« Door » réalisé par Banmei Takahashi : Critique et Test Blu-Ray

Réalisatrice : Banmei Takahashi
Acteurs : Keiko Takahashi
Genre : Home Invasion
Durée : 94 minutes
Date de Sortie (salles) : 1988
Date de Sortie (Blu-Ray) : mai 2024

Synopsis : Femme au foyer, Yasuko Honda vit avec son mari et son fils dans un grand immeuble d’un quartier résidentiel. Régulièrement harcelée par les démarcheurs et les canulars téléphoniques, la jeune femme, excédée, finit par claquer la porte sur les doigts d’un vendeur. Choqué, celui-ci refuse d’en rester là. Sa vengeance se mue bientôt en véritable obsession…

Film du grand chambardement pour Banmei Takahashi, Door marque une cassure dans sa filmographie qui, avant 1988, restait cantonnée au cinéma Pinku Eiga.
Le cinéaste ayant connu les heures de gloire du Roman Porno, la Nikkatsu subversive et inventive, puis le parrainage de Koji Wakamatsu, s’est retrouvé en errance au début des années 80, enchaînant cinéma bis et d’exploitation à tendance érotique sans grande conviction.

Des aventures qui se suivent et se ressemblent portées par le visage cependant profondément magnétique de son épouse Keiko Takahashi.

C’est alors à la fin des années 80, avec l’avènement du V-Cinema, de l’ère des video-clubs, et de la volonté de sensationnalisme à faible coût que Banmei Takahashi se trouve à devoir se réinventer, s’embarquant dans l’aventure Door, étrange Home Invasion, reprenant des traits de Les Chiens De Paille réalisé par Sam Peckinpah, modelant le cinéma d’assaut à sa manière et déjouant les codes verrous, œuvrant sur les bordures, du rape & revenge.

Carlotta Films nous fait ici l’honneur d’une édition contenant les deux premiers films de la série Door.
Il ne nous reste d’ailleurs maintenant plus qu’à espérer la sortie de Door 3 réalisé par un certain Kyioshi Kurosawa.

Pour couvrir l’édition au mieux, Kino Wombat y reviendra en deux articles, un premier pour parcourir Door I, un second pour explorer Door II.

La critique de Door

Yasuko est une jeune femme au foyer vivant avec son fils.
Son mari, quant à lui, est rarement à la maison, happé par son emploi.
Pendant les courses, le ménage et les tâches du quotidien, Yasuko est régulièrement interrompue que cela soit au téléphone ou sur le pas de sa porte par différents démarcheurs.
Un jour, l’un d’entre eux se trouve être plus insistant, souhaite s’immiscer dans l’appartement.
Yasuko claque la porte, écrase les doigts du jeune homme.

Ce dernier, pris de colère se lance dans un étrange jeu de voyeurisme.
Dans l’ombre, il guette. Dans l’ombre, de sombres pulsions traversent son regard.
S’enfonçant dans une certaine obsession, il attend le jour où la porte s’ouvrira.

Door a tout d’un film d’home invasion pour le moins classique, et pourtant, assez rapidement, le film se révèle être bien plus. Un turbulent cauchemar mis en scène par un réalisateur fourmillant d’idées, de perfidies et de chaos, se dévoile face à nos rétines.
A aucun instant la proposition ne s’engouffre dans les sentiers battus, Door débroussaille, et saisit des manières singulières d’organiser, rythmer son récit.
Takahashi œuvre à créer des espaces et environnements avec une certaine minutie façonnant, par projection de l’organisation de l’image, reflets émotionnels et psychologiques des divers protagonistes.
Le cinéaste tend à ouvrir le cadre, l’horizon, pour laisser planer la menace de l’agresseur.
De la peur des grands espaces, sans savoir d’où pourrait venir le péril, le chaos s’immisce et restreint la surface.
Takahashi resserre constamment l’étau, mène l’intrigue dans des lieux exigus, impasses, poussant à la confrontation, passant de la paranoïa à l’horreur brute.

Cette habile structuration de l’environnement du récit permet au cinéaste de créer des personnages et architectures suffisamment précis pour devenir d’entêtants dédales.
Les destins et les lieux se lient, un éprouvant labyrinthe transparaît, entre extérieur et intérieur, corps et esprit. L’arrangement musical, thème récurrent, est entêtant, mêlant légèreté et inquiétude dans ses tonalités.
Les distorsions tonales accompagnent la psyché jusqu’à créer des fractures, des zones de doute, d’inconforts profonds.
Gouji Tsuno, compositeur, a réussi le pari de la singularité, rappelant Hisaishi et les sonorités répétitives d’A Scene At The Sea, et touche une parfaite symbiose névrotique avec l’image.

Afin d’étoffer son emprise, Door s’amuse également à concevoir les espaces périphériques comme prolongement de terreur qu’il s’agisse du voisinage, des passants dans la rue ou encore du mari retenu pour un projet important.
Dans Tokyo, cité géante, les rues grouillent, les oreilles traînent, et pourtant la solitude, l’abandon, sont les forces en présence.

Les minutes passent et le regard est transi, tétanisé, allant de surprises en surprises, de terreurs en hypnoses.
Contrairement aux Home Invasion traditionnels poussant le spectateur à s’énerver contre l’inaction des assaillis, ici, le personnage de Yasuko est particulièrement inventif, en constante révolte.
Le duel final est fascinant, l’alchimie entre les acteurs est évidente.

Door est une immense surprise, un film japonais important, qui à ce jour, demeurait totalement inconnu du côté de Kino Wombat.
La violence permanente, psychologique tout comme visuelle, et la radicalité de propos mènent à une captation totale de nos consciences.
Lorsque le film se termine, des motifs résonnent en nous des formes de cinéma que nous ne verrons que quelques années plus tard en occident, qu’il s’agisse de l’intrusion poussive et terrifiante des Funny Games de Michael Haneke, la violence outrancière du À l’Interieur de Bustillo Et Maury, ou encore les perceptions du réel envoûtantes rappelant tout autant Tokyo Fist de Shinya Tsukamoto que Enter The Void de Gaspar Noé.

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray

Image :

Le master HD en présence doit très certainement reprendre celui qui était présenté il y a quelques mois en Angleterre par Third Window.

La copie a été parfaitement nettoyée, le cadre stabilisé. La copie est restituée avec respect du format d’origine.

Door fait preuve d’une extraordinaire jeunesse, la travail sur la pellicule a été effectué avec un vrai savoir-faire, le grain n’est pas trop prononcé et laisse pourtant le rendu pellicule perceptible, le niveau de piqué est réjouissant, l’appartement de Yasuko regorge de détails qui sont restitués avec brio.

La profondeur de champ est agréable et permet aux visages de gagner en reliefs, en textures.

Enfin la colorimétrie est une véritable réussite, tout particulièrement le caractère tout en ricochet d’une couleur à une autre, d’un geste à un autre, d’un calvaire à un autre.
Les atmosphères glissent, la rétine est piégée.

Note : 8 sur 10.

Son :

L’unique piste son en présence a un bon rendu avec un équilibre finement trouvé, sans jamais être sensationnaliste, l’ouïe est captivée par la bande originale, et les voix tout comme les bruitages trouvent leurs places d’une juste manière.

Aucune saturation, aucune mauvaise surprise.

Note : 7.5 sur 10.

Suppléments :

  •  ENTRETIEN AVEC LE RÉALISATEUR BANMEI TAKAHASHI (25 mn) :
    Le cinéaste revient sur sa carrière, met en avant la place de son épouse au coeur de son cinéma, Keiko Takahashi, et aborde le cap particulier que représente Door dans sa filmographie.

Avis Général :

Face à l’inconnu, nous nous attendions à découvrir une ordinaire et jouissive série B.
Que nenni, Door se révèle être un savant jeu de mise en scène où tous les sens sont en émois, où la tension ne cesse de grandir jusqu’à nous nouer de l’intérieur.
L’édition proposée par Carlotta pour Door, premier du nom, est une vraie réussite que cela soit d’un point de vue technique, l’image et le son ont de bons rendus, ou éditorial, avec un entretien en présence du trop rare et confidentiel Banmei Takahashi. Superbe.

2 réponses à « « Door » réalisé par Banmei Takahashi : Critique et Test Blu-Ray »

  1. Avatar de Salvatore
    Salvatore

    très bon article comme toujours, mais c’est Third Windows l’éditeur UK pour Doors et pas Radiance.

    Aimé par 1 personne

    1. Avatar de Quentin Tarantino

      Effectivement !
      Merci beaucoup pour votre retour, l’article vient d’être mis à jour.

      Au plaisir de vous retrouver du côté de Kino Wombat !

      J’aime

Répondre à Salvatore Annuler la réponse.

Ici, Kino Wombat

Un espace de recherche, d’exploration, d’expérimentation, du cinéma sous toutes ses formes.
Une recherche d’oeuvres oubliées, de rétines perdues et de visions nouvelles se joue.
Voyages singuliers, parfois intimes, d’autres fois outranciers, souvent vibratoires et hypnotiques.
De Terrence Malick à Lucio Fulci et Wang Bing, en passant par Jacques Rivette, Tobe Hooper, Nuri Bilge Ceylan, Agnès Varda, Lav Diaz ou encore Tsai Ming-Liang, laissez-vous porter par de nouveaux horizons, la rétine éberluée.

Let’s connect