Synopsis : Un raz de marée inonde une partie de la côte de Tokyo. Après avoir pensé qu’il s’agissait d’une catastrophe naturelle, les scientifiques se rendent compte que le responsable de ce désastre n’est autre que Godzilla, une créature géante prête à tout détruire sur son passage.
| Réalisateurs : Hideaki Anno, Shinji Higuchi |
| Acteurs : Hiroki Hasegawa, Yutaka Takenouchi |
| Genre : Kaiju, Drame politique |
| Durée : 120 minutes |
| Date de sortie : 2016 (Japon) / Décembre 2023 (France) |
| Pays : Japon |
La fin d’année 2023 aura été marquée par le grand retour de Godzilla, dénué de la médiocrité américaine, et s’élevant avec réussite au pays du soleil levant avec Godzilla Minus One, petite réussite kaiju avec un sens du mélodrame saisissant,
Une sortie qui aura permis de faire d’une pierre deux coups en France en proposant tout autant sur les écrans ce nouvel opus mais également l’inédit Shin Godzilla, sorti 6 ans plus tôt.
L’événement Shin Godzilla en salles françaises provient du partenariat entre Spectrum Films et Splendor.
Une arrivée qui a très vite été suivie d’une sortie streaming via FilmoTV, mais surtout d’une sortie coffret Blu-Ray / 4K UHD assez conséquente.
L’article reviendra en deux temps autour de l’édition proposée par Spectrum Films :
I) La critique de Shin Godzilla
II) Les caractéristiques techniques de l’édition
I) La critique de Shin Godzilla
Baie de Tokyo, journée ensoleillée, pas un nuage à l’horizon. Un yacht dérive au large. A son bord, il n’y a plus personne, seuls d’étranges documents remplissent l’embarcation.
Une vibration parcourt le bassin tokyoïte. Un geyser déchire le ciel. Les tunnels s’effondrent.
Le premier ministre prépare son communiqué autour d’un phénomène naturel dramatique, mais rationnel.
A la télévision, les médias, eux, ont les caméras braquées sur une étrange tentacule sortant des flots. La population est prise de panique. La créature qui semblait vivre dans les eaux se hisse sur la terre ferme. L’organisme au physique de triton évolue à vue d’oeil.
Le gouvernement est impuissant, incapable de gouverner.
Le chaos s’empare des rues, la machine bureaucratique s’enlise, les relations internationales se tendent.
La possibilité d’interventions armées dans la capitale ravive les souvenirs douloureux d’une Seconde Guerre Mondiale, les spectres encore criards de l’impérialisme américain grondent au loin.
Pendant ce temps, la bête avance, les quartiers s’effritent, s’effondrent.
La ville change de visage. Le monde découvre les ténèbres qui ont savamment et minutieusement été occultés depuis de nombreuses décennies. Ce qui avait été enterré resurgit.
Réalisé par Hideaki Anno, père de la saga Evangelion, et Shinji Higuchi, nom auquel on doit la réalisation de L’Attaque Des Titans, Shin Godzilla est une oeuvre qui focalise le regard sur l’humain, à travers sa civilisation auto-destructrice, avant de se concentrer sur la bête.
On y ressent les fourmillements au coeur de la nation, les structures trop rigides en proie à l’effondrement, le tout par le prisme des organes politiques du pays, à la rencontre d’une impasse bureaucratique et démocratique où les dirigeants fuient les responsabilités, où personne ne souhaite être décisionnaire.
Godzilla est le miroir de nos impasses muettes.
Un retour de bâton effrayant, où à force de jouer aux dieux, à force de titiller le nucléaire, à force de distordre le réel, d’annihiler la moindre trace de nature, l’humanité se retrouve face à l’écosystème qu’il a perverti, dévié.
L’évolution est détraquée, Godzilla mute à vue d’oeil.
Un métabolisme nouveau est né. Nous en sommes à l’origine.
Un nouveau métabolisme est né, qui risque bien de nous remplacer. Le moindre réseau trophique est en passe de disparaître, de se transformer.

