« Angel Guts : Classe Rouge » réalisé Chusei Sone : Critique et Test Blu-Ray

Muraki dirige une société de production spécialisée dans les romans photos érotiques.
Un jour lors de la projection d’un film X, il découvre une actrice nommée Nami .
Ce film le fascine et suscite en lui un mélange de désir et de culpabilité.

Muraki décide alors de la retrouver.

Réalisateur : Chusei Sone
Acteurs :  Yuki Mizuhara, Keizo Kanie
Genre : Drame érotique
Pays : Japon
Durée : 79 minutes
Date de sortie : 
1979 (salles)
Mai 2025 (Blu-Ray)

Après quelques années à espérer un jour découvrir la saga Angel Guts en France, , il est temps de se réjouir.
Le Chat Qui Fume a mis l’orteil dans le plat et sort le second titre de la série : Angel Guts : Classe Rouge.

Les aventures de Nami reprennent, Classe rouge est une pièce d’une fresque devenue culte dans le mouvement nippon Pinku Eiga, dans le cas présent Roman Porno, s’agissant d’une production Nikkatsu, contant les malheurs d’une jeune femme sacrifiée par une société d’hommes et une industrie faisant des corps des biens consommables.

C’est parti !

Angel Guts : Classe Rouge,
de l’enfer de l’image au purgatoire du réel

Chusei Sone est un cinéaste japonais qui a progressivement glissé dans l’oubli bien que son nom soit un maillon notable de l’écosystème Nikkatsu au cœur des années 70.
Il est engagé par le studio durant les années 60 et travaille en tant que scénariste aux côtés de Seijun Suzuki, réalisateur de séries B incontournable, et surtout avec le légendaire Koji Wakamatsu, maître d’un cinéma érotique politique et radical.
Sone, en plein boom de la vague Roman Porno, films érotiques libres aux écrins expérimentaux, passe derrière la caméra et réalisera pour le studio des dizaines de films en une décennie.
Son travail à la Nikkatsu va également l’amener à former un grand nom du cinéma japonais, actuellement en pleine exhumation, Shinji Somai (Typhoon Club, Déménagement).

Muraki est photographe spécialisé dans l’érotisme, essayant de faire de l’art, espérant tromper l’axe de la pornographie.
Lors d’une séance en petit comité, autour de la projection d’un film pour adultes d’une cruauté troublante, Muraki tombe sous le charme mélancolique et abyssal de l’actrice principale, Nami.
Il n’a désormais plus qu’une obsession rencontrer la jeune femme.

Comme une grande partie des films de la série Angel Guts, la proposition emprunte l’axe du divertissement de charme et de ses prolongations pornographiques, en restant toujours des films au contenu érotique, abordant le dépassement sans le montrer, en plaçant le récit au cœur de l’industrie qu’il s’agisse du mannequinat SM, des tournages de films X, de photographes aux regards déviants ou encore au sein de la rédaction magazines spécialisés en la matière.
À travers la liberté formelle du Pinku Eiga, pour cet opus Classe Rouge, Chusei Sone s’interroge sur la place des hommes, la place des femmes, au cœur de cette industrie putride qui pour les premiers les ancre dans cet artisanat, derrière l’objectif-geôle, et pour les seconds les définit comme corps consommables, passant de la fiction crasse à l’horreur du réel. De l’acting à la rue, la marchandisation des corps est terrifiante.

Pour ce second acte, autour du personnage de Nami, dont les récits sont indépendants des uns des autres, où le personnage est réinventé, d’un film à l’autre, il y a la structuration d’un parcours morcelé, un jeu de miroirs déformants et aliénants entre le photographe et le modèle, deux trajectoires qui ne se rencontrent finalement jamais, qui se traquent et s’esquivent, dans une perpétuelle chute vers une impasse difficilement franchissable.

