« Bubba Ho-Tep » réalisé par Don Coscarelli : Critique et Test Blu-Ray 4K UHD

Une petite ville de l’Amérique profonde est menacée par une terrible momie, Bubba Ho-tep, qui veut absorber l’énergie vitale des habitants. Afin de la combattre, deux pensionnaires de l’asile local unissent leurs forces. Parmi eux, l’authentique Elvis Presley et un homme qui se prend pour Jack Kennedy.

Réalisateur : Don Coscarelli
Acteurs :   Bruce Campbell, Ossie Davis
Genre : Comédie, Fantastique
Pays : Etats-Unis
Durée : 92 minutes
Date de sortie : 2002

Certains éditeurs parviennent à mettre la main sur une grande partie de la filmographie de cinéastes plus ou moins cultes.
De la sorte Le Chat Qui Fume s’occupe de Catherine Breillat, Potemkine de Andrei Tarkovski, Carlotta de Tsukamoto, Artus d’Eloy De La Iglesia et ESC qui avait su mettre en avant le cinéma de Mocky continue, quant à lui, son chemin vers les ailleurs fous pour faire perdurer la quête insensée qu’est celle de Don Coscarelli.
Il y a quelques années l’éditeur sortait un magnifique coffret Phantasm.
Fin 2024, ESC plongeait à nouveau et sortait en Blu-Ray John Dies At The End
En ce début 2025, l’éditeur exhume la plus belle pièce de la filmographie du cinéaste avec une magnifique édition coffret 4K UHD : Bubba Ho-Tep.

Bubba Ho-Tep,
Y-a-t-il quelqu’un pour sauver les Etats-Unis ?

Début des années 2000, Sebastian Haff passe ses dernières heures dans une clinique du troisième âge, la hanche en miettes et une grosse tumeur à l’entrejambe.
Sebastian Haff a un look à la Elvis, il fut sosie de Elvis, il fut Elvis.
Suite à la volonté de retrouver son anonymat il se retrouva, après de multiples rebondissements, sans un sou et avec une santé déclinante.
Dans l’institut où le temps semble s’être arrêté, la nuit, de gigantesques scarabées s’en prennent aux patients, nourrissant une ombre, celle de Bubba Ho-Tep, âme maudite égyptienne.
Accompagné par un autre patient, persuadé d’être Kennedy, Elvis va mener son enquête et s’enfoncer dans un voyage fantastique tout aussi burlesque que grotesque.

Bubba Ho-Tep c’est un peu la rencontre de The Goonies et de la maison de retraite, mais avec le regard irrévérencieusement vulgaire et frondeur de Don Coscarelli. Bref, c’est unique.

Comme à son habitude, et sous des couches de grotesque, le cinéaste état-uniens prend un plaisir retord à observer les institutions ainsi que les réseaux souterrains qui gangrènent sa nation.
Un geste typique de Coscarelli qui a d’ailleurs été poussé dans de belles latéralités avec les créatures menant à l’apocalypse dans la saga Phantasm et auront fait déborder jusqu’à l’indigestion complotiste à tendance lovecraftienne du côté de John Dies At The End.
Ici, avec cette réalisation pilier dans la carrière du cinéaste, il y a une fougue intime, un souffle plus personnel.
Coscarelli ne s’enfonce pas dans la surenchère et l’hystérie collective.
Cet étrange film qu’est Bubba Ho-Tep voit pactiser JFK et Elvis, soit deux facettes opposées du géant Etats-Unis, avec une tendresse inattendue.

Le cinéaste se penche sur la question des icônes et du temps qui passe.
Il observe tout autant le fantasme schizophrénique des fans, qui se transforment progressivement en leurs idoles, et les déclins cathartiques, ceux des artistes dans l’intimité, qui sombrent dans l’indifférence.
En parallèle de ces projections aliénantes et déclinantes, Coscarelli aborde le destin du troisième âge, de ces hôpitaux hantés, où les aînés sont tassés, délaissés, abandonnés à leurs déliquescences.
Bubba Ho-Tep est un film fantastique, certes, mais ne promet pas l’immortalité, ou bien alors par damnation, Bubba Ho-Tep promet l’apreté du miroir, la prise de conscience mais surtout Bubba Ho-Tep appelle au chant du cygne.

Ce duo que tout portait dans les bras de la faucheuse va alors se remonter les bretelles, huiler les roues du fauteuil -et le fond du slip-, jouer de déambulateurs, pour affronter le paranormal, pour annihiler une malédiction, et sauver les pensionnaires, sauver le monde, rien que cela.

La proposition, oscillant entre comique grotesque et drame humain, est portée par un rock crépusculaire envoûtant, un écho répétitif qui trouve résonance dans la photographie et la narration libérant une beauté singulière dans le geste, pour une fois simple, du réalisateur.
Le temps se fait lent, bien que soutenu par des flashbacks bien pensés, les rebondissements progressifs, et l’action latente mais permanente. Un paramétrage permettant de digérer le récit et se perdre dans ces couloirs où le moindre papier peint sent la mort et la naphtaline.

Derrière sa vulgarité et ses effets spéciaux aussi fascinants que douteux, la marque Coscarelli, Bubba Ho-Tep se révèle être un grand film conscient d’un pays de spectres et d’âmes vacillantes, icônes du passé, sur le point de rejoindre l’au-delà dans l’indifférence.
Le duo composé par Bruce Campbell/Ossie Davis marche à merveille, portant cette folle histoire dans les entrailles du monstre états-uniens et son vorace appétit en matière d’humains pour bâtir son empire.
Bubba Ho-Tep est le monument de Don Coscarelli, tout simplement.

