par Sergio Martino : Critique et Test Blu-Ray 4K UHD

Américaine venue étudier l’histoire de l’art à Pérouse, Jane profite de la dolce vita lorsqu’une suite de meurtres sanglants frappe son université. Les victimes, deux camarades de sa promotion, ont été assassinées par un tueur mystérieux dont la signature macabre laisse la police dans l’impasse. Pour fuir l’angoisse grandissante, Jane et ses amies décident de partir s’isoler à la campagne dans une villa. Elles sont loin d’imaginer que le meurtrier rôde lui aussi dans les parages…

Réalisateur : Sergio Martino
Acteurs : Luc Merenda, Suzy Kendall, Tina Aumont, John Richardson
Pays : Italie
Durée : 93 minutes
Genre : Giallo
Date de sortie : 
1973 (salles)
Mars 2026 (Blu-Ray 4K UHD)

Le giallo a inondé nos collections ces dernières années, avec des références et des films oubliés, parfois même des films oubliables.
Dans ce torrent d’éditions, il reste des films cultes qui ne sont plus disponibles, à moins d’y mettre le prix sur des éditions de seconde main, c’est le cas de l’emblématique Torso, édité avec brio, comme toujours, par The Ecstasy Of Films, il y a près de dix ans.

Reste que pour ceux qui prennent le train en marche, Torso est un virage important qui semblait presque insaisissable.
Cependant, suite à une nouvelle restauration, Carlotta a plongé dans les entrailles du cinéma italien pour en extirper le Magnum Opus de Sergio Martino, et proposer le tout dans une superbe édition 4K UHD.

Sortez vos scies !

Torso, Révolutions et Cadavre Exquis

Nous sommes en 1973, cela fait déjà trois ans que Dario Argento est arrivé derrière la caméra et que le giallo s’est métamorphosé.
Il est devenu plus violent, sadique, érotique et labyrinthique.
Le genre a grandi. Il est désormais un sale garnement, radical et provocateur, qui s’en prend frontalement à une bourgeoisie malade, fantôme du fascisme. Il s’agit d’une colère populaire, d’une grande farce où l’on observe les classes dirigeantes se détruire dans les névroses qui font le socle même de leurs statuts.
Le giallo, à cette époque, comme une grande partie du cinéma italien qui lui est contemporain, est un buvoir des terrifiantes années de plomb. Une amertume insidieuse se glisse dans toutes les strates cinématographiques du pays, de Pasolini à Argento, de Visconti à Fellini.

Cette désillusion et violence de la société ne s’arrête pas à la porte des studios. Là où l’argent se fait flairer, qu’il soit moral ou non, les financiers débarquent.
De cette manière, les producteurs continuent à exploiter les filons -il y eut le péplum et le western, il y a le giallo et le polizziotesco, et il y aura la cannibalsploitation et les dystopies post-apocalyptiques- et ces hommes à gros sous ont tout un panel de cinéastes caméléons qui ont l’audace et le talent de parvenir en des délais très serrés à réaliser des films répondant aux commandes, remplissant les salles de troisième zone et parvenant à insérer leurs gestes de cinéastes. Le cinéma populaire finance les heures de gloire de Cinecitta.
Dans la besace, on trouve Lucio Fulci, Joe D’Amato, Umberto Lenzi, Ruggero Deodato mais aussi, celui qui nous intéresse aujourd’hui : Sergio Martino.

Sergio Martino est un sacré lascar. Il commence sa carrière en 1969 avec le documentaire Tous les vices du monde et réalise en dix ans pas moins de 23 long-métrages, majoritairement d’exploitation, allant du cinéma érotique au giallo en passant par le film d’aventure et les expéditions cannibales.
Il s’agit d’un cinéaste qui a un véritable attrait pour le geste cru, la violence frontale et la mise en scène des corps qui se tordent. Mais, tiens, ne serait-ce pas tout le programme de Torso ?

