La Terminal (The Bus Station) : Critique / Station(s) Sans Destination(s)

Synopsis : Baignée dans la pénombre, une gare routière au nord de Córdoba en Argentine. Attentes, arrivées et départs des bus locaux rythment la vie des travailleurs et des voyageuses. 

Réalisateur : Gustavo Fontan
Genre : Documentaire
Durée : 62 minutes
Pays : Argentine
Année : 2023
FID MARSEILLE 2023

Une gare routière du Nord de l’Argentine, à proximité de Córdoba. Les bus défilent dans le brouillard de voix qui résonnent sous les arches, dans les couloirs, aux guichets. Les corps patientent, veillent à saisir le bus qui les mènera vers leurs destins. Le temps est suspendu. Une machine de foire, un grappin téléguidé, divertit. On peut y saisir des montres, cadran pour rappeler les minutes, les heures, là où l’attente est reine. Les aiguilles, nous ne les percevons pas, elles continuent leurs courses folles, bercent les pensées, distillent la mémoire.

Le dispositif face auquel invite Gustavo Fontan est une mécanique de cinéma laboratoire, de cinéma méditatif, poussant le regard à plonger au cœur de la vie, pour l’épurer, redécouvrir ce magma dans lequel nous évoluons fait d’espace et de temps. Un dispositif intrigant qui trouve néanmoins très rapidement ses limites.
En suivant les voyageurs au rythme de la lumière du jour, ou dans la pénombre nocturne, il aurait été intéressant d’observer les modulations, les variations qui sont finalement peu révélées.
Le bal des âmes qui est esquissé se rue dans l’impasse et se cantonne uniquement à son procédé, celui de saisir un lieu sans finalement plus rien nous raconter, nous faire distinguer des espaces invisibles au fur et à mesure des éclairages, cadrages, devenant stérile, laissant la parole aux songes des individus pour contracter des bribes d’histoires amoureuses, anecdotiques, permettant durant de rares secondes de sortir de ce vide ambient qui transforme ces soixante minutes en une éternité.

Gustavo Fontan s’engage sur la piste du slow cinema, de l’expérimentation, ne posant plus l’interrogation du fond, souhaitant néanmoins traiter des lieux et des âmes, et se terre dans une organisation formelle irritante, prétentieuse et profondément inintéressante.

La curiosité tient un temps, permet d’ouvrir des attentes, d’éveiller la réflexion, travaille les interrogations, intrigue sur la direction pour vainement devenir caméra de surveillance stylisée qui ne sait plus qui ou quoi regarder, si ce n’est que les reflets, les jeux de clair-obscur, et feintant l’abstraction dans l’attente surprenante que le public créera sa propre route, là où nous préférons descendre bien avant le terminus, bien avant de se rendre compte de la supercherie.

La Terminal (The Bus Station) est une expérimentation visuelle qui n’a rien à conter, ni finalement à montrer. Quelques cadres attirent la rétine pour finalement se rouler dans des banalités et errances particulièrement affligeantes. Une grande déception, là où, la rencontre des lieux et des êtres, aurait pu être d’une grâce certaine.

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Voyages singuliers, parfois intimes, d’autres fois outranciers, souvent vibratoires et hypnotiques.
De Terrence Malick à Lucio Fulci et Wang Bing, en passant par Jacques Rivette, Tobe Hooper, Nuri Bilge Ceylan, Agnès Varda, Lav Diaz ou encore Tsai Ming-Liang, laissez-vous porter par de nouveaux horizons, la rétine éberluée.

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