Dans ce combat confrontant notre civilisation à la salamandre géante, il y a tout à la fois notre péril mais aussi celui de la Terre toute entière.
Tout a été recouvert de béton, d’asphalte, la jungle urbaine est la nouvelle norme, rejetant gazs toxiques et déchets nucléaires.
Le duo de réalisateurs parvient à faire ressentir la planète comme un tout au bord du gouffre et porte un regard d’une empathie fascinante envers Godzilla.
Ils appuient la conscience, sans jamais verser dans la moralisation, au fur et à mesure du chaos en présence autour du rejet de notre propre espèce. Ils font de l’humain une erreur cosmique, entité vivante organisant sciemment des bombardements contre sa propre population.
L’humain maltraite l’atome, sous couvert de progrès, jusqu’à le soumettre au crime, jusqu’à en faire mort là où il devrait porter la vie.
Godzilla transparaît alors non plus comme menace mais comme gardien, force céleste, si ce n’est divine, lancée sur la planète bleue afin de réguler un évident et terrifiant naufrage.
La prouesse de ce Shin Godzilla est autant de réussir à mettre une déculottée aux productions américaines autour de la grande bête, avec son budget de tout juste 15 millions de dollars, que de retravailler le champ du cinéma grand public, d’établir une nouvelle passerelle vers le cinéma de divertissement sans sombrer dans l’absence de matière grise, en passant par un sincère travail autour des dynamiques narratives et structurelles.
Les effets visuels, eux, ne révolutionnent rien, ils sont parfois même médiocre, mais il y a cette force, une créativité particulièrement audacieuse où finalement les rugosités techniques s’évaporent et laissent nos rétines aux rêveries, à la fascination.
Shin Godzilla va à l’essentiel dans sa démonstration de gigantisme, ne déborde pas et évite l’excès.
La réalisation trouve la balance idéale pour développer le scénario sans jamais oublier le grand spectacle.
L’intrigue n’est pas un simple décorum pour Godzilla mais une véritable structure, un espace où il aurait été possible de placer le lézard uniquement en hors champ sans jamais amoindrir notre attention, sans jamais décevoir.
La lecture politique du pays n’a jamais été aussi centrale et acide.

En abordant cette figure classique du cinéma japonais sous un axe singulier, Shin Godzilla parvient à cracher une giclée corrosive au visage des élites japonaises, une déferlante pleine d’humour glaçant.
La silhouette du naufrage étatique et médiatique que fut Fukushima, le regard des Etats-Unis sur la défense nationale du pays et la course aux technologies avec la difficile convergence écologique, toutes les thématiques qui cisaillent en silence le pays jaillissent de manière frontale et puissante.
Il est possible de percevoir les failles du colosse nippon, entre les rires douloureux, les chaussées qui se dérobent métamorphosant la vile, les flots de civils tétanisés et les projections nucléaires de la difforme salamandre.
Shin Godzilla est une proposition en dehors des normes de la fresque Godzilla, un souffle inespéré pour ce chapitre 31 des aventures de la bête.
Hideaki Anno et Shinji Higuchi font ici preuve d’une redoutable intelligence tant dans l’écriture, que dans le montage épileptique couvrant alors tout autant de sujets que d’âmes stupéfaites déboulant sous nos yeux, du civil jusqu’au premier ministre.
Au-delà du film de Kaiju, ayant toujours eu un sous-texte politique, le film est un véritable pamphlet sur les relations internationales et les tensions endormies.
Godzilla soulève les flots, fend la Terre et révèle les pensées refoulées, celles ancrées depuis si longtemps dans la roche que leurs réapparitions pourraient nous pousser vers la fin de nos civilisations. Un choc.

II) Les caractéristiques techniques de l’édition
Image :
L’édition contient le film sur trois supports : DVD, Blu-Ray, Blu-Ray 4K UHD. Nous reviendrons essentiellement sur les disques Blu-Ray et 4K UHD.
– Le disque Blu-Ray :
La proposition est plutôt nette, lumineuse et la gamme de couleurs, assez terne, respectueuse du film.
Les scènes de nuits ont du mal à fournir des noirs profonds et à laisser respirer certains détails.
De jour, le piqué est assez poussé, donne aux décombres un véritable fourmillement et laisse paraître de belles textures, sans pour autant nous retourner le globe oculaire d’extase.
– Le disque 4K UHD :
Nous ne sommes pas ici sur un disque 4K UHD qui porte les sommets du support.
Vous ne serez pas plaqués au dossier de votre fauteuil face au master en présence.
Cependant, on trouve sur le disque un gain certain.
Les détails les plus éloignés, les arrières-plans se trouvent bien mieux définis et précis, la fluidité des mouvements l’est également.
Les couleurs gagnent en richesse de tonalité et donnent à voir certains reliefs que nous ne pouvions atteindre avec le Blu-Ray.
Cette superposition entre travail des couleurs, qui donne aux séquences de nuit une belle stabilité, et piqué plus affiné, offre une profondeur de champ appréciable.
Son :
Version Originale 3.1 : Paramétrage sonore pour le moins surprenant et très frontal, cette configuration uniquement centrée sur l’avant de la scène sonore reste particulièrement bien défini et organisé.
Il y a une véritable clarté et de beaux dynamismes, particulièrement sur les accompagnements instrumentaux.
Le paysage sonore est une réussite avec un équilibre réussi entre les fréquences et la présence de basses correctement proportionnées.
Version Originale 2.0 : La piste originale 2.0 est de très bonne facture bien que moins précise et minutieuse que sa soeur 3.1.
Le tout reste extrêmement clair mais perd en dynamisme. Une bonne option pour les non détenteurs de Home Cinema.

