Paris, 1928. Antoine Balestro, jeune peintre en vogue, n’arrive plus à travailler depuis la mort de son épouse et désespère Armand, son galeriste. Un soir d’ivresse, Antoine tente d’entrer en contact avec sa femme par l’intermédiaire d’une voyante. Sans le savoir, il parle en réalité avec Suzanne, une modeste foraine qui s’est glissée dans la roulotte pour y voler de la nourriture. Suzanne se révèle douée pour l’imposture et, rapidement secondée par Armand, elle enchaîne les fausses séances. Peu à peu, Antoine retrouve l’inspiration, mais pour Suzanne les choses se compliquent alors qu’elle tombe doucement amoureuse de l’homme qu’elle manipule…

| Réalisateur : Pierre Salvadori |
| Acteurs : Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche, Pio Marmaï, Vimala Pons, Gustave Kervern |
| Genre : Comédie dramatique |
| Pays : France |
| Durée : 122 minutes |
| Date de sortie : 12 mai 2026 |
Un Dessein
CANNES 79E – 12/05/2026 :
Il a suffi d’un jour, Marseille, le souvenir de Radu Jude… sa petite sentence déjà vérifiée avant même le générique : « Les films d’ouverture sont souvent des films sans prise de risques, sans intérêt. » (FIDMarseille 2025). Voilà qu’alors même qu’il n’avait pas à essentialiser à ce point, nos paupières deviennent lourdes. Ou peut-être même qu’on n’avait pas besoin que ce soit dit. La Vénus électrique arrivait déjà avec son destin dans la manche. On l’a vue s’affirmer : « Oui ! Oui ! Je suis ce que je suis ! » Rien d’étonnant alors si le film déballe son gros fusil de Tchekhov dès le premier soir, bien électrique : le baiser ! La promesse qu’il reviendra à la fin, avec l’homme qu’elle aime. Tout est là, posé sur le script, qui met ensuite en exergue la docilité de ses automates : Marmaï, Demoustier, Lelouch, Kervern… Les voilà pris dans la vitrine. Mimer l’alcoolisme, lecteur, vous le savez, n’a jamais été aussi simple quand on est un grand acteur de studio : il suffit simplement de tituber et de bégayer comme une chèvre. Mimer l’amour n’a jamais été aussi simple : il suffit d’avoir un regard intense et un léger sourire, ou, de l’aveu du film lui-même, de pencher la tête. Et voilà que le mot même me revient en pleine figure : convention. Et, ce mot une fois prononcé, je me rends à peine compte qu’à cette étape, il m’est impossible de me souvenir d’un seul plan, ou d’une seule saillie. Car, de l’amour, on ne retient qu’un plan rapproché épaule, et de la tristesse : un plan rapproché… épaule.
Alors vient Vimala Pons. Le journal s’ouvre, elle parle. Elle parle d’audace, notamment. Dans une seule scène. L’audace du peintre, l’audace absente, qu’elle dit ne pas trouver en lui, dans ses gribouillis de pigeons et de paysages. On nous parle d’un artiste qui peint sans âme, et on s’inflige un cinéaste qui filme sans péril. Une scène comme celle-ci exige de Salvadori une tenue à la hauteur de ce qu’il prétend convoquer. Comment prétendre célébrer l’audace, la vitalité, l’art, la courbe, la puissance même du geste, quand montrer le sexe autrement qu’en plan sous la couverture, derrière un rideau, ou ne serait-ce que dire « pénis », lui semble impossible ? Reste alors le méli-mélo-drame. La bluette. Et on a alors oublié que le film a laissé quelques petites plumes de ses ailes : une caresse sur un corps, une jalousie, une solitude, une séquence… Le reste ? Ce n’étaient que de petites blagounettes… Enfin… Comment faire ? Comment dresser Irène en sainte patronne du risque, et ne rien risquer ? À part peut-être vouloir prétendre plonger la tête la première dans l’eau de rose, pour y chercher Vénus, comme un pleutre aux envies d’émouvoir. Mais, monsieur, faudrait-il s’appeler Shakespeare pour pouvoir le faire ! Je me dis alors que souiller ainsi la défunte Irène n’est pas un accident, mais une signature. Salvadori veut la folie, mais il la veut polie. Il veut l’audace, mais à table, serviette au col. Derrière son envie de folie se cache un Armand : vendeur de paysages mornes. Ses traits trahissaient son dessein. Les Cahiers croient louer le film en écrivant qu’il « déjoue les lourdeurs du film d’époque ». Très bien ! Gardons la phrase : La Vénus électrique déjoue peut-être les lourdeurs du film d’époque ; elle épouse, en revanche, toutes celles d’un film contemporain. — FM.



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