Mika Hino est une détective d’élite au tir précis, membre de la redoutée « Gator Branch », une unité spéciale de la police de Shinjuku. Chargée de surveiller un cadre supérieur d’une grande entreprise de négoce impliqué dans une affaire de corruption, elle découvre son corps sans vie au pied de son immeuble de bureaux. Bien que la police conclut à un suicide, Mika soupçonne un meurtre et décide de mener sa propre enquête avec l’aide de sa partenaire Rin Kakura.

| Réalisateur : Chusei Sone |
| Acteurs : Emi Yokoyama, Kaoru Janbo, Kei Satô, Shin Kishida |
| Genre : Policier, Pinku Eiga, Action |
| Pays : Japon |
| Durée : 96 minutes |
| Date de sortie : 1979 (salles) Décembre 2025 (Blu-Ray) |
Le cinéma japonais ne cesse de renaître grâce, entre autres, au travail pugnace des éditeurs vidéos.
Il y a un véritable travail d’exhumation de tout un cinéma de patrimoine, du cinéma d’auteur à la plus vile proposition d’exploitation. C’est absolument fascinant et obsédant.
Qu’il s’agisse de Carlotta et son travail sur Ozu, Suzuki et Tanaka, Roboto Films et son élan Fukasaku, ou encore The Jokers et son pari inattendu de ressortir une grande partie de la filmographie de Masumura.
Mais laissons ces cas pour se concentrer sur un éditeur qui nous est cher, Le Chat Qui Fume, qui plonge dans les bas-fonds, non pas ceux de Akira Kurosawa, mais ceux de Chusei Sone où la population agonise, entre corruption, ultraviolence et fétichismes… repartons en direction de la Nikkatsu, le Roman Porno, et observons ce cinéaste encore trop peu mis en lumière, et que nous aimons pourtant d’un amour inconditionnel pour sa radicalité.
Direction, Super Gun Lady, sorti en 1979, et encore inédit sur le territoire français.
Le roman porno, pinku eiga luxueux, ici, prend quelque peu le tangente.
Non pas qu’il n’y ait plus la présence d’un érotisme vicié, loin de là, mais Chusei Sone s’amuse à brouiller les pistes, les genres, pour créer une oeuvre-hydre, où les têtes coupées ouvrent la voie à de nouvelles engeances.

Super Gun Lady, le Japon hurlant
Avec un coup dans le nez, on aurait pu y croire.
On aurait pu avoir l’illusion, dans ce premier plan, de se retrouver chez Ozu.
Le plan est fixe, la famille est autour de la table, les discussions ont cessé, tout ne tourne plus qu’autour du poste de télévision qui diffuse un match de baseball, trace d’une occupation américaine encore latente, le fameux ver qui est dans le fruit.
Mais le maître japonais est décédé seize ans plus tôt.
Il n’a pas eu le temps de voir la fin des mots, il l’a cependant saisi, prédit, de film en film, de train en train, de maison en maison, de visage en visage. Il a mis le doigt sur ce Japon vérolé par l’impérialisme américain, passé par la plaie béante entre les générations.
Quelque chose cloche dans le plan Ozu, des boursoufflures se font sentir, le regard de Chusei Sone coule.
Paf ! Le cadre explose, il ne peut plus contenir l’extérieur, la cloison du salon s’effondre, une voiture fait irruption, dans les décombres se un corps. Une course-poursuite qui a mal tourné, entre flics et criminels. Le sang s’immisce, la caméra retrouve son chaos, Chusei Sone entre en piste et dézingue le calme du foyer-vitrine japonais.
Le Japon du cinéaste, à l’orée des années 80, est celui d’un cri que l’on ne peut plus contenir, d’un pays écartelé entre sa soumission à l’oncle Sam et son passé guerrier, le monde qui s’ouvre devant nos yeux est sombre, crasse et puant, annonciateur de Kitano et son Violent Cop.

Mais arrêtons de divaguer, arrêtons de plaquer les grands noms du cinéma d’auteur japonais.
Chusei Sone n’a pas besoin d’être mis en comparaison pour exister, où tout du moins seulement pour être introduit comme réalisateur fou et irrévérencieux.
Il convoque les clichés du cinéma états-uniens, les broie pour leur apporter un charme nippon, et parle de cette génération d’après-guerre divisée entre industriels voraces, politiciens véreux, police corrompue et citoyens disciplinés.
Pour cela, veuillez accueillir les Starsky et Hutch de Chusei Sone, Mika et Rin, interprétées par Kei Satô (Onibaba) et Shin Kishida (Shogun Assassin), deux membres de la « Gator Branch » unité spéciale dédiée à la lutte contre la corruption chez les hauts fonctionnaires et dirigeants du pays, mais Mika et Rin ont un atout, en plus d’être surentrainée, elles sont terriblement sexy et Sone se plait à mettre leurs plastiques en avant.
Ce Super Gun Lady qui se dresse face à vous est une compilation de tout ce que vous pourrez trouver de plus exaltant, excitant mais aussi sordide dans le cinéma japonais d’exploitation des 70s. vous n’êtes pas prêts, les 96 minutes défilent à toute allure et les genres ne cessent de se décliner de la comédie potache à la course-poursuite musclée, en passant par le film de braquage, le cinéma érotique, le rape and revenge, le film d’action brut, le film d’enquête et les teintes du cinéma d’espionnage.
Tout s’y trouve, tout n’est pas contrôlé, mais cette roue libre lancez à vive allure ne laisse pas de temps à la raison de se frayer un chemin dans l’esprit.
La pellicule progresse à grands coups de dynamites et lorsque le rythme ralentit Chusei Sone fait frissonner. Il pousse à baisser le regard rappelant la séquence de clôture abominable de Angel Guts : Classe Rouge, et redoublant la mise avec une séquence de sévices particulièrement rude.

