Synopsis : Des amis partent sur une île grecque pour se divertir. À leur arrivée, ils découvrent un village désert. Puis une de leurs amies disparaît mystérieusement. Tout le monde se met à la chercher. Dans une cave, ils vont découvrir une jeune fille terrifiée et hystérique, cachée dans un tonneau.
Progressivement, l’horizon éditorial français exhume des pans entiers du cinéma italien, réalisateur après réalisateur.
Les années passées ont vu arriver jusqu’à nos rétines éberluées des morceaux conséquents des filmographies de Dario Argento, Lucio Fulci, Umberto Lenzi ou encore très récemment Sergio Martino et Aldo Lado.
Cependant, certains cinéastes incontournables de la même époque, provenant de courants connexes, connaissent plus difficilement ce shonneurs. C’est le cas de Michele Soavi, Ruggero Deodato, Lamberto Bava ou encore Joe D’Amato.
C’est sur ce dernier que notre désir se porte le plus. Le cinéaste à la filmographie de plus de 200 films se trouve être assez difficile d’accès dans l’hexagone.
Au fur et à mesure des années, quelques copies restaurées ont pu accéder à nos collections, un ensemble qui constitue un simple échantillon résiduel, alors qu’outre-atlantique pléthore de sorties honorent le travail du réalisateur.
Cependant, depuis la sortie du formidable documentaire Inferno Rosso autour de Joe D’Amato, présenté à Berlin, la lumière a retrouvé le chemin du cinéaste maudit.
En un peu plus d’un an, plusieurs classiques sont remontés à la surface qu’il s’agisse de Blue Holocaust, Horrible, La Mort A Souri A L’Assassin mais aussi un titre bien plus confidentiel tel que l’étrange La Nuit Erotique Des Morts-Vivants.
Malgré toutes ces merveilles de cinéma artisanal, il manquait encore à ce jour le film culte de cette filmographie singulière et outrancière : Antropophagus.
Une sortie inespérée qui trouve cependant naissance entre les mains d’un tout jeune éditeur, Video Popcorn, avec ce titre incontournable et attendu.
L’article autour de l’édition Blu-Ray d’Antropophagus prendra la forme suivante :
I) La critique d’Antropophagus
II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray
I) La critique d’Antropophagus
Les îles grecques, l’après saison, il fait encore chaud et les touristes ont déguerpi.
Seuls quelques malins, sans enfants, en dehors des périodes scolaires, se lancent en quête de l’aventure hellénique.
Fraîchement débarqués, une bande de copains s’organise un tour des îles grecques.
Sur leur chemin, ils rencontrent une jeune femme qui doit retrouver des amis sur une île reculée, et, qui depuis quelques jours du fait de la basse saison, n’est plus desservie.
La petite troupe revoit son itinéraire et commence par ce lieu autarcique, où les bateaux ne se rendent plus, où les habitants semblent s’être volatilisés.
Sur place, une étrange atmosphère plane. Leur embarcation est désamarrée.
La petite troupe est alors retenue au coeur du village fantôme. L’exploration débute, à la recherche d’aide.
Dans la pénombre l’horreur approche.
Réalisé en 1980 par Joe D’Amato, Antropophagus est tout autant une synthèse bis, voir ultra-bis, des années 70, que l’annonce d’une décennie 80’s sous le prisme du gore, des outrances visuelles et de l’horreur décomplexée.
Il y a ainsi de très nombreux clins d’oeil et inspirations évidentes dans ce film culte du cinéaste italien, d’un point de vue tout autant narratif que visuel.
De la sorte, l’axe scénaristique prend de grandes lignes au classique de Tobe Hooper, Massacre à La Tronçonneuse, avec l’arrivée de l’auto-stoppeur, ici l’auto-stoppeuse, et le chemin tracé vers les espaces reculés, où la bête, homme surnaturel dans ses dimensions tout comme dans sa psyché, à tendance cannibale, se lance à la poursuite des protagonistes du récit. Gunnar Hansen devient George Eastman, l’horreur à l’italienne s’installe.
Néanmoins, il serait trompeur de penser que D’Amato n’a fait que jouer de calque car ce dernier est bien plus adepte de collage, de bouillon référentiel. La dimension visuelle est tout autre que l’image poisseuse de Hooper.
Antrophagus est une expérience qui plonge dans l’exotisme et l’horreur surnaturelle, une structure graphique qui rappelle tout autant L’Enfer Des Zombies réalisé par Lucio Fulci que Les Rescapés De L’an 2000 réalisé par Narciso Ibáñez Serrador. Une pâte qui vient se distinguer de ces derniers, tout en variations, grâce à la touche Joe D’Amato, bain savoureux d’Eros et Thanatos.
L’aventure nous guide dans un tournant chez le cinéaste italien, à quelques encablures de ces premiers pas dans le X, s’écartant légèrement de la chair qui excite pour mieux chercher la carcasse qui lancine.
Il y a dans ce Antropohagus un juste rythme qui évite toujours au regard spectateur de décrocher, de se perdre, face à une histoire qui ne raconte rien, face à des personnages inexistants, et un jeu d’acteurs douteux.
Le tour de passe-passe, pour maintenir la rétine affûtée, entre espaces labyrinthiques et accents gore est savamment maîtrisé.
Ce parcours sous forme de dédales pousse le regard à ne plus réussir à structurer l’espace, à être pris d’incompréhension, et ouvre deux possibilités d’expérience : être circonspect par cette gestion des lieux hasardeuse, rejeter ce foutoir dégénéré ou bien demeurer fasciné par cette construction quasi abstraite qui expédie le film dans le champ des rêveries, des imaginaires macabres, entre village, forêt, villa excentré, catacombes et bords de mer.

