Objet du documentaire : La famille que forment Alix, Harmandeep, Franck et Béatrice se situe dans un interstice entre réel et fiction.
| Réalisatrice : Pauline Bastard |
| Acteurs : Béatrice Clément, Alix Coudray, Harmandeep Palminder, Franck Chevillard |
| Durée : 54 minutes |
| Genre : Documentaire |
| Pays : France |
| Année : 2023 |
Quatre inconnus se rencontrent, quatre acteurs se croisent, un projet naît.
Chaque année, durant une semaine, sous le regard de Pauline Bastard, ces quatre êtres vont se rejoindre et se faire famille.
L’expérience perdure et le documentaire orchestré par la cinéaste s’ancre de 2017 à 2020. Durant ces années, sous forme d’épisodes, où nous découvrons les liens invisibles, les affections naissantes et l’intimité qui jaillit de l’expérience, entre réel et fiction, le film propose d’ausculter l’architecture de nos sociétés, de la cellule familiale et plus précisément de l’individu dans le groupe.
Construire Les Liens Familiaux prend le parti de s’éloigner complètement de la parole, de monter l’image à travers les silences, la position des corps, l’oscillation des regards et la force du temps, à travers un enchaînement de plans fixes, instants figés, qui offre la possibilité de scruter, d’explorer afin de sculpter la pensée, d’observer la création des liens qui unissent les êtres et la nécessité pour l’humain de vivre à travers le groupe.
Le projet est stupéfiant, nous nous affranchissons de tout et pénétrons entièrement dans cette curieuse formule muette et fascinante autour de la création des liens.
Chaque année se déroule dans un lieu nouveau, toujours à proximité des côtes, dans des espaces de vie divers, de la maison aux appartements. Tout en analysant les interactions, connexions, les distances et les proximités, des souvenirs viennent envahir notre cortex. Cette famille, somme toute factice, vient dans son organisation de vie, à finalement devenir réalité, ricocher avec nos propres regards, expériences personnelles, intimes. La proposition dépasse alors les attentes, nos cerveaux sont en ébullition, nos rétines admiratives.
Un fil se tisse reliant le spectateur au projet.
Un fil se tisse faisant de cette cellule familiale, créée pour le besoin du documentaire, une véritable unité, une constellation, écho cosmique, réfléchissant sur le moindre sujet-spectateur.
Notre regard contemple les visages qui au fur et à mesure des années, des rencontres, sont touchés, impactés. Des premières heures du séjour à la clôture de la semaine, des mimétismes, des expressions communes se dévoilent, se fondent.
Les oppositions, différences tant physiques que comportementales se lissent, s’harmonisent, pour créer une entente, une vie commune qui se fait famille.
La mécanique fonctionne à merveille et il est difficile d’accepter la conclusion tant le souhait d’accompagner ces inconnus aujourd’hui unis durant une décennie est grand, tant la moindre retrouvaille tend à développer toujours plus de complicité, d’unité et d’affection. Un désir merveilleux lorsque l’on apprend l’envie pour la cinéaste de prolonger l’expérience.
Pauline Bastard avec ce projet documentaire étonnant, s’ancre dans dans un geste de cinéma introspectif, vient à analyser nos rapports humains et les espaces invisibles qui orchestrent le lien entre les individus, forment une union pour consolider des cercles intimes, de l’artifice au réel. Construire Les Liens Familiaux est en cela un film sur l’individu et la communauté, sa capacité à concevoir des architectures humaines complexes, en respectant une démarche rituelle et laissant le temps ficeler le projet pensé comme réalité émotionnelle évidente.


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