Comme nous le disions plus haut, le film prend place dans un contexte politique particulièrement tendu et si l’on prend le temps de laisser trainer l’oeil dans les bordures du cadre alors le film passe d’exploitation à témoin d’une société en train d’étouffer, séquestrant la main de la loi, Mika, pour lui faire oublier son nom et la violenter.
Chusei Sone aborde ainsi les milices paramilitaires japonaises qui fleurissent à l’époque et fait un écho à son aîné, un certain Koji Wakamatsu, ancien cinéaste de la Nikkatsu, ainsi qu’à son scénariste Masao Adachi, membres de l’Armée Rouge Japonaise et créateurs d’un cinéma choc et politique, tout comme le poète et dissident Yukio Mishima, fondateur de la Tatenokai, milice nationaliste.
D’ailleurs, en parlant de Mishima, ce dernier se donne la mort par Seppuku en 1970 dans la tour du ministère de la défense à Shinjuku, quartier même de l’action du film, espace devenu catalyseur de la décadence de tout un pays.
Super Gun Lady est instable, fou et sadique. C’est un extraordinaire plaisir bis.
Chusei Sone montre l’étendu de ses capacités en tant que metteur en scène polyvalent, ne reculant devant aucune expression stylistique, tant que ces dernières sont excessives et saturées.
Si vous aimez le cinéma japonais d’exploitation des 70s, foncez !

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray
L’édition de Super Gun Lady reprend les codes de la collection de Le Chat Qui Fume, boitier Scanavo, simple et classieux, glissé dans un fourreau cartonné.
Le visuel du fourreau est une chouette création de Frédéric Domont et le visuel scanavo reprend l’affiche originale.
Image :
Le master en présence est très agréable, n’a pas le clinquant des dernières restaurations 4K, elle a le teint des restaurations proposées par la Nikkatsu mais cela fait parfaitement l’affaire avec un niveau de détails soutenu mais ne plongeant pas forcément pleinement dans la profondeur, un cadre majoritairement stable, une pellicule nettoyée et des couleurs éclatantes.
Les scènes nocturnes sont solides et lisibles.
Son :
Rien à redire sur la piste son DTS-HD MA 2.0, elle fait le travail, la bande a été nettoyée et restaurée. C’est plaisant, jamais saturé ni criard. Du bon boulot.

Suppléments :
Réjouissez-vous, contrairement à ce qui était annoncé sur le site, un bonus supplémentaire s’est glissé sur le disque, et pas des moindres, un entretien avec Fausto Fasulo, autour du manga au cinéma.
Pour le reste, comme toujours, Le Chat Qui Fume est remarquable en matière de suppléments :
• Flics de choc par Clément Rauger (26mn) :
Clément Rauger, nous commençons à bien le connaître, et même si nous ne sommes pas toujours en accord avec ses goûts, il faut reconnaître que nous sommes admiratifs face à ses prises de parole dès lors qu’il nous raconte des morceaux entiers de cinéma japonais, et donc, nous sommes aux anges avec cet entretien qui aborde Chusei Sone ainsi que la Nikkatsu, on commence à s’y connaître dans le domaine, et pourtant, Rauger surenchérit toujours. Superbe.
• Du Manga au Cinéma avec Fausto Fasulo (33mn) :
Le rédacteur en chef d’Atom aborde le Manga à l’origine de Super Lady Gun, et son Mangaka, Tooru Shinohara.
Le supplément est extrêmement complet et nous sommes un peu dépassés tant nos connaissances en la matière sont minimes.
Il s’agira alors de replonger dans ce plaisant dédale qui ravira à coup sûr les passionnés pour en saisir toutes les latéralités.
• Films annonces de la collection Nikkatsu
• Livret de 16 pages de photos rares issues des coffres de la Nikkatsu
Pour découvrir Super Gun Lady :
https://lechatquifume.myshopify.com/products/super-gun-lady?srsltid=AfmBOoryy8t9zdjYi34gt5zRc3y4ngfhdvMPnewnzXiQV-DiLAKO_Mam


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