Monisme : Critique // Songes Vibratoires Et Secrets Enfouis

Synopsis : En Indonésie, aujourd’hui : un duo de scientifiques étudie l’activité du Mont Mérapi ; une documentariste baroudeuse enquête sur les réalités socio-économiques de l’extraction du sable volcanique, accompagnée d’un mineur exploité et désabusé qui lui en dévoile les dessous ; un groupe de paramilitaires fait régner la terreur sur la région.

Réalisateur : Riar Rizaldi
Acteurs : Rendra Bagus Pamungkas, Kidung Paramadita, Whani Darmawan
Genre : Documentaire, Horreur, Expérimental
Pays : Qatar, Indonésie
Durée : 115 minutes
Année : 2023

Rendez-vous en Indonésie, au pied du volcan Mérapi, l’un des plus actifs au monde, ayant une agitation explosive et répandant régulièrement des nuées ardentes. Au pied de ce colosse, la vie fourmille, les retombées, cendres, poussières et sables sont d’une fertilité redoutable, derrière ces grondements terrifiants, laissant planer l’extinction de tout un système, se cache un monstre, pour certains, un Dieu, pour d’autres.
Autour de ce fascinant, et effrayant, environnement les Hommes se segmentent allant des groupes paramilitaires aux scientifiques en passant par les communautés spirituelles et les ouvriers, pour créer un monde aux intérêts divergents, attiré néanmoins vers le même monticule : Mérapi.

Riar Rizaldi prend le pari de la non-fiction. Le cinéaste est parti durant plusieurs années à la rencontre de la population et des différents pôles qui font la vie dans cet espace défini.
Au fur et à mesure des témoignages, la société indonésienne s’est dévoilée entre autoritarisme, explorations scientifiques et fanatisme.
Dans ce triangle des croyances en la dictature, en la nature, en le divin, une quête d’une puissance supérieure ne cesse de grandir.
Que les individus cherchent à dominer, à comprendre ou bien à s’élever, toutes les actions tendent vers le volcan, riche en minerais, en secrets, et source d’enrichissements économiques, scientifiques ou bien spirituels.
Le réalisateur réussit à trouver dans cette exubérance naturelle périlleuse, le volcan, un point de convergence étonnant entre entités que tout oppose et afin de scinder ces récits, ces histoires, sans jamais entrer dans le champ du documentaire et esquivant continuellement les frontières de la fiction, il ouvre un espace nouveau de cinéma.
Entre mise en scène et images d’archives, les formes, les réflexions et les expérimentations portent la proposition vers des strates rarement exploitées ou la multiplicité de formats vient à toucher des zones jusqu’à présent inaccessibles.

La liberté de parole du réalisateur est acide, directe et âpre, ouvrant le projet par une scène de torture éprouvante et cultivant tout du long l’inconfort, le danger omniprésent, le péril jaillissant.
Riar Rizaldi construit un espace hors de tout contrôle entre la divine montagne et la ville, il définit la jungle comme étendue hors la loi, comme territoire sauvage, barbare, où la loi du plus fort règne.
Dans cet entre deux impitoyable, le cinéaste dessine tout un pays, son Histoire, son évolution sur des millions d’années et brume, puis brûle, l’avenir comme si l’épée de Damoclès s’était déjà décrochée, comme si l’extinction était imminente, les ouvriers ayant trop exploité les ressources, jusqu’à faire jaillir la lave, les milices, ayant abattu et torturé des innocents, jusqu’à nourrir la terre de sang, et les croyants, s’adonnant à des rites nocturnes hallucinés, jusqu’à réveiller les divinités oubliées. L’humain n’est qu’un chapitre pour la Terre, un intermède cosmique.

Quelque part entre Apichatpong Weerasethakul, Lav Diaz et Tsai Ming Liang, Monisme joue des expressions, des genres, des motifs. Tantôt archiviste, tantôt horrifique, tantôt halluciné, tantôt scientifique, la réussite est totale et la captation de ce microcosme, se répercutant sur le sort de l’humanité est étourdissant.
Le cataclysme se joue au-delà de la corruption, des analyses scientifiques et des vénérations divines. Durant ces instants, sur les bordures de nos visions, la nature prend sa revanche, vient à nous rappeler la seule puissance supérieure à respecter, à honorer.
Dans notre aveuglement occidental, le vertige prend à la gorge, appuyant sur notre impuissance et fait ressentir le fragile équilibre entre vie et mort. Riar Rizaldi pour son premier long-métrage vient de graver nos rétines, nos mémoires.

Laisser un commentaire

Ici, Kino Wombat

Un espace de recherche, d’exploration, d’expérimentation, du cinéma sous toutes ses formes.
Une recherche d’oeuvres oubliées, de rétines perdues et de visions nouvelles se joue.
Voyages singuliers, parfois intimes, d’autres fois outranciers, souvent vibratoires et hypnotiques.
De Terrence Malick à Lucio Fulci et Wang Bing, en passant par Jacques Rivette, Tobe Hooper, Nuri Bilge Ceylan, Agnès Varda, Lav Diaz ou encore Tsai Ming-Liang, laissez-vous porter par de nouveaux horizons, la rétine éberluée.

Let’s connect