Torso est à la fois le symptôme d’un déclin mais aussi la quintessence d’une formule bis repetitae qui dégénère. Les meilleures recettes soit dit en passant.
Une limite qui tend à être trouvé, un firmament derrière lequel l’obscurité sera terriblement vorace, cette lumière ténébreuse c’est Les Frissons de L’Angoisse d’Argento, et ce qu’il se passe entre la sortie de Le Chat à Neuf Queues et le Magnum Opus du réalisateur de Suspiri.
Une foule de cinéastes se précipite dans la fissure jusqu’à la faire exploser et mener le cinéma populaire italien dans une dynamique de surenchère esthétique ultra-violente, faisant foisonner les essais visuels, et pour cela Sergio Martino est le bon disciple. Il l’avait prouvé avec L’Etrange Vice de Madame Wardh et s’affirme définitivement avec Torso.
Il pose sa marque entre l’enquête dont seul le réalisateur a la conclusion, le whodunit, rendant le spectateur témoin impuissant, vision argentesque, et la violence graphique, celle qui a explosé deux ans plus tôt avec La Baie Sanglante de Mario Bava qui expérimentait, sortait des cloisons trop codifiées du giallo, genre qu’il a porté comme géniteur.

Et justement cette juxtaposition de codes ouvre une avant-garde de cinéma d’exploitation, c’est la première étincelle d’un mouvement qui grandira chez l’oncle Sam, le slasher, un an avant Black Christmas et sept ans avant Vendredi 13.
Et c’est là toute la complexité d’approche de Torso écartelé entre divertissement criminel poussif et chef de file d’un cinéma à naître.
Sergio Martino s’essaie ici à de nombreuses expériences filmiques, particulièrement sur la question des crimes, comment filmer la lame pénétrante, comment tordre des corps plein de vie. Le cinéaste ne narre plus, il est devenu esthète, plasticien.
Le classicisme formel suranné de ces premières oeuvres se fend et le réalisateur de La Queue du Scorpion s’amuse, jouit de par la camera obscura, oublie même le récit pour libérer un imaginaire kaléidoscopique en manière de mise en scène.
Oubliez l’histoire, elle n’est que trompe-l’oeil, avec Torso vous pénétrez dans un laboratoire, fait de lames et de chair.

Martino se révèle schizophrène, ne cesse de casser les styles, donne l’impression que plusieurs cinéastes se trouvent derrière la caméra.
A la manière du tueur qui scie les corps et fourre les restes dans les sacs, mélangeant anarchiquement les dépouilles, le réalisateur livre son cadavre exquis, ambitionne de créer des ambiances à chaque mise à mort, séquences qui trouvent chacune échos dans des cinémas à venir que cela soit chez Sam Raimi, Wes Craven, Clive Barker ou encore Quentin Tarantino.
C’est à se demander si le personnage de Jane, l’étudiante états-unienne, n’est finalement pas venue en vacances en Italie pour voler des gestes de cinéma, des manières de troubler la rétine. Le film propose en cela de soulever le fantasme italien, celui qui fit trembler Hollywood.

Reste que Torso, contenons-nous, est un film de seconde zone, inspiré certes, mais terriblement boiteux.
Dans sa narration qui croise grands peintres italiens et corps malmenés, le propos est gratuit et Martino a voulu habiller la bête d’apparats intellectuels inutiles. Les échanges sont lunaires entre enseignants et étudiants, et l’existence même des personnages n’est que pour les mettre à mal. Tout est prétexte à mise en mort. Au feu les motivations du tueur !
Puis arrive alors cette union entre érotisme et horreur, le sacrifice des corps désirés, et dans ce grand cirque on ne sait plus trop ce que veut Martino. Enfin, si, nous le savons, Martino veut montrer des poitrines, des prédateurs, des hommes impuissants troquant leurs sexes par la lame, et des jeunes femmes émoustillées au premier regard.

Un cinéma aux airs de chien fou se détache, Torso, distribué aux Etats-Unis en double programme avec Massacre à la Tronçonneuse, est l’un des chaînons incontournables pour saisir la décadence des années 70 et la folie furieuse des années 80, tant en Italie, aux Etats-Unis que dans le reste du monde.
Il fait partie de cette sortie de piste furieuse, la tache dans un art du tout contrôle, tâche glorieuse qui animera la curieuse ombre que l’on nomme slasher, défouloir de lames et d’ultra-violence où l’histoire n’est que feuille de route pour le massacre.

