Réveillon de Nöel 1997, Mexico City.
Une famille se réunit. La caméra, tenue par une mystérieuse silhouette, filme.
Les apparats tombent, les gouffres se dévoilent.
Derrière le rêve, entre Père Noël et retrouvailles, les chaos intimes se révèlent.

| Réalisatrice : Racornelia |
| Acteurs : Ezell Polanco Hampton, Joaquin del Paso, Adolfo Jimenez Castro, Giovanna Martinez Duffour, Alicia Campillo Salinas |
| Genre : Drame expérimental |
| Durée : 117 minutes |
| Pays : Mexique, Grèce |
| FID Marseille 2025 |
La caméra familiale s’allume, l’image sature, le pixel hurle, le repas du réveillon de Noël est en cours de préparation.
L’action se déroule en 1997.
Les invités sonnent, les sourires aveuglent, les premiers verres sont bus, les masques fondent, dans l’entre-canapé, territoire dualiste entre les couples en présence, les enfants courent, crient, jouent, s’impatientent de la venue d’un miracle, le Père Noël.
Ce soir, et comme à bien des réveillons, le chaos s’invite, les parents révèlent une union entre amour désillusionné et rapports de domination, de soumission.
Les marmots reproduisent ce qu’ils voient.
La caméra, elle, capture l’intime, ce que les personnages cachent en eux, de la fiction de leurs artifices à la réalité de leurs démons.
Ici, il y a ce rêve-prison, la liberté. Cette croyance qu’en grandissant, en passant de l’enfance à l’adolescence, puis de l’adolescence à l’âge adulte, il serait possible d’être qui l’on veut.
La réalité, elle, cependant, est plus abrupte, faite de nécessités, d’urgences et de mensonges terrifiants que l’on se raconte intimement.
Qu’il s’agisse des enfants ou bien des adultes, Racornelia filme l’impasse des promesses d’une société qui use de l’individu comme d’un consommable, à l’échelle de la cellule familiale, fragment d’une chaîne industrielle inversée où le progrès technique vanté rapproche fatalement, et finalement, de l’aliénation du peuple, d’un gigantesque esclavagisme maquillé, grand théâtre, par la société de consommation.
Libéraux et impérialistes, patriarches pervers et dictateurs frustrés, constatez-le, votre vision n’est qu’impasse cauhemardesque.

En abordant la proposition avec un parti pris visuel numérique, travaillant une grammaire cinématographique expérimentale, l’essai parvient à suffisamment malmener l’image, à jouer sur les codes du found footage, pour dans un premier temps accéder à une certaine intimité et dans un second temps autopsier la cellule familiale jusqu’à la pénétrer physiquement et psychologiquement.
C’est un véritable tour de force que réalise la cinéaste.
Un geste de cinéma comme on en voit trop peu, expérimentant le numérique pour trouver un langage propre, aux frontières d’un internet balbutiant, parvenant à entailler l’artificialité du cinéma de fiction pour lui donner les apparats du réel jusqu’à faire craquer la toile, glisser, passer de l’autre côté, dans les ténèbres, dans l’invisible, dans la chambre à coucher, coulisses d’un monde puant et suintant.
Au creux de ce fracas de pixels, de glissements subliminaux, se joue toute une société régie par un patriarcat vénéneux, un ordre religieux anxiogène et des idéologies politiques despotiques.
L’image n’est pas belle, elle bave, s’étale, craque, va à contre-courant d’un cinéma papier glacé pour véritablement venir percuter un pouvoir établi et sa putrescente reproduction sociale.
L’apnée est glaçante, alors que l’image est brûlante.
Dans les recoins, des anomalies apparaissent aussi angoissantes qu’apaisantes, celle de la silhouette de la cinéaste par exemple, porteuse de caméra, oeil-démiurge, maîtresse de l’obscurité, ses reliefs, caches et révélations.
L’ordre du monde peut changer, sa marche nauséeuse se doit d’être arrêtée.

En travaillant le spectre visuel immatériel, le numérique, Racornelia accède, comme je le disais un peu plus haut, aux mondes invisibles, mais elle touche plus loin que la structure du réel, elle entre dans un espace où les âmes et énergies jouent de balancier, oeuvrant à dessiner la famille puritaine dans son monstrueux jeu d’équilibre jusqu’à la mettre en opposition à une autre forme familiale, celle des invités, la stabilité de vitrine de la famille hôte vient alors à être chamboulée appuyant sur les projections publiques et les images privées, la forme souhaitée en société et le spectre dissimulé de l’intime.
C’est dans ce territoire d’expression, en deux temps, la salle à manger puis la chambre à coucher que l’éclat corrosif de Macdo vient à ronger la rétine du spectateur.
Au générique, la cinéaste remercie des cinéastes l’ayant inspirée, Claire Atherton, Noami Uman, Victor Erice, Denis Villeneuve et Ben Russell.
Il y a tout autant de cinéastes ethnographes, expérimentaux, poètes que d’esthètes modernes et observateurs d’un monde en proie au chaos.
Un horizon du cinématographe dans lequel Racornelia trouve une astucieuse position.
Macdo est une réussite absolue, s’emparant du numérique, de la cellule familiale, au sens carcéral du terme, et effectue une autopsie troublante au coeur des mécaniques libérales qui ont infectées les foyers, macro sur une chaîne d’atomes qui n’est autre que l’origine d’un effroyable écho, notre société.



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