Jack Crow est un chasseur de vampires. Apres avoir vu ses parents succomber aux dents acerees de l’un d’entre eux, Crow a consacre sa vie a les chasser dans une traque impitoyable qu’il mene depuis des annees en compagnie d’une poignee de mercenaires connus sous le nom de Team Crow. A la demande du cardinal Alba, emissaire du Vatican, Crow et ses hommes partent au Nouveau-Mexique avec pour mission de detecter les nids de vampires et de les detruire. Apres un nettoyage dans une ferme infestée, la Team Crow se fait attaquer par le grand maitre des vampires, Valek.

| Réalisateur : John Carpenter |
| Acteurs : James Woods, Sheryl Lee, Daniel Baldwin |
| Genre : Fantastique, Horreur |
| Pays : Etats-Unis |
| Durée : 108 minutes |
| Date de sortie : 1998 (salles) Décembre 2025 (Blu-Ray / 4K UHD) |
On commence à toucher au but, celui d’avoir à portée de main l’intégralité des films réalisés par John Carpenter dans de très belles restaurations.
Après avoir redécouvert ces dernières années les grands films de sa filmographie, il est temps d’en observer les bordures, les zones floues, les tentatives en demi-teintes.
Pour cela rien de tel que de se diriger vers Vampires, sorti en 1998, avec au programme des suceurs de sang, des croix, des flingues, des filles, le désert et des chasseurs de vampires.
C’est presque du Godard : « Tout ce qu’il faut pour faire un film c’est une fille et un flingue. »
L’exercice d’exhumation d’un tel spectacle revient à ESC, qui, comme souvent ces dernières années propose de magnifiques éditions collector, qui ont leurs coûts, certes, mais qui rendent hommage aux films concernés, parfois même trop pour certains films déterrés.

Laura, Sauve-Nous
John Carpenter, cinéaste ayant durant des décennies modelé le film d’assaut propose avec Vampires, à la fin des 90s, un film de traque.
Sur le papier, passer du jeu des immobilismes jusqu’à l’invasion à celui du road-movie rutilant avait de quoi réjouir, tout du moins faire espérer un renouveau chez un cinéaste qui n’a pas réussi sa transition post-80, dont le Invasion Los Angeles aussi curieux que maladroit annonçait la couleur.
Qu’en est-il donc ?
Cela ne sert à rien de maintenir le suspense, c’est du bis de compétition doté d’un budget de 20 millions de dollars.
Autant dire que la bestiole qui est devant vous est idéale pour une soirée arrosée entre amis, peut-être même un nouveau jeu à boire où il s’agira de lever le coude à chaque fois que le personnage principal dira « Amigo ». A visionner seul, se sera une autre galère.
Tel John Ford ou encore Howard Hawks, dont il aimerait être l’héritier, Carpenter tente de saisir un genre, le film de vampires, pour mieux tordre tous les codes, les détourner et les réinventer. Sauf qu’il n’y a ici aucune finesse. Le cinéaste souhaite aller au plus vite que cela passe ou casse.
En cela, il a du griffonner ses idées sur un bout de table avant de pitcher son film.
Ainsi, comment contourner le caractère nocturne et froid du vampire : en balançant un film caniculaire et brûlant à la rétine, changer la Transylvanie par le désert états-uniens.
C’est pachidermique et vulgaire.
Cependant, réjouissez-vous ! Si vous souhaitiez voir James Wood se faire rouler dans la boue, perdre sa force cronenbergienne pour être rappelé à sa condition de mâle puant alors précipitez-vous, c’est une lapidation sur la place publique qu’offre Carpenter, tant pour ses acteurs que pour sa propre carrière.
Ne faisons pas semblant d’être surpris, les indices d’un navet de compétition avaient été distillés, Big John engageant Daniel Baldwin, sosie bouffi de son frère Alec. La farce ne s’arrête plus.
Là où le cinéaste indépendant avait toujours un wagon d’avance, ici, il a deux trains entiers de retard.

Pour survivre, le père de The Thing s’accroche tant bien que mal aux succès de la décennie, et essaie d’esquisser ce qui pourrait être son western. John Carpenter est devenu has-been.
Résultat des courses, le film est un mélange entre Desperado, Une Nuit en Enfer et Aux Frontières de l’Aube. Il ne réussit pas à se renouveler à la manière d’un Wes Craven, qui l’agace méchamment, jouant sur la corde du méta-slasher, et prenant contre-pied sur toute sa carrière.
Carpenter essaie donc de copier une nouvelle génération, et maintenir les plus gros traits de son cinéma. Il est un conservateur qui ne voit pas son navire prendre l’eau faisant de son talent un cirque à bisseries.
L’inspiration ne vient pas, le malaise se fait sentir.
Coup de grâce, le cinéma Big John qui s’est toujours amusé d’un machisme latent et guignolesque, comme avec cette phrase culte dans la VF de Jack Burton : « Prends garde mignonne ! Tu as affaire à un macho ! » devient ici pathétique terminant le film sur une discussion de gourdins, de pieux, de kékettes, tout simplement. Le gag devient farce douteuse.
Les dernières paroles de Jack Crow interprété par James Wood sont, et resteront : « Satan t’habites ? ».