CULTE.

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray

Carlotta a donné une place de choix au film de Sergio Martino, ouvrant sa collection prestige.
Torso est donc disponible en Blu-Ray et Blu-Ray 4K UHD.
L’édition prestige, sous forme de box reprenant les codes de cette gamme renfermant le film en Blu-Ray et 4K UHD, et renferme également de nombreux goodies (affichettes, photos d’exploitation, sticker…)

Image :

C’est miraculeux, cela faisait longtemps que nous n’avions pas posé l’oeil sur Torso et le film resplendit.
Le souvenir remonte à une édition Blu-Ray UK, mais à aucun moment nous pouvions espérer pour Torso une telle renaissance, pas que l’édition précédente était mauvaise, non, c’est qu’ici c’est tout simplement magnifique.

L’image a été nettoyée et stabilisée, le caractère organique de la pellicule est conservé offrant de belles profondeurs et une richesse dans les détails, et puis, la présence du Dolby vision dynamite la palette des couleurs, dimension pop présente dans la vision de Martino et qui retrouve ici toute sa vivacité.

La copie Blu-Ray est également exemplaire mais n’a pas cet entêtant relief fournit par la large palette colorimétrique du 4K UHD Dolby Vision.

Génial.

Note : 10 sur 10.

Son :

Version Italienne DTS-HD Master Audio 1.0 
Version Anglaise DTS-HD Master Audio 1.0

Nous n’avons à ce jour visionné que la piste italienne qui est particulièrement propre et percutante avec une bande originale marqué, des voix qui ne surplombent pas le mix et un équilibre mesuré entre les fréquences.
A noter qu’il n’y a pas la trace de saturation sur les aigus, ce qui arrive parfois sur les films des 70s.

Simple mais solide.

Note : 8 sur 10.

Suppléments :

Carlotta a fait de l’excellent travail, à nouveau, d’un point de vue éditorial en offrant une très belle édition accompagnée de suppléments qui se complètent les uns les autres et parviennent à dépasser le simple cas Torso, abordant le cinéaste, le genre et l’Italie.

  • LE PREMIER SLASHER (25 mn – HD)
    Le réalisateur Sergio Martino se remémore le tournage du film dans un entretien inédit en France.
  • GIALLO MON AMOUR (16 mn – HD)
    Le coscénariste Ernesto Gastaldi évoque la grande époque du giallo et ses spécificités en termes d’écriture.
  • UN FRANÇAIS EN ITALIE (34 mn – HD)L’acteur Luc Merenda revient sur sa carrière en Italie et sur ses rencontres avec les gens du milieu.
  • TORSO 17 (20 mn – HD)Dans cet entretien réalisé en 2017, la cinéaste Federica Martino, fille de Sergio Martino, songe à un remake de Torso.
  • UNE VIOLENCE CHARNELLE ENTRE REFOULEMENT ET DÉBAUCHE (28 mn – HD)Un entretien avec Jean-François Rauger, critique de cinéma et directeur de la programmation à la Cinémathèque française.
  • SÉQUENCE ALTERNATIVE DE JOUR (5 mn)
  • BANDES-ANNONCES (HD)
  • TEASERS
  • SPOT RADIO

Pour découvrir Torso en Blu-Ray 4K UHD :
https://laboutique.carlottafilms.com/products/torso-edition-prestige-limitee?_pos=2&_sid=6f4061efd&_ss=r

Une réponse à « « Torso » réalisé par Sergio Martino : Critique et Test Blu-Ray 4K UHD »

  1. Avatar de mangodutifully5f607ebfbd
    mangodutifully5f607ebfbd

    Salut Quentin et bravo !

    Toujours un plaisir de te lire.

    J’ai cette édition chez moi et tu m’as vraiment donné envie de découvrir le film rapidement.

    À très bientôt !

    Amicalement,

    Eric

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