Visuellement Chusei Sone joue des rayons projetés, de l’image sur la toile qui infecte les psyché, qui structure un modèle de société viciée où l’individu perd entièrement son humanité pour ne plus devenir que projection lumineuse à consommer.
L’âme est extraite du corps, poussée à l’évaporation au sein du photogramme.
La caméra, elle, devient ogre mécanique qui dévore le monde, faisant des hommes, des esclaves à la merci de pulsions morbides, et des femmes, des spectres qui hantent des villes faites de tours phalliques et des terrains vagues boueux.
Le miroir entre le travestissement du réel et l’image capturée dévoile une perception du monde corrompue, une vision du monde en ruines.
La lumière est saturée, en modulations colorimétriques. Les lignes des corps, des visages, elles, ne cessent de se déformer, de hurler, de se cannibaliser.
Un récit de solitude, de capitalisme-monstre, de désespoir et d’échec de l’humanité s’étend.

Yuki Mizuhara, Nami, est captivante, martyre aux élans fassbinderiens, figure mystique à la lisière du fantastique. Elle incarne cette jeune femme vidée, détruite, qui dans les rapports charnels s’engage dans la vampirisation des pulsions masculines, jusqu’à les essorer, les casser. Elle est une vengeresse qui a épousée la mort. Un chemin dans lequel elle ne cesse de rencontrer une gente masculine toujours plus féroce, crasse, jusqu’aux bas fonds les plus sordides.
Keizo Kanie, lui, en photographe réussit le prodige d’autant écœurer que de profondément émouvoi le spectateur. Il est un individu conscient de son écartèlement, de sa place dans cette industrie déshumanisante, ayant besoin d’argent pour subsister, sacrifiant alors le corps de jeunes femmes à son objectif.

Ce second volet de la saga Angel Guts, Classe Rouge, est d’une cruauté tétanisante, menant en parallèle le destin des hommes, le destin des femmes, dans une industrie déviante.
D’un côté les yeux, de l’autre les corps, dans l’interstice la société de consommation qui renvoie l’humain au consommable, à l’objet qui finira dans la benne, entre fange et déchets.
Ici c’est comme se retrouver à la croisée des chemins quelque part entre Scum Of The Earth de Herschell Gordon Lewis, Belle De Jour de Luis Bunuel et L’Important C’est D’Aimer de Andrei Zulawski.
Lors de sa séquence de clôture, sommet d’horreur humaine, le frisson est total, le dégoût absolu…

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray

Angel Guts : Classe Rouge est une édition scanavo avec fourreau cartonné.
Le visuel avant du fourreau de l’édition est à nouveau une très belle proposition de Frédéric Domont, tandis que l’avant du visuel scanavo reprend l’affiche japonaise originale.

C’est comme toujours exemplaire.

Image :

Le master en présence est de bonne facture.

L’image a été nettoyée et le cadre stabilisé.
On ressent la texture pellicule sans pour autant que le grain ne porte la proposition à une dimension organique, ce dernier étant plutôt en retrait.
Le niveau de détails est assez soutenu apportant une lisibilité agréable de l’image et surtout une sympathique profondeur.
La colorimétrie, quant à elle, vise juste, tout particulièrement lorsque les teintes néons viennent à envahir progressivement les séquences où Nami fait son apparition.

C’est beau.

Note : 8 sur 10.

Son :

DTS-HD MA 2.0 Japonais, sous-titré français

La piste son n’est pas impressionnante mais offre une amplitude certaine et une clarté agréable pour plonger dans le film.
Certains éléments de musiques électroniques se font ressentir et parviennent insidieusement à ouvrir une dimension hypnotique.
Aucune saturation à noter, l’équilibre des fréquences est juste et laisse respirer tant les voix que les ambiances sonores.

Note : 7 sur 10.

Suppléments :

  • « Les débuts de Chūsei Sone » par Clément Rauger (33’) :
    Retrouver Clément Rauger, déjà chargé de la traduction du film, dans ce supplément autour de Chusei Sone est une véritable bénédiction, d’autant qu’il s’agit que de la première partie du supplément et que le contenu est déjà gargantuesque, alors qu’il existe peu d’écrits sur le cinéaste.
    Ne ratez pas ce contenu.
  • Bandes-annonces de la collection Nikkatsu
  • Un livret de photos rares issues des coffres de la Nikkatsu (32 pages)

Note : 7.5 sur 10.

Pour découvrir Angel Guts : Classe Rouge :
https://lechatquifume.myshopify.com/products/angel-guts-classe-rouge

2 réponses à « « Angel Guts : Classe Rouge » réalisé Chusei Sone : Critique et Test Blu-Ray »

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