« Yi Yi » réalisé par Edward Yang : Test Blu-Ray 4K UHD

Ingénieur en informatique âgé d’une quarantaine d’années, père de deux enfants, NJ fait partie de la classe moyenne taïwanaise. Le soir du mariage de son beau-frère, deux événements vont ébranler sa vie : sa belle-mère tombe dans le coma et son ancien amour de jeunesse ressurgit après vingt ans d’absence. C’est l’heure de la remise en question pour NJ : est-il possible de tout quitter et de repartir à zéro ? 

Réalisateur : Edward Yang
Acteurs :  WU Nien-Jen, Issei OGATA, Elaine JIN, Kelly LEE, Jonathan CHANG
Genre : Drame
Pays : Taiwan
Durée : 173 minutes
Date de sortie : 
2000 (salles)
6 août 2025 (ressortie salles)
18 novembre 2025 (Blu-Ray/4K UHD)

2025 fut l’année Edward Yang, et la séance cannoise de Yi Yi fut très certainement un de mes grands moments de cinéma de ces derniers mois.
Une fresque exigeante et complexe tissée avec raffinement.
Un souffle sur un temps qui s’échappe et un avenir encore vaporeux.
Le millénaire s’achève, le nouvel approche, l’an 2000, ses promesses et ses chaos rampants, s’activent.

Quelques heures avant le passage à l’année 2026, un quart de siècle révolu après sortie, j’avais envie de vous parler, à nouveau de Yi Yi, d’Edward Yang, mais surtout de son édition Blu-ray 4K UHD éditée par Carlotta Films.

Le temps d’un coma, Le temps d’une suspension d’âme,
L’an 2000

Edward Yang, c’est une grande histoire d’amour, un étrange mélange de caresse et d’apnée, de délicatesse et de cruauté. 
Contrairement à bien des cinéastes dot j’avale le filmographies, j’aime prendre mon temps et découvrir lentement la filmographie de Yang.
A ce jour, je découvre pour la toute première fois Yi Yi, après m’être déjà aventuré dans les toiles douce-amères de Taipei StoryThe Terrorizers et A Brighter Summer Day
Grand expérimentateur visuel et narratif, Edward Yang a continuellement repoussé les limites de la forme et du fond, sans s’enfermer dans l’hermétisme expérimental, portant parfois ses réalisations à installer une dizaine de personnages principaux pour un film, avec Confucius/Confucian Confusion, approcher les quatre heures de durée, avec A Brighter Summer Day ou encore faire des lieux en présence de véritables titans définissant les personnages, des villes à l’image d’une société broyée par une décennie sous loi martiale, et ses ruines émotionnelles, avec Taipei Story et The Terrorizers.

Après la salle Bunuel, c’est dans mon salon que la renaissance de Yi Yi va avoir lieu, dernier film d’un cinéaste décédé prématurément, en pleine ébullition intellectuelle, laissant une filmographie réduite mais incontournable de sept films.

C’est lors d’un mariage qu’une famille toute entière se distend, traverse une période de troubles. 
Le frère du marié voit sa belle-mère plonger dans le coma, au même moment son amour de jeunesse fait sa réapparition. 
Edward Yang, dans ce cadre, pousse le moindre membre de la famille à l’écartèlement entre perte de l’être aimé et révélation de crevasses que le temps avait réussi à masquer.
Les amours-illusions, la naissance des passions, l’oubli de la vie et la crainte de l’oubli à échelle individuelle s’engagent dans une grande valse au milieu des mille et une lumières de la ville.

Edward Yang s’élance dans le façonnement d’une fresque, non pas vouée à l’ordre chronologique comme ressort narratif dictatorial mais se pliant à la structuration d’une grande famille taïwanaise, ses générations, ses histoires, voies divergentes et pistes reconduites, au cœur d’un pays dans l’ombre du géant chinois, redoutant le sort hongkongais, et vampirisé par un impérialisme étranger international tant japonais qu’états-unien s’imposant sur les champs à la fois culturels, idéologiques et technologiques.

En un travail de près de trois heures, le cinéaste taïwanais, qui tourne son ultime film, tisse une toile réunissant l’entièreté de ses obsessions, celles d’un pays épuisé par la nécessité de trouver sa place entre traditions résistantes et modernismes voraces. 
Le temps d’un coma, le temps d’une suspension d’âme, le présent s’arrête et invite autoritairement, par des coups du destin, à faire le bilan pour les parents et à expérimenter pour les plus jeunes.

Chaque personnage incarne une pièce charnière de la population taïwanaise tant culturellement, politiquement que socialement. 
Edward Yang, comme il l’avait proposé avec The Terrorizers et A Brighter Summer Day, croise des récits traversants qui se rencontrent, se percutent et s’alimentent. 
Le réalisateur observe l’onde tantôt fracassante, tantôt harmonieuse de cette galerie de personnages qui ne peut se contenir aux membres de la famille et œuvre jusqu’aux voisinages, collègues ainsi que camarades de classe. Un geste gracieux et d’une justesse étourdissante venant ouvrir progressivement son cadre jusqu’à interroger dans le regard spectateur la moindre existence prenant place derrière la moindre fenêtre éclairée.