Alors certes, nous sommes sévères, quelques scènes rappellent que nous sommes face à une œuvre du père de Prince des Ténèbres, dont une clôture aussi kitsch que spectaculaire. Il y a également tout un protocole pour détruire les créatures de la nuit, plutôt intéressant dans l’organisation spatiale de l’action, mais cela ne suffit absolument pas.
Pour dépasser l’ennui de cette longue traversée du désert, sentant fort la gazoline et la testostérone, il reste une étoile, Sheryl Lee, connue pour être Laura Palmer dans le Twin Peaks de David Lynch, mais même elle, Carpenter arrive à la gâter avec un rôle qui repose sur toutes les mysoginies possibles et imaginables.
Pitié, Laura Palmer, sauve-toi, sauve-nous !
Vampires marque la fin d’une décennie alternant films malins, L’Antre de La Folie, Le Village des Damnés, et bouffonneries, Les Aventures d’Un Homme Invisible, Los Angeles 2013.
Vampires fait tristement partie de la deuxième catégorie, film-brouillon qui annonce un dernier geste notable, l’hystérique, bis et sans concessions Ghosts of Mars.
Montez à bord de votre DeLorean, oubliez l’année 1998, allez directement en 2001, direction les salles obscures pour un périple barbare sur la planète rouge.

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray / 4K UHD
Pour notre part il sera difficile de revenir sur l’édition physique de Vampires.
Nous n’avons entre nos mains que les disques de l’édition.
Néanmoins nous avons croisé le coffret en magasin et il semble être du plus bel effet, respectant les collections collector de l’éditeur.
Image :
Le master présent sur le disque 4K UHD est à tomber.
Le film n’a plus rien à voir avec le film face auquel on avait du se confronter ces dernières années.
Le stylisation de Carpenter est extrêmement présente sur la palette colorimétrique, élément qui avait difficilement trouvé sa place sur les éditions passées.
De même, le niveau de détails est particulièrement poussé.
C’est peut-être même le plus beau master UHD pour un film de Big John.
Le traitement HDR est en HDR 10, et même si nous aurions rêvé d’un traitement Dolby Vision, il faut reconnaître que la proposition est irréprochable.
De même le Blu-ray est de très bonne facture, bien que moins appuyé sur les couleurs, affichant donc un brin moins de reliefs.
Son :
Le nombre de configurations possibles pour découvrir Vampires devrait en réjouir plus d’un, avec des pistes 5.1 et 2.0 en VF et VOSTF.
Pour notre part, nous nous sommes lancés dans la VOSTFR 5.1 et c’est également une énorme claque au niveau des dynamiques, les voix percutent, les guitares prennent une amplitude remarquable et les effets sonores ne montrent aucun artefact et sonnent à merveille avec une spatialisation qui plonge le regard au coeur du film.
Superbe, tout simplement.
Du côté de la VF 5.1, nous avons brièvement jeté une oreille, et c’est également de bonne facture, avec un peu moins de reliefs certes, mais ces voix nanardesques qui renvoient finalement à ce qu’est le film sont charmantes.

Suppléments :
Tout ce que vous vouliez savoir sur Vampires, et bien plus, ESC a fait un excellent travail, important les suppléments notables de l’édition US et invitant deux incontournables de la critique hexagonale : Thoret et Mercier.
C’est exemplaire.
- Commentaire audio de John Carpenter
- Making-of d’époque (23 min)
Supplément somme toute classique qui permettra néanmoins d’offrir aux fans du film un aperçu du plateau et quelques interventions de l’équipe pour se projeter. - « Vampires dans la carrière de John Carpenter » par Jean-Baptiste Thoret (29 min) :
Thoret ne pouvait pas faire l’impasse sur ce morceau de cinéma crépusculaire états-uniens.
C’est très certainement le supplément le plus intéressant de l’édition donnant à comprendre, ou à se remémorer, le parcours singulier de Big John entre cinéma indépendant et films de grands studios.
On y ressent et perçoit les temps difficiles des 90s pour Carpenter, et une telle approche permet de moins malmener un film qui a été réalisé avec toutes les bonnes intentions du monde. - Analyse de séquences par Frédéric Mercier (24 min)
Chez Kino Wombat, nous apprécions particulièrement le regard de Frédéric Mercier, et bien que Vampires ne soit pas notre tasse de thé, il faut bien avouer que le critique et essayiste est passionnant à écouter dans la lecture des images et la décomposition des cadres.
Foncez, il y a presque de quoi se rabibocher avec le film. Presque. - « Musiques originales : John Carpenter » par Olivier Desbrosses (18 min)
Être en compagnie d’Olivier Desbrosses, auteur chez Underscores, c’est intéressant d’autant plus lorsque l’on revient sur un cas d’école, John Carpenter, qui compose très régulièrement les musiques de ses propres films.
Il aurait été malheureux de ne pas aborder cette dimension de la carrière du cinéaste, c’est chose faite. - Entretiens divers :
“L’heure de tuer quelques vampires” avec le réalisateur, John Carpenter, la productrice, Sandy King Carpenter, le directeur de la photographie, Garry B. Kibbe (12 min)
“Jack le tueur” avec l’acteur, James Woods (22 min)
“Le premier vampire” avec l’acteur Thomas Ian Griffith (9 min)
« Faire grimper la prime” avec le responsible des effets spéciaux Greg Nicotero (10 min)
« Padre” avec l’acteur, Tim Guinee (12 min) - « Portrait de John Carpenter » : documentaire d’archive (50 min)
Documentaire destiné probablement à la télévision, la proposition capture une image sincère de la carrière du cinéaste. Si vous ne connaissez pas encore bien la carrière de Carpenter alors profitez-en. - Piste musicale isolée 2.0
- Un livret de 52 pages
- L’affiche
- Photos du film
- Bande-annonce
Pour découvrir Vampires en Blu-Ray / 4K UHD : https://www.esc-distribution.com/collectors/11005-vampires-combo-uhd-bd-edition-limitee-3701432023144.html?srsltid=AfmBOortyVdpR_GS2Dgr7mB8CTM5EMfa1w47XVc89PowO8_WksaF6rrS


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