Dans ce mirage de cinéma horrifique, D’Amato travaille son art du scandale, sa maîtrise de l’image qui entaille la rétine, son irrévérence face à un classicisme mortifère. Le film se traîne d’ailleurs une nauséeuse réputation de film extrême depuis sa sortie, alors qu’aujourd’hui, face à Antropophagus, il est difficile d’être transi de terreur.
Reste que le cinéaste, en quelques séquences « chocs », soulève des actes de barbarie, des gestes de sauvagerie, qui encore en 2024 pourraient lui être reproché, et attiser de nouveau le scandale.
La proposition faite est une étrange expérience, un voyage que le temps avait déformé dans nos esprits, une expédition que nos fantasmes avaient nourri, et qui aujourd’hui a curieusement vieilli.
La terreur s’est évaporée mais des charmes surannés sont apparus, ceux du jeu primitif de George Eastman, ceux de cette mise en scène labyrinthe où D’Amato semble improviser ses gestes de metteur en scène, ceux de cette création cinématographique d’artisan que nous ne reverrons certainement plus à l’avenir, ceux d’une liberté jubilatoire vrillant à l’errance.
Antropophagus est toujours un titan, un monstre du bis, si ce n’est une créature crépusculaire de l’ultra-bis, qui ne recèle que peu de qualité en matière de cinéma, mais détient bien plus, la fougue créatrice, la volonté derrière chaque image de ne rien regretter, de plonger dans l’abîme pour ressortir les tréfonds des organes révulsés d’un cinéaste hors du commun, concevant des oeuvres singulières, cauchemardesques, boiteuses et rêveuses.

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray
L’édition Vidéo Pop Corn est proposée au format digipack, avec fourreau extérieur glacé et assez fin.
Les panneaux intérieurs reprennent des images du film et un livret de 20 pages concocté par l’incontournable David Didelot y est glissé.
Reste qu’à notre goût la typographie et la taille des caractères au verso de l’édition sont étrangement proportionnés et calibrés.
Image :
La restauration proposée par Vidéo Popcorn, par leurs soins, est une belle première réussite.
Nous nous rappelions d’une ancienne édition DVD assez fatiguée et redécouvrons alors le film.
Le travail autour de la luminosité, des contrastes ainsi que de la colorimétrie permet à Antropophagus de renaître, d’accrocher le regard.
Ce travail de nuancier, sans jamais dénaturer l’oeuvre, à la recherche du regard D’Amato vient prendre toute son ampleur de par le travail du piqué et la profondeur inattendue qu’offre la restauration.
Les textures enivrent, qu’il s’agisse du sang, de la chair ou bien même les murs d’un blanc écarlate du village grec.
Cependant, comme indiqué par l’éditeur, certaines séquences n’ont pas eu la possibilité de bénéficier d’un traitement aussi sympathique, elles sont peu nombreuses et ne perturbent aucunement l’appréciation de l’oeuvre.
Lancez-vous dans ce voyage entre soleil écrasant et organes exultants sans hésiter !
Son :
Trois pistes sonores sont en présence.
Du côté de Kino Wombat, nous ne nous sommes aventurés que du côté de la piste italienne. Il est fort possible que le test autour des pistes sonores s’étoffe à travers le temps avec de possibles revisionnages de notre part.
Italien DTS-HD mono : La piste propose un très bon rendu, ne saturant à aucun moment, offrant de beaux équilibres entre les séquences et malgré le caractère frontal de la proposition, une certaine profondeur se fait ressentir.
Les ambiances sont bien restituées et nous sommes surpris par certaines atmosphères captivantes.
Les différentes lignes, voix, ambiances et bande originale, se laissent mutuellement respirer.

Suppléments :
Quelques suppléments pour cette première édition du côté de Vidéo Pop Corn :
- Un livret renfermant un texte de David Didelot (20 pages) : L’expert en cinéma bis et rétines cisaillées propose un texte, comme toujours, fascinant autour de Joe D’Amato, sa filmographie et le cas Antropophagus.
Le spécialiste explore de manière concise et précise la carrière du cinéaste et offre une déambulation autour du cinéma italien, ses acteurs, producteurs et créativités.
Par la suite, Didelot s’engage sur la trace d’Antropophagus et réalise une très belle présentation autour du film.
A ne surtout pas rater. - Entretien autour du film avec Arnaud Bordas (42 minutes) : Entretien fleuve et passionnant, chez le barbier, en compagnie de Arnaud Bordas qui revient dans toutes ses latéralités sur Joe D’Amato et Antropophagus. L’intervention fourmille de détails, d’instants de vie, qui viennent trouver échos dans sa filmographie. On ressent une véritable passion autour du cinéaste italien.
La prise de son résonne un peu mais la compréhension est très bonne.
FONCEZ ! - Bande-annonce

Avis Général :
Cette première édition est un belle petite réussite qui propose tout d’abord un film charnière dans la filmographie de Joe D’Amato, un virage important à l’orée des années 80, et qui révèle également un travail éditorial passionnant avec une restauration à la hauteur et un contenu de grande qualité, en présence de David Didelot et Arnaud Bordas.
Reste quelques dynamiques à améliorer autour de l’édition physique avec une typologie et des tailles de caractère surprenantes.
Vidéo Pop Corn est un nouveau chaînon de l’édition vidéo hexagonal, et nous sommes heureux d’avoir enfin une édition de bonne qualité pour profiter d’Antropophagus.


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