Simon : Critique / Distortions Fraternelles & Chaos à l’Entre-onde

Synopsis : Simon répond à un appel de son frère qui est en pleine crise de nerfs, roulant vite avec sa petite fille sur le siège arrière. Le cœur de Simon s’emballe tandis qu’il implore son frère de s’arrêter.

Réalisateurs : Ben Conway & Peter J. Mccarthy
Acteurs : Aaron Monaghan, Heather Lynn, Mark Lawrence
Genre : Drame
Durée : 13 minutes
Pays : Irlande
COURT-MÉTRANGE 2023

Au lendemain d’une soirée bien arrosée, avachi dans son lit, et quitté discrètement par la compagne d’une nuit, Simon se réveille. Les yeux collés, il reprend possession du lit.
Son téléphone sonne. À l’autre bout du fil, son frère, en pleine crise de nerfs, d’angoisse, roulant dangereusement et à vive allure sans réel itinéraire, sa jeune fille, Ella, est présente sur la banquette arrière. Elle s’égosille.
Au fur et à mesure de la conversation, nous découvrons le chaos, celui d’un homme qui ne sait plus par où tenir son chemin de vie, celui d’un homme qui dévore le bitume mettant sa vie et celle de son enfant à l’épreuve.
Bienvenue dans les sourds échos de nos consciences, là où nos capacités à contenir le mal atteignent leurs limites.

Filmé en plan séquence, la caméra de Ben Conway et Peter J. McCarthy, filme la plongée dans les ténèbres de Simon, témoin impuissant.
Pour cela, le duo a travaillé toute une déambulation mais aussi une gestion, de l’espace et des cadrages, minutieuses pour refléter l’état émotionnel interne du personnage.
Ainsi à travers les gestes et paroles du protagoniste principal interprété par l’hypnotique Aaron Monaghan, les cinéastes ont trouvé un savant mélange pour immédiatement installer le personnage dans une réalité tangible, absorbant entièrement notre attention, face à cet individu qui en une poignée de secondes se trouve installé et défini d’une manière stupéfiante.
Nous suivons Simon, à la recherche d’une stabilité face à un frère hystérique qui à tout moment risque de se crasher.
Débute alors un cheminement tout en balancier, où le moindre élément d’expression, d’une part, corporel, ses mouvements, tout comme sa position entre la maison surélevé et la mer qui avale la moindre parcelle terrestre, d’autre part, langagier, avec les oscillations de ton et de vocabulaire, ouvre les portes à de nouvelles interprétations, de nouveaux affinements pour discerner qui est Simon et créer des pistes de traverse pour dessiner sa vie et surtout sa relation avec un frère dans l’impasse. Les questions ne cessent de dévorer nos imaginaires.

Vient alors le second tour de maître du film, son usage du hors champ, qui croisé avec le plan séquence, geôle de nos regards, prison commune avec Simon, décuple l’intensité du court-métrage et pousse à des sentiments entre colère, espoir et tétanie. Nous sommes pris de vertiges.
Chaque échange est un pas de plus vers l’enfer, un voyage au cœur des troubles psychiques, des saturations et charges mentales excessives.
Soit, le bilan d’un monde qui essore ses citoyens jusqu’à la dernière goutte de sueur, jusqu’aux frontières psychologiques.

Simon de Ben Conway & Peter J. McCarthy est un véritable tour de force en matière de mise en scène et de direction d’acteurs, exposant ces deux nouveaux noms à la lumière des regards cinéphiles, et portant à nos consciences l’immense talent de Aaron Monaghan.
A travers les ondes, les messages tout en oscillations et saturations, Simon nous montre ainsi le fin et fragile lien entre les êtres et la troublante facilité avec laquelle nous pouvons nous retrouver seuls, terrifiés, face à l’ivresse mortifère de l’âme, jouant aux funambules, aveuglément, avec la vie, avec la mort. Tout aussi enivrant que terrifiant.

Une réponse à « Simon : Critique / Distortions Fraternelles & Chaos à l’Entre-onde »

  1. Avatar de Peter J McCarthy
    Peter J McCarthy

    Merci beaucoup. Une critique très impressionnante de notre film Simon. De jolis mots et très bien écrits. Très appréciée.

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