« Blood Feast » réalisé par Herschell Gordon Lewis : Critique

Fuad Ramse, restaurateur égyptien, tue des femmes pour faire revenir une divinité à la vie. Il prépare un festin sanglant fait de membres humains de jeunes femmes, perpétuant un ancien rite égyptien, afin d’honorer une Déesse.

Réalisateur : Herchell Gordon Lewis
Acteurs :  William Kerwin · Mal Arnol · Connie Mason · Lyn Bolton
Genre : Horreur
Pays : Etats-Unis
Durée : 67 minutes
Date de sortie : 
1963 (salles)
Juillet 2025 (Blu-Ray)

1963 : Le théâtre du Grand-Guignol, réputé pour ses représentations pleines de viscères et de trouvailles macabre à Paris ferme ses portes.
1963 : Blood Feast éclabousse les écrans aux Etats-Unis.
Le gore est mort. Vive le gore.

Grand changement dans la carrière d’Herschell Gordon Lewis qui troque les bikinis, l’effeuillage, le nu, pour les corps ensanglantés, maltraités.
Blood Feast, micro-production n’ayant pour but que de faire du sensationnalisme et gagner sa croûte dans les doubles programmes drive-in, a connu une destinée bien étonnante, devenant la pierre angulaire de tout un continent horrifique : le gore.

Premier film de la trilogie sanglante, constitué également de 2000 Maniacs et Color Me Blood Red, la proposition du réalisateur à l’esthétique pop, extrêmement colorée et jouant justement sur le caractère artificiel des fictions produites par les studios, s’amuse à recouvrir le rêve de sang, mélange de kaopectate et de gelé.

Fuad Ramses est un épicier spécialisé dans la cuisine exotique. Il est également l’auteur de l’ouvrage Ancient Weird Religious Rites qu’il vend de manière souterraine.
Lorsque Mrs Fremont vient à sa rencontre dans le but d’organiser un repas atypique pour l’anniversaire de sa fille, Fuad Ramses saute sur l’occasion pour proposer un buffet égyptien, à la gloire d’Ishtar. Un buffet qui n’a pas été servi depuis près de 5000 ans.
Les jours suivants, des jeunes femmes sont retrouvées assassinées et démembrées.
Sur chaque corps, une partie est manquante…

Il est assez étonnant de faire la rencontre d’un tel spectacle, la proposition de HGL est une créature folle faisant abstraction du temps.
En redécouvrant en 2025 ce curieux et instable Blood Feast, il est évident que malgré ses errances narratives et son jeu d’acteurs minable, quelque chose résonne sur cette pellicule, une aura singulière.
Une onde qui relie le burlesque de la période du muet à l’outrance visuelle de tout un pan de l’horreur absurde des années 90, où évoluent Peter Jackson, James Gunn, Brian Yuzna ou encore Stuart Gordon, mouvement 90s qui a insufflé ces dernières années une nouvelle vague de cinéastes héritiers et largement reconnus, de Ducourneau à Fargeat.

De meurtres sordides en meurtres sordides au coeur d’une American Way Of Life petit bourgeois, le film du cinéaste, bien qu’opérant surtout afin d’afficher le plus d’hémoglobine possible et d’attirer les regards curieux, se révèle être un regard suintant à travers le glaçage d’une vitrine mondiale à deux doigts d’exploser.
Malgré lui, le cinéaste s’enfonce dans le chaos souterrain qui est en train de soulever la vitrine de l’Oncle Sam. Un film marginal, un garnement qui éclabousse, tâche et inspire.
HGL débute avec Blood Feast une démarche qu’il maintiendra par la suite avec Scum Of The Earth, et son réseau de photos de charmes crapuleux, ou encore avec 2000 Maniacs, et son massacre terrifiant chez les rednecks.
Dans sa démarche de cinéma indépendant choc HGL dessine, tout comme Roger Corman, un geste irrévérencieux en dehors des studios qui nourrira tout autant Romero (La Nuit De Morts-Vivants) que Tobe Hooper (Massacre à La Tronçoneuse).

Comme nous le disions les Etats-Unis révèlent leurs strates, l’éco-système puant reposant sur des cercles de violence qui deviennent difficiles à maquiller. Des décennies de massacres, de domination par le sang, de cultures enterrées grondent.
Avec Blood Feast, il y a la conscientisation de la figure du tueur en série et ses obsessions, croyances.
Fuad Ramses a son propre modus operandi.
Face à l’horreur, la paisible banlieue se disloque laissant transparaître les générations, leurs relations et le caractère impuissant d’une police qui aime réprimander mais ne sait enquêter.
Un pays de crétin en pleine débacle c’est surtout cela que propose Herschell Gordon Lewis dans Blood Feast, et c’est le prisme secondaire le plus palpitant par lequel l’oeuvre se doit d’être visitée.

Malgré l’immense déception que fut le premier visionnage de Blood Feast il y a de cela quelques années, la redécouverte de ce pilier du cinéma gore a été réjouissante.
Nous y avons vu cette fois-ci vu bien plus que le spectacle outrancier et grand-guignolesque proposé.
Il y a dans Blood Feast une lecture intrigante des bordures de l’American Way Of Life. Un coup d’œil nauséabond dans la déliquescence d’un rêve.
Dans les marges, à l’ombre des regards, des cercles occultistes évoluent, et dévorent cette bourgeoisie malade, en constante représentation, en quête d’un nauséeux exotisme, protégée par un ordre policier stupide.

Bienvenue aux USA.


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