Suppléments :
Sur disque Blu-Ray :
- Commentaire audio de Fabien Mauro et Nicolas Deneschau (également disponible sur le disque UHD): Préparez-vous car les deux spécialistes du Kaiju en présence sont particulièrement précis et méticuleux. Ils relèvent le moindre détail à l’écran pour s’enfoncer dans d’extraordinaires déambulations tant autour du film, qu’en périphérie à la rencontre de l’Histoire du Japon, de son cinéma et de ses pratiques, croyances.
Fabien Mauro que nous avions découvert avec l’édition Potemkine de House, puis avec le coffret The Jokers autour de Kenji Misumi, continue à nourrir nos pavillons et nous fascine tant par son didactisme que par le nombre d’informations à la seconde qu’il délivre.
Concernant Nicolas Deneschau, que nous découvrons ici, il s’agit également d’un déluge d’interprétations et prolongations, d’informations et de détails, qui s’ouvre à nous.
DINGUE. - Interview de Shinji Higuchi (23 minutes) : Entretien réalisé par Fabien Mauro, la rencontre avec Shinji Higuchi est l’un des suppléments incontournables de l’édition.
Les questions posées tant autour de la Toho que de la direction artistique, mais aussi des influences plus ou moins directs qui ont donné l’identité au film, trouvent des réponses très complètes et intéressantes. Ne ratez ce supplément sous aucun prétexte.
A noter que des coquilles se sont glissées dans les menus autour du nom de Shinji Higuchi… - Bêtisier : Nous ne sommes pas drôles et n’aimons pas les bêtisiers.
- Bandes-annonces
Sur disque Blu-Ray Bonus :
- Présentation par l’équipe de Capture Mag (71 minutes) : L’équipe de Capture Mag revient autour de Shin Godzilla en explorant le film sous toutes ses coutures.
Le duo en présence explore tout d’abord la carrière des réalisateurs, rebondit sur l’importance d’Evangelion, et le travail en compagnie de Miyazaki sur Nausicaa, concernant la carrière de Hanno.
Le cinéma de Kaiju est exhumé pour mieux resituer Shin Godzilla. Le film est examiné de fond en combles, des métamorphoses de Godzilla jusqu’au traitement du chaos civilisationnel.
Les coulisses techniques et anecdotes de création fusent et l’on se retrouve embarqué dans une odyssée fascinante autour du film. - Making of (30 minutes) : Nous sommes souvent frileux des making-of en provenance du Japon, ces derniers prenant parfois la forme de contenu uniquement promotionnel avec une rythmique harassante et une voix-off déconcertante.
Ici, ce n’est aucunement le cas.
Durant 30 minutes, il nous est possible de découvrir le plateau, la préparation des cadres, l’organisation des lieux, le tout recoupé par des témoignages de membres de l’équipe du film.
Une science de la minutie se révèle et il est hypnotique de découvrir la direction artistique tant dans la gestion des acteurs, des maquettistes, que des figurants.
Dans les détails du contenu, des images restent en nous, celles du calibrage de la hauteur des micros dans la salle de gestion de crise, celles de la destruction des maquettes, ou encore celles du Godzilla animatronique non utilisé. - Modules sur les effets spéciaux (28 minutes) : Du storyboard aux incrustations d’effets spéciaux numériques, des ébauches numériques difformes au résultat final, découvert en regardant le film, il est particulièrement excitant de voir à l’action cet art de faire naître l’invisible, à portée de clics. Intrigant.
- Conférence de presse (112 minutes) : A la rencontre de la frénésie Godzilla lors de le conférence de presse, du jet privé aux couleurs de la salamandre nucléaire jusqu’au lieu de la conférence, en passant par la première du film et l’excitation palpable de la ville, le supplément donne à voir l’importance singulière de la franchise au pays du Soleil Levant.
Cependant, après déjà tant de contenus, il est difficile de ne pas tomber dans des redites d’autres suppléments, et surtout de garder une attention soutenue durant ces 112 minutes. - « Godzilla Project » by I:Cube (10 minutes) : Essai musical de I : Cube, figure importante de la scène electro française, avec un montage des images du film retravaillées. Un voyage sensoriel intrigant.
La partie suppléments aurait touché la perfection avec un livret d’accompagnement plus conséquent et en français.

Avis général :
Spectrum Films vient de frapper très fort en proposant ce titre encore inédit dans l’hexagone, certainement le plus singulier de la saga Godzilla, avec son coffret conséquent tant en matière de supports, UHD, BR et DVD, que de contenus.
Les masters son et image bien que n’étant pas des vitrines technologiques restent de très belles propositions et soulignent le professionnalisme, qui n’est plus à prouver, de l’éditeur.
Malgré le prix, monolithique, cette sortie reste une incontournable, et incroyable, proposition éditoriale.


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