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray 4K UHD

Après plusieurs années à peaufiner ses éditions physiques, parfois avec succès et d’autres fois avec tumultes, ESC semble avoir trouvé la recette idéale en matière de contenu et de contenant.

Les sorties s’enchaînent et les éditions trouvent des places de choix dans nos collections.
Cette sortie physique de Bubba Ho-Tep n’y échappe pas, tant par le soin des visuels que par la présence de suppléments foisonnants.
Nous avons adoré récemment l’édition de I Spit On Your Grave et nous sommes aujourd’hui comblés par cette inattendue résurrection de Bubba Ho-Tep.

Image :

Ici, ESC reprend très certainement le master 4K de l’édition US Shout Factory, elle-même issue d’une restauration 4K à partir du négatif original datant de 2022.
Bubba Ho-Tep avait connu une vieille édition Blu-Ray, assez difficile à dégoter, et pour nous, le saut du DVD au 4K UHD avec traitement HDR 10 fut impressionnant.

Nous assistons à une vraie renaissance du film, et même une véritable redécouverte esthétique de l’oeuvre.
Le niveau de détails est poussé et permet de jouir de textures très appréciables, en particulier sur les maquillages chargés des acteurs principaux.
L’image a été nettoyée et stabilisée.
Le charme crépusculaire de la proposition ressort à merveille grâce aux reliefs décrépits de la maison de retraite.

La colorimétrie, quant à elle, n’est pas en reste et offre de sympathiques contrastes et des variations assez fines pour creuser la profondeur de champ.
La différence entre le Blu-Ray et le Blu-Ray 4K UHD se joue alors principalement sur quelques informations de l’image et le traitement HDR 10.
La différence se ressent mais pour les spectateurs non équipés le Blu-Ray dispose d’un excellent rendu, pour les autres profitez de ces sensibles, mais appréciables, oscillations du disque 4K UHD.

Seule ombre au tableau, l’édition indique un traitement Dolby Vision, tout comme chez Shout Factory, mais il n’y a en réalité que le traitement HDR 10 de disponible.
L’information est néanmoins indiquée sur le site de l’éditeur.

Note : 8 sur 10.

Son :

DTS-HD MA 5.1 & 2.0 / Anglais / Français

Pour notre part, nous avons traversé l’aventure Bubba Ho-Tep en 5.1 VOSTF et avons partiellement essayé la VF, qui semblait tenir la route mais dont le doublage doublé la mise du guignolesque, ce qui personnellement ne nous convenait pas.

En cela le rendu 5.1 est une belle réussite, utilisant les différents canaux pour faire pénétrer le film.
La spatialisation est réussie que cela soit en terme de BO, d’effets sonores ou de sons d’ambiance.
Les voix, quant à elles, trouvent une juste place dans un mix particulièrement bien balancé.

Note : 9 sur 10.

Suppléments :

ESC reprend en grande partie les suppléments qui étaient présents chez Shout Factory et apporte en plus de cela un fin livret rédigé par Marc Toullec très appréciable -nous adorons les livrets-, avec un écrit revenant sur la genèse du film et apportant des analyse et pistes de lecture.

  • Commentaire audio de Don Coscarelli
  • Commentaire audio de Bruce Campbell
  • Introduction du film par BRUCE CAMPBELL
  • Making-of du film
  • Interview de Bruce Campbell
  • Scènes coupées
  • « Le King et moi »: Interview de Don Coscarelli/
  • Scènes Coupées
  • « Elvis My Hapiness » : le fan club français d’Elvis
  • Avant-première à Londres
  • Lecture par Joe Lansdale
  • SpotsTV et cinéma
  • Bandes-annonces
  • Un livret rédigé par Marc Toullec

Note : 10 sur 10.

Pour découvrir Bubba Ho-Tep en 4K UHD :

https://www.esc-distribution.com/accueil/9962-bubba-ho-tep-combo-uhd-4k-edition-limitee-3701432021782.html?srsltid=AfmBOoqtzVH4H2vktsPmlft_FSEWRB8ZXeMJwcVROvzoiQQIFE4aeEVl#list-bonus

3 réponses à « « Bubba Ho-Tep » réalisé par Don Coscarelli : Critique et Test Blu-Ray 4K UHD »

  1. Avatar de Steve
    Steve

    Cependant il a été annoncé dolby vision en précommande. Enorme déception. Un repressage serait le minimum au lieu d’un email d’excuse sans aucun geste commercial. De plus petits éditeurs font refaire les disques ( Sidonis,gardiens du cinema, chat qui fume…).

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    1. Avatar de Quentin Tarantino

      Ceci a effectivement été indiqué dans la partie image du test.
      Il ne s’agit pas d’un défaut de master ou de pressage ici contrairement aux péripéties connues par d’autres éditeurs. Il n’y a en cela aucun problème technique ou erreur de compression.
      Ici le traitement HDR 10 est de très bonne facture et le master est solide.
      Néanmoins, il y a tout de même la frustration de ne pouvoir découvrir le traitement Dolby Vision promis.

      En dehors de l’absence du Dolby Vision, l’édition de Bubba Ho-Tep est particulièrement solide.

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  2. Avatar de princecranoir

    Super article sur ce film que j’avais beaucoup aimé à sa sortie. Sur une idée farfelue, Coscarelli ouvre des questionnements fondamentaux. Remarquable. Bien envie de tenter cette nouvelle édition

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