La proposition du cinéaste taïwanais est une vision au microscope du Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio, des saisies d’individus portés par des flux qui les dépassent et dont ils sont pourtant les acteurs. Bienvenue dan la fourmilière.
Des plans aériens à la promiscuité des appartements, il y a une mise en parallèle d’un pays en perpétuel modulation, en pleine évaporation, les McDonalds fleurissent, les publicités crachent le nom des impérialismes, la vie d’entreprise ne promet que fortune en pactisant avec un étranger aux vues d’un colonialisme fantomatique. 
Et à l’inverse de cette terrible marche, celle du capitalisme-vampire, se trouve le glouton chinois rêvant d’engloutir définitivement Taïwan, alors, par chance, reste la jeune. 
Les enfants, les adolescents, ne veulent pas d’une vie d’asservissement, eux, souhaitent la liberté par les arts et l’amour.

Yi Yi est un véritable ravissement, une toile tissée avec le plus grand raffinement, paramétrant la plus minime interaction humaine, organisant le plus discret détail du cadre, pour offrir cet éventail aux textures et matériaux hétérogènes et à l’alchimie singulière, celles de vies suspendues, celles d’un pays qui retient son souffle, sentant sa souveraineté se dérober sous ses pieds et ne cessant pourtant de lutter pour son existence, à chaque marche générationnelle.

Les caractéristiques de l’édition Blu-Ray 4K UHD

Chez Carlotta, l’aventure Yi Yi a été célébrée de manière conséquente.
Avec deux éditions simples, une Blu-Ray et une 4K UHD, ainsi qu’un coffret Prestige avec goodies et livret comprenant le Blu-Ray et le disque 4K UHD.

Entre nos mains se trouve le coffret prestige, comprenant un pins, des cartes Polaroïd du film, un livret et une affiche, et reprenant formellement la ligne éditoriale de Carlotta, une ligne que nous affectionnons chez Kino Wombat.

Image :

Ici, le disque Ultra HD ne bénéficie pas de traitement HDR, ce qui indubitablement rapproche visuellement, tout du moins au niveau du ressenti, le master de l’édition Blu-Ray de celui de l’édition 4K UHD.
Mais sachez une chose, dans un cas comme dans l’autre, vous n’avez jamais vu Yi Yi dans de si belles conditions. C’est un vrai bonheur.

Le niveau de détails est enivrant, sans trop en faire, et donne une dimension de profondeur particulièrement saisissante, une expérience qui s’explique par un véritable travail de la pellicule et de son caractère organique, le grain justement dosé tisse les reliefs.
La colorimétrie, quant à elle, et même sans HDR, donne à redécouvrir une oeuvre que le temps avait trahi.

Devant nos mirettes ébahies, une renaissance prend place. C’est beau.

Note : 9 sur 10.

Son :

Trois pistes sont proposées :

  • VOSTF Dts-HD MA5.0 & 2.0
  • VF 2.0 Dts-HD

Pour notre part, nous avons visionné le film en 5.0 et le résultat était bien plus que convenable.
Le master offre une véritable spatialisation sans que cette dernière ne soit invasive. On ressent les lieux, la ville mais aussi les silences permettant au voyage de nous enserrer et nous porter au coeur du regard d’Edward Yang.
Les différentes fréquences se laissent respirer, vivre et aucune saturation n’est à relever.

Concernant la VF, nous y avons jeté une oreille furtive, le tout est bien moins délicat et la VF dénature le film, lui ôte son harmonie.

Note : 8 sur 10.

Suppléments :

L’édition de Yi Yi est plutôt bien fournie, bien que pour un tel film nous espérions aller plus loin que l’édition Prestige et viser les Coffrets Ultra Collector de l’éditeur afin d’avoir un livret plus conséquent que le fac-similé du dossier de presse d’époque, mais comme souvent on chipote :

  • « Repossession » : entretien avec Olivier Assayas (2025, HD, 20’37”) :
    Assayas propose un formidable entretien abordant l’histoire de Taïwan et le parcours d’Edward Yang à travers le récit du nouveau cinéma taïwanais.
    Un voyage qui mène jusqu’à Yi Yi, offrant un portrait concis d’un pays et un cinéaste majeur trop longtemps resté dans l’ombre. Le supplément donne une seule envie : lancer à nouveau le film.
  • « Accomplissement » : entretien avec Jean-Michel Frodon (2025, HD, 17’21”) :
    Jean-Michel Frodon qui a gratté bien des pages sur le sujet Edward Yang offre une analyse particulièrement riche et complète de Yi Yi.
    Il est toujours passionnant de suivre le cheminement de pensée de Frodon, et ici, il faut avouer qu’il détient une remarquable habilité pour conter un film qui lui est cher, tout comme son cinéaste.
    A ne pas rater.
  • Bande-annonce 2025 (HD, 2’10”, VOST)

Pour découvrir Yi Yi en 4K UHD : https://laboutique.carlottafilms.com/products/yi-yi-edition-prestige-limitee-uhd-blu-ray-memorabilia?srsltid=AfmBOop7re2GrfN3O-KbaB2tbCY_DmrN6B8AVyBR9V8uKe5KtxaX7jcO

Une réponse à « « Yi Yi » réalisé par Edward Yang : Test Blu-Ray 4K UHD »

  1. Avatar de ruedeprovence

    Magnifique film, je confirme. Merci pour cette belle critique qui donne vraiment envie de le revoir.

    Aimé